|

Ce soir sur le cahier, perles mélancoliques,
L'écume du grand fleuve inonde les confins,
Sous l'aube de mes cils, je cueille des colchiques;
Infatigables maux des secrets enfantins.
Un peu de mon enfance ensoleille la plume;
Du silence des mots monte un amour bénit,
La tendresse s'assoie et le geste s'allume
Je vous en fait l'aveu quand s'annonce la nuit.
Devines-tu ma soif, capricieuse horloge,
En écoutant l'oiseau, maman j'entends ta voix,
Sur mes lèvres en fleurs, s'annonce ton éloge,
Voici le riche don de mes sens aux abois.
L'écrin de la vertu c'est le coeur d'une mère,
Cet amour solennel, tendre, persévérant,
Unique et merveilleux à jamais sanctuaire;
Cendre incandescente offerte au devouement.
Je ne suis jamais seul, l'admirable tendresse
Accompagne mes pas, d'une vive candeur
Je chéris ce cristal, vase de mon ivresse
Ce qui coule en mon for c'est le sang de ton coeur
Il reflète au miroir ton immortelle image,
Une rose scintille au soleil de mes doigts,
Chaque fois que j'écris, c'est devant ton visage,
Mais dans le cher silence il me manque ta voix;
Ainsi que s'en revient au rivage, marée,
Ton souvenir s'enflamme avec le ciel au soir,
Mille ailes, d'ambre et d'or caressent le camée,
La nuit n'est point la nuit, près du noble encensoir;
J'allume les flambeaux et les plus belles choses,
Rossignol de mon âme aux suaves accents;
Elle est pour toi maman ma couronne de roses.
Le bel écho lointain de mes premiers printemps,
Au grenier de l'antan dans ta robe fleurie,
Élégante à croquer tu souris à mes jeux,
Savais-tu en ces jours, qu'en moi la poésie
Offrirait un écrin à ton teint lumineux;
Quintessence d'amour au profond de mon être,
La grâce a survécu en de puissants éclats,
Qui recouvrent mes vers, l'enfant que tu fis naître
Aux instants lourds d'émois, s'incline chapeau bas.
Et d'un bouquet de mots te remercie encore,
Je ne dormirai plus qu'au jardin de tes yeux,
Aux pailles de l'enfance en attendant l'aurore,
Comme un pâtre en Provence admire l'or des cieux.
Sur une ample éminence où croît la fleur nouvelle,
Aux faîtes de l'Olympe en un émouvant lieu,
Un nid fait d'aubépine et d'une aube en dentelle,
Accueillera ton corps auprès même de Dieu.
|