|

Mon nom ne sera pas ciselé dans l'ivoire,
Par les mains d'un artiste au service de l'art,
Par l'éminent poète aux pages de l'histoire,
Pour le siècle à venir, je n'aurai point ce fard,
Je n'étais pas l'enfant que rêve toute mère,
Ni le gentil bambin, ni même l'ange blond
Capable d'enchanter la gente populaire,
Je ne méritais point l'agréable surnom,
Seule, ma mère aimait mes traits par habitude,
A l'âge de dix ans et des premiers émois,
J'avais d'autres plaisirs, que celui de l'étude,
Parcourir les ruisseaux, les sillons et les bois,
Ma classe avait de l'herbe et des clos de verdure,
Sous l'aubépine en fleurs, sous l'infâme roncier,
Blotti dans son écrin, minuscule ossature,
Le nid du rossignol, ce noble bénitier
Par les jours bleus de mai me remplissait de joie,
Pour moi les papillons n'avaient plus de secrets,
Sous le chêne centenaire où la source larmoie,
J'épiais le chevreuil, le héron aux aguets,
Au rendez-vous des blés j'allais courir la plaine,
Au premier chant du coq, un bâton à la main,
Parcourant le terroir, buvant à la fontaine,
Je cueillais quelques fleurs à l'ourlet du chemin,
J'établissais mon temps sans vénérer l'école,
Au contraire aujourd'hui, la lecture et les mots
Emerveillent mon âme au point que je m'envole,
Chaque fois qu'un écrit m'arrache des sanglots,
Fleurit d'alexandrins, mon savoir est sommaire,
Pourtant je vous l'avoue un bonheur absolu,
Alimente mon cœur d'une façon solaire,
Quand un bouquin échoie à mon regard ému,
Si je suis redevable à dame poésie
Si l'amour court en moi par un heureux hasard,
Je le dois à mes vers, puisque un ange, Marie
Ebloui par mes mots, ma pris pour étendard.
Depuis plus de dix ans ma plume s'émerveille,
Au miroir de ses yeux je puise la beauté,
Devant tant de trésors je suis comme l'abeille
parmi les fleurs d'avril, que Dieu lui soi loué.
|