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Mon amie la nuit
‘’ Le jour détruit ses traces, ses pas vont s’engloutir
dans les sables mouvants de nos deux hémisphères.
Au loin le crépuscule dont la coque chavire
allume ses bougies en guise de repères.’’
Ô mon amie la nuit cautérisée d’étoiles,
A des siècles lumières de leur lente agonie,
En regardant la lune et son visage pâle,
Je cherche sous ton voile un embryon de vie.
Ô mon amie la nuit, ton éternel silence
N’est que l’écho de Dieu dans un ciel repenti,
Le baiser d’un Judas que tes lèvres offensent
Au creux d’une Mer Morte privée de manuscrits.
Ô mon amie la nuit, dans ton obscurantisme,
Un tableau de Soulages ne saurait te noircir,
Mais Georges De la Tour avec son réalisme
Montre qu’une bougie ne peut que t’embellir.
Ô mon amie la nuit, sans besoin d’aquarelle,
Dans ton monde nocturne, ta peinture jaillit,
Au bout de ton pinceau ton ombre m’interpelle
Et j’y vois les couleurs délavées de tes cris.
Si jamais tu as froid dans ton linceul de marbre,
Je saurais te border, te couvrir de baisers
Et réchauffer ton cœur tel la sève de l’arbre
Blottie contre l’écorce pour mieux se protéger.
L’once de ton regard n’est rien qu’une parcelle
Irriguée par les larmes tombées au fond d’un puits,
Sous la voûte céleste qui se change en ombrelle,
Rien ne peut m’abriter de tes sommeils de pluie.
Ô ma nuit de maquis résistante et rebelle,
Toi qui prenant les armes tuera mes insomnies,
Dans le souffle du vent, à travers ses ridelles,
Je perçois tes murmures…mais sans le moindre bruit.
Ô ma nuit, seul secours des hardes familières
Ô ma nuit seule issue tissée comme un abri,
Ô ma nuit colportée dont le fantôme erre
Jusque au petit matin issu des léthargies.
Ô mon amie la nuit, de profondes entailles
Précèdent mon suicide sans un grain de folie,
Quand arrive le temps des dernières semailles,
On ramasse le blé…que fait-on de l’épi ?
Ô ma nuit de plaisir, Ô ma nuit consentante
Pleine d’ombres chinoises que je n’ai pas osées,
Ô ma nuit prolifique, tes humeurs inconstantes
Me bercent dans tes bras quand j’ai les yeux fermés.
Ô ma nuit bien aimée dont les plaies scarifiées
Drainent tous les sommeils faisant leur inventaire,
Ô ma nuit sacrifiée sans jouir d’un péché,
Laisse moi répudier mes plaisirs solitaires.
Ô ma nuit psalmodiée sans ses heures d’ivresse
En quête d’une image ou d’un rêve à l’affût,
Ô nuit de pauvreté qui trouve ses richesses
Dans le diamant d’un soir que le ciel m’a vendu.
Claude
( ancien poème )
https://www.youtube.com/watch?v=z48zx2ZcBxU
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