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NEW ENGLAND
Des rues pavées, étroites et tortueuses aux lampadaires rétros, des maisons
De poupées aux teintes vives, aux rideaux de dentelles et aux heurtoirs de
Cuivre poli, des quais de bois usés, aux piles instables, face au large,
Des parcs au gazon épais où poussent des arbres que l’on jugerait peints
Et où s’égaient en toute liberté écureuils et enfants réunis, de vieux
Cimetières désuets aux tombes hétéroclites et désordonnées qui racontent
Le passé, des forêts quittant à regret villes et villages pour s’en aller
Courir sur l’infini des collines et d’où émerge parfois la fine aiguille d’un
Clocher éclatant, une nature excentrique où cerfs, ours, renards, castors,
putois … viennent se montrer sans craindre l’ Homme …
Ce n’est que lorsqu’il découvrira les énormes voitures aux chromes
Etincelants, lorsqu’il croisera les mangeurs de pop corn ou qu’il regardera,
Surpris, son voisin de table engloutir une moitié de dinde recouverte de
Gelée d’airelles, le tout arrosé de milk-shake à la fraise, qu’il réalisera enfin
Qu’il est aux Etats-Unis .
Mais ce n’est que lorsqu’il aura vu le jour finir sur les milliers d’îles boisées
Du Maine, lorsqu’il aura partagé dans la tiédeur d’une nuit d’été la joviale
Sagesse des habitants du Vermont, lorsqu’il aura grandi avec l’envie de
N’en plus jamais redescendre ces montagnes du New Hampshire, lorsqu’il
Aura meurtri sa langue aux imprononçables noms indiens des lacs et
Rivières du Massachussets, lorsqu’il aura laissé parler l’histoire des vieux
Voiliers du Connecticut, lorsqu’il aura enfin vécu dans les tavernes des
Ports la fièvre des grandes courses au large de Rhode Island, il aura
Compris qu’il ne s’est pas trompé de continent, mais simplement d’image .
Il réalisera alors qu’il est en Nouvelle-Angleterre .
Celle qui, de New York à la frontière canadienne, comprend quatre
Nouvelles-Angleterres qu’il ne connaît pas encore : le printemps,
L’été, l’automne et l’ hiver .
Forcément, tout cela lui rappellera quelque chose : on ne peut passer
Par Calais, Belfast, Lisbonne, Montpellier, Berlin, Orléans ou London
Sans penser à l’Europe, cette vieille Europe et à son histoire qui le
Ramène forcément à l’histoire de cette Nouvelle Europe, à cette Europe
Du Nouveau Monde . Alors, il réalisera qu’il lui faudra y revenir .
Le printemps ne fait que passer, trop court pour vraiment s’installer,
Mais suffisamment pour préparer l’été, et les oiseaux sont arrivés,
Tous les oiseaux .
Sans l’exubérance du chickadee, du robin, du pic-vert, du Blue-Jay, du
Gros-bec et des firches, la Nouvelle-Angleterre en été ne pourrait être
Ce qu’elle est . De la même manière, sans l’hiver, l’été de la Nouvelle-
Angleterre ne serait cette délivrance luxuriante .
Farrell GREHAN
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