|
Masaoka Shiki ( 1866-1909 )
Masaoka Shiki, né Masaoka Tsunenori, plus tard Masaoka Noboru, était un poète, critique et journaliste japonais de la fin du XIX? dont les œuvres ont marqué le XX? siècle. Il est plus connu sous son seul prénom de plume Shiki. Il est considéré comme l'un des quatre maîtres classiques du haïku japonais.
Cri d’oie sauvage
Blanches dans les rochers
Les vagues de la nuit
Les chrysanthèmes sont fanés
Guettant des poulets
Une belette
Quelle fraîcheur de l’air
Un petit crabe, sous la pluie,
Grimpe sur un pin
L’escargot
Levant la tête
C’est moi tout craché
Au papillon je propose
D’être mon compagnon
De voyage
Solitude
Après le feu d’artifice
Une étoile filante
J’épluche une poire
Du tranchant de la lame
Le goutte à goutte sucré
Du sable entre les doigts
Les nuages s’écoulent
Automne des matins
L’herbe des champs
Libère sous mes semelles
Son parfum
Sot le 31 décembre
Tout aussi sot
Le Jour de l'An
Dans le temple de montagne
Des ronflements de sieste
Le coucou !
Nuit brève
Combien de jours
Encore à vivre
Sur le sable du rivage
A chaque trace de pas
Le printemps s’allonge
Des feuilles de lotus dans l’étang
Bougent sur l’eau
Pluie de juin
Dites-leur
J’ai été un mangeur de kakis
Qui aimait le haïku
Une carpe saute
Des rides
À la lune d'automne
Nettoyage de fin d’année
Dieux et bouddhas
Dans l’herbe
Longue nuit
Le singe rêve au moyen
D'attraper la lune
Je fixe un long moment
Mon ombre
Le cri des insectes
Pourquoi ne pas mourir
En mordant dans une pomme
Face aux pivoines
Pattes mouillées
Le moineau sautille
Le long de la véranda
Sérénité
Marchant seul
Joyeux seul
Au bord de mourir
Plus que jamais bruyante
La cigale d’automne
Un sachet de simples
Sur mon lit de malade
Le printemps renaît
Une lanterne
Entre dans une maison
La lande flétrie
À l’ombre des poteaux à linge
Se devine
Le solstice d’hiver
Bourrasque d’été
Les nappes de papier blanc
Sur la table s’envolent
L’herbe des champs
Libère sous mes semelles
Son parfum
J’épluche une poire
Du tranchant de la lame
Le goutte à goutte sucré
Je me remets, oui
Mais mes yeux sont fatigués
De ne voir que des roses !
Au Bouddha
Je montre mes fesses
La lune est fraîche !
Me retournant pour voir
L’homme que j’ai croisé
Le brouillard
Désolation hivernale
Je traverse un hameau
Un chien aboie
Dans l’ombre des arbres
Mon ombre bouge
La lune d’hiver
Ignorant
Que le site fut célèbre
Un homme laboure le champ
Des lotus en fleurs
Une petite gare
Solitaire
Averse d’été -
La pluie s’abat
Sur la tête des carpes
La rivière en été
Malgré le pont
Le cheval traverse dans l’eau
Le long de la rivière
Je n’ai vu aucun pont
Ce jour est sans fin
Midi haut perché
À tue-tête
Une alouette et un nuage
Combien de fois
Ne me suis-je interrogé
Sur l’épaisseur de la neige dehors
Martin-pêcheur regarde
Comme je suis beau dit le poisson
Qui plonge aussitôt
Une luciole
Dans ma main
Lumière froide
La neige a fondu
Sur une épaule
Du Grand Bouddha
Sur les îles
Des lumières s’allument
La mer au printemps
Terrible !
Des pierres s’écroulent du mur
Les chats en chaleur
Il fait un peu plus froid
Aucun insecte
Ne s’approche de la lampe
On ne voit pas la lune
Et se lèvent
De grosses vagues
Étang dégelé
Une crevette bouge
Dans de vieilles algues
Hortensias
Elle a choisi le bleu
La pluie d’automne
Crêtes de coqs
Quatorze ou quinze
Me semble-t-il
|