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Sur les rives du Doubs, entre l'Isle et Bavans,
Non loin de Blussangeaux si ma mémoire est bonne,
J'ai souvenir d'un jour, je n'avais pas dix ans,
Qui comble mon esprit quand la cloche résonne,
Que vibre au fond de moi les orgues du passé,
Par un dimanche d'août, autant qu'il m'en souvienne,
Nous roulons vers ce lieu qui restera sacré,
Ce Paradis Comtois, plus beau que la moyenne,
Son nom "La Prétière", une eau vive à barbeaux,
A truites et hotus, un endroit idyllique,
Où mouvait la moisson à quelques pas des eaux,
Ce retour au berceau, me rend mélancolique,
Je me souviens encore à l'heure d'aujourd'hui,
De ce moment bénit,- j'ouvre la portière
De notre deux cent trois, là je suis ébloui,
Devant moi le soleil enchante la rivière,
J'ai ma nouvelle canne, une gaule en bambou,
Une ligne légère et ma vieille bourriche,
Ici le Doubs est beau, son lit est un bijou,
Partout des diamants, son miroir est si riche,
Que c'est un vrai régal de s'avancer dans l'eau,
Au bonheur de l'été mon âme s'angélise,
J'admire autour de moi, comme un divin tableau,
Le feuillage tremblant que caresse la brise
Et la première ablette arrive dans ma main,
Chaque écaille me semble une éclatante perle,
N'écoutant que mon cœur, ma bonté de gamin,
Je lâche ma captive, en moins d'une, elle ferle,
Nageoire déployée, ivre de se mouvoir;
Non loin de là mon père accroche quelques prises,
Il est heureux aussi, lui-même de pouvoir,
Caresser du poisson, de leur faire des bises.
Sur la berge ma mère à l'ombre des pommiers,
Un magazine aux doigts, sur sa chaise profite
De l'intime douceur, notre chienne à ses pieds.
Dans ce cadre divin le bien-être s'invite;
Ce souvenir en moi, moud des grains et des fleurs,
Bientôt un demi-siècle au cadran, à l'aiguille,
Le temps offre de l'or, de même que des pleurs,
Mais exhale un parfum celui de ma famille.
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