|

Accroupi dans la nuit, le valeureux guerrier
Des Cieux, suspend son geste, à son carquois les flèches.
Il attend le signal, du ramage premier,
L'arc est tendu, soudain, pour allumer ses mèches
Il se lève d'un coup, décoche un premier jet,
Suivi d'autres, le jour imminent papillonne
Et la robe de l'aube arrose la forêt,
Les vallons et les prés, que la nuit abandonne.
La nef d'un chêne antique agrippe les rayons,
Tel l'ange coud des fleurs, et sa royale proue
Reflète le trésor sur les riches moissons,
Et chaque arbre se mire au miroir de la loue.
Ce légendaire cours, c'est la belle d'Ornans,
Il faut la voir un jour, pour comprendre Gustave*
Qui fait avec Hugo, la fierté des gens
De cet humble terroir, que j'aime sans entrave.
C'est bon de revenir aux abords de son nid,
Dans un cocon de fleurs, de revoir son église.
Surtout en plein juillet qu'un silence assoupi;
De boire à la fontaine une rasade exquise.
D'entendre de nouveau ce jargon bien Comtois,
La jaune campenotte et la Montbéliarde,
Le chenit, une peute, avec ce son de voix,
Cet accent qui lambine et même qui traînarde.
A deux pas d'un moulin, j'écoute parler l'eau,
Toutes les perles d'or que le Doubs distribue,
Éveillent au fond de moi, le spleen d'un piano,
Romantique angélus, d'une ère révolue.
Depuis dix ans déjà, j'ai quitté mon pays;
C'est le cœur palpitant que j'admire ma terre,
La plus belle pour moi, le Graal, je vous le dis,
Son paysage exquis n'est point une chimère.
Sous les grands sapins verts, sans être un rossignol,
Je siffle à tous les vents, tant la brise Comtoise,
Les effluves fermiers, sont un peu mon alcool,
De même le plateau, que la montagne, toise,
Prolonge mon bonheur, du côté de Morteau,
Là-bas le saut du Doubs, comme la gentiane;
Emblème du massif, d'un lit fait son berceau;
Sur les arbres la mousse assiste la liane.
Sous l'aubépine en fleur, que Paris parait loin,
Le bien être à mes sens, fait sourdre une prière,
Celle de revenir goûter l'encens du foin,
Ce baume garde en lui, mon âme toute entière.
Le ciel et les parfums, le calme et la douceur,
Font briller tous mes vers, le Doubs c'est ma bohème,
Le pays de Pergaud, c'est le sang de mon cœur,
Oh! mon palais Comtois, t'ai-je assez dis "je t'aime".
*Gustave Courbet
|