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L’Inapprochable.
...De quelle Fissure de Terre ténébreuse et profonde, immensément ancienne, avons-nous Provenance et Stature, de quelle Source prodigieuse et fertile jaillirent, en Vérité, les Ferments initiaux, Monades originelles de la Chair, les Fleuves souterrains qui arrachent et déposent les Limons du Vivant, les Sédiments pour la Naissance et pour la Mort, de quelles Gestations gravides et sanglantes, Sillons ensemencés du Liquide viril, les Corps ont-ils pris Force et Forme vers la Croissance et le Déclin, sevrés de Douceur et d’Oubli, ont-ils glissé vers un Sol de Douleur et de Froid pour un Combat déjà perdu, de quel Alliage, quelle Fusion grandiose de Matière, quelle éternelle Déflagration composant, décomposant les Mondes, inaugurant les Commencements et les Fins, brassant les Univers, avons-nous Parenté et Participation, de quel Amont inexorablement perdu, dérivons-nous sur le Radeau démantelé des Âges, quel Abandon nous délaissa, inconnus à nous-mêmes, sur des Rives étranges, sur des Routes de Nuit, de quelle Emanation secrète et silencieuse avons-nous Procession, Descendance, de quelle Divinité et grotesque et baroque sommes-nous Créatures analogues, de quel Dieu facétieux et cruel, de quelle Déité fantasque, de quel Enfant jouant aux Dés, Ici, Là-bas, sur la Carte inlassable et mentale du Proche et des Lointains, de quel Evénement inaugural à jamais enfoui, de quel Principe inapprochable, suréminent, au-delà du Tout et de l’Un, innommable, inexistant peut-être, sommes-nous les Vestiges mortels, à jamais parcellaires, désunis ?
Principe inapprochable, indicible, ineffable, rebelle à toute Langue trop humaine, est-il possible que nous sachions, au Profond de Nous-Mêmes, d’un Savoir mutilé et obscur, les Signes morcelés, les Traces et les lointains Echos, Entrevision, Pressentiment, Divination, malgré l’Epars et l’Abjection du Mal, la lointaine Musique du Principe du Bien, l’Harmonie reliant toutes Choses et vers quoi, ardemment, le Coeur se tourne et tend ?
Je crois pourtant le Coeur faillible ! C’est dans l’Impraticable et dans les Solitudes froides de la Vacuité que finiront et poursuivront tout Dire, toute Pensée, les Oeuvres d’Art à la Beauté ourlée de Deuil, dans l’Abandon de tout Objet, de tout Langage connaissables, par-delà toute Affirmation et toute Négation, une Etrangeté absolue dans les Affres de l’Enfantement de l’Indicible, Folie aphone de l’Esprit, hurlant Silence, Corps saisis et renversés de Transes, Spasmes, Epilepsie, Danses échevelées, Ecritures de Gravats, de Sanie, Signes meurtris de la Douleur et de l’Humiliation des Apories, Pluralité incompréhensible des Espèces, inintelligible Unité du Principe, incomplète Naissance en Travail infini, Ô Principe incoordonné, sans Relation, Principe des Principes déjà multiple et fissuré !...
L’Inachevable, l’Inapprochable et la Fissure : Lot des Vivants-Parlants-Mourants que nous sommes et nous regarderons, une fois les Rêves et les Illusions dissipés, de loin, émerveillés et affligés d’une infinie Tristesse, le Mystère de notre Eloignement, le Mystère du Principe inapprochable, aux Lisières risquées du Pensable, du Poétique, aux Confins du Dicible et des Territoires mesurés de la Raison, vers un impossible Au-Delà du Sensible et de l’Eternité du Temps et nous contemplerons alors les difficiles Enluminures du Livre de l’Inapprochable mais il sera déjà trop tard…..
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