|

Sur la rive du Doubs, une friche improbable,
Du côté de Bavans mêle amour et douceur;
"Les mortes" c'est le nom de ce coin mémorable,
Une langue de terre au charme ambassadeur;
Est-elle une presqu'île, un bras mort, une lône?
Je ne saurait le dire et pas plus le prouver,
Pour nous tout simplement cette morte est un faune,
L'Olympe du pêcheur, il faut bien l'avouer.
Déjà vers la mi-mars quand le flot s'aventure,
Tout le menu fretin vient s'y mettre à l'abri,
Mais pas seulement, d'autre à la digne envergure
Trouve un havre tranquille en dehors du débit,
La carpe et le brochet, le gardon et la tanche;
Puis à partir d'avril, iris et nénuphars,
Angélisent ces lieux où le saule se penche,
Pour mirer son portrait, loin des ternes blafards.
Grêbes et gravelots partent à la conquête,
D'un lieu sûr et secret, c'est l'ébauche des nids,
Fait de brindille et d'herbe, une coupe parfaite
Accueillera bientôt les fragiles petits.
Poules d'eau, rats musqués et foulques en maraude,
animent la forêt des élégants roseaux,
Les rayons du soleil sur la nappe émeraude,
Déposent par milliers des éclatants joyaux.
Un long frémissement se propage sur l'onde
En mai quand l'hirondelle effleure le miroir,
Il n'est rien de plus beau même à travers le monde
Pour comprendre mes mots, un jour il faut le voir;
Merveille Franc-Comtoise où tout est poésie.
Découvrant cet endroit, je pense que Courbet,
Aurait à sa façon, telle une allégorie,
Représenter l'Eden aux noces de juillet.
|