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On peut partir un jour et traverser la France,
Pour un coin de l'Auvergne, une ville d'Artois,
Où même le Midi pour son ciel de faïence,
Pour l'attrait d'une terre ou le goût d'un patois;
Entreprendre un voyage au pays des cascades,
Au cœur de la Savoie et s'approcher des cieux,
Découvrir la Chartreuse et ses vertes balades,
De l'aube jusqu'au soir s'en mettre plein les yeux.
Rechercher l'idéal sous les cieux de Pétrarque,
Suivre le cours du Rhin nostalgique à souhait,
Visiter les marais du Poitevin en barque
Se distraire à Morez, l'empire du jouet.
Pourtant au fond de nous à peine perceptible
Une petite voix quelque chose de doux
S'écoule dans le cœur une eau vive infaillible,
Un souffle parfumé qui cause des remous.
C'est le chant du passé dans l'âme qui bouillonne,
C'est l'appel du terroir qui nous reviens d'un coup,
La cloche de l'église avec force résonne
Et le soleil renaît dans l'ombre à pas de loup;
Un long frémissement agite la mémoire,
Le ruban bleu du Doubs file des jours heureux,
J'ai dix ans, l'âge tendre, un bonheur provisoire
Caresse au quotidien mes rêves et mes jeux;
En plein coeur de juillet quand l'étable est déserte,
Sur la plaine, les champs le betail est partout,
Le soir quand s'allumait de l'or sous la ramure verte,
L'intime rossignol de son air Andalou,
M'envrait de vin doux, bénissant ma jeunesse,
Aujourd'hui me revient des souvenirs d'amours,
Le sens du sol natal dans mon âme se confesse
Et l'enfance retrouve un écrin de velours.
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