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Salut mélancolique au Vivant Périssable !
…..Morsures et Blessures de l’Âge, les Corps à la Dérive, Ô Navires naufragés que chavirent les Houles et disloquent les Vents, Carcasses écartelées fuyant à Perdition, Corps outragés sans Orient désormais que la Fosse et l’Absence, la Tombe, le Silence. Vous étiez de Puissance et de Force, Jeunesse d’arrogante Santé, Fils et Filles de la Terre, Vigueur, Douceur, Beauté, Harmonie de la Chair et du Monde, Acquiescement, Alliance ! Vous étiez périssables ! Voyez ! La Mort dissimulait en Vous son Péril et ses Traces…..Ils attendaient dans la Prairie en Fleurs, le Venin, la Nécrose, la Vipère et le Crâne où vous marchiez dans la Splendeur vénéneuse du Temps ! Et nous portons, Ô Vivants périssables, dans le Mystère des Provenances et des Finalités, les Signatures indéchiffrables de notre Humiliation et de l’Orgueil mêlés, Grandeur, Misère entrelacées, l’Enigme de cet Accouplement sordide : Enchantements et Maléfices indiscernables…..Tête penchée, Coeur dévasté, j’adresse ici, pour Rien, pour Tous et pour Personne, ce mélancolique Salut, en Paroles absconses, immémoriales, au Vivant périssable !…..
Un Fond obscur environne nos Vies, une épaisse Nuée voile les Origines et frange l’Apparaître d’un Ourlet d’Inconnu, du même Sol et des mêmes Racines surgissent étonnamment Merveilles et Sortilèges, le Dénuement, la Plénitude heureuse, la Falaise mortelle, la Colline ombragée, les Coeurs de Pierre, les Coeurs de Cire, l’Excès de la Puissance, la Dormance innocente et dans le même Temps s’exercent, la tendre Impulsion du Vivant et la Rigidité des Morts, la Bonté génitrice de la Grande Physis et sa Dévoration d’Ogresse et son Retirement...Je pense à la douce Inhérence du Mouvement des Corps et à leur Déshérence, l’Inextricable du Déploiement et du Repli, leur insolite Parenté ontologique, au Mystère des Essences et des Forces, son inlassable Présabsence, ce Murmure tonitruant du Monde dont les Paroles en Nous retentissent et se taisent et dont les Signes visibles et invisibles dans les Langues mortelles s’écrivent et ne s’écrivent pas, lisibles et illisibles. Je songe à l’Enigme du Deux que Nul ne résoudra puisque englobant déjà la Donation, toute Réponse, en Vérité...J’adresse, déchiré, à ceux qui veillent, à ceux qui dorment, aux Vivants périssables, ce Geste infime et lui-même mortel, ce mélancolique Salut…..
Plus jeune alors, j’imaginais pour l’Avenir, un prodigieux Eclat de Vie nouvelle, Vitalité suprême, étincelant Sommet de Présences, de Rencontres et d’Echanges, Promesse d’une infinie Réciprocité des Consciences et des Coeurs, d’une Reconnaissance de Toutes et de Tous, Promesse de Réconciliation avec les Amis inconnus, j’imaginais des Temps d’Apaisement et de Sérénité, des Avancées irrésistibles de Force et de Tendresse en Nous lovées par quoi des Mondes se déploient et fleurissent en Expansivité comme Printemps aux Feuilles et s’enfoncent au Coeur du Coeur le plus profond, leur Intériorité, leur Energie secrètes et j’ignorais alors, l’Intersection cruelle, le Jeu sans Fin des Volontés adverses, les communes Racines de la Bonté et de la Frénésie !…..J’adresse ici, un mélancolique Salut à ma Naïveté, à l’Innocence périssables !
Genèses, Avènements, Naissances, Caducité, Tombeau, un éternel Eclatement de l’Être sans Raison ni Telos, un éternel Archi-Evénement du Vivre et du Mourir, plongeant à la Ténèbre de son Opacité, une Fulguration du Jour et de la Nuit, l’Oscillation sans Nom de la Merveille et du Tragique, un dernier Souffle mêlant et la Vie et la Mort...Salut mélancolique au Vivant périssable !…..
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