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Oh! ma verte Comté, de soleil imprégné,
Tes vieux murs, ta verdure emprisonnent mon âme,
Elèvent en moi le ciel, de même la clarté,
Mais qui d'autre que toi peut être, une oriflamme?
Ô! terre des blés blonds, toi que j'ai tant aimé,
Mon destin dans le tien recevait tant de roses,
Que s'accorde à mon cœur la lyre du passé,
Et le bouquet troublant des plus profondes choses
Il m'est si doux ce soir, d'effeuiller au lutrin,
Ton fameux livre d'or, de mes regrets d'enfance,
A mes chapitre bleus, s'avive le vélin
Des cristallins printemps, d'un petit coin de France,
J'aime boire à la coupe émouvante d'hier,
Au vin clair d'autrefois, quand le temps me convie
A la nappe des fleurs, au banquet qui m'est cher,
J'y savoure le plat d'une paix infinie,
Quand murmure le vent, dans l'arche de mes jours,
Un bouquet de tilleul parfume mon silence,
Mille adieux dispersés aux fibres de velours,
A mes tempes d'argent fredonnent une romance,
L'odeur des foins coupés, des chaudes fenaisons,
Le fumet de l'humus embaument d'or ma plume,
Une robe dorée offerte aux floraisons
Ensoleille ma main d'une étrange amertume,
Ce périlleux voyage apporte à mon moulin,
De langoureux frissons, d'intimidantes larmes,
Du tombeau paternel, à mon premier chagrin,
Je me revois enfant, tout seul, sous les grands charmes,
j'aimais les vallons clairs et mes sentiers de fleurs,
Le rire bleu d'avril, la plainte d'une source,
Sans guide, je partais pour de sombres ailleurs,
D'une antique forêt, dont l'esprit se ressource.
Comme tombe une feuille à l'automne attendrit,
Un peu plus chaque jour, se penche vers la terre,
Mon front baigné de vent, en route vers la nuit
S'éveillent les échos de l'écrin légendaire,
Un miroir émeraude émerveille mes yeux,
Sur les rives du Doubs, plein de mélancolie,
Coule une image d'or, celle d'un coin ombreux,
Je rêve d'y cueillir ma dernière ancolie.
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