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Le génie et l'amour sont des devoirs faciles *

le mardi 24 septembre 2019, à 12:25. Posté par Philip de Berg (auteur : titre : bribe de Baudelaire)


Ferions-nous de l’Orgueil, gentilhomme barbare,
La raison qui sublime un instant les passions
Pour suivre aveuglément, là-bas comme un vieux phare,
Ce noir sentier qui court vers nos divagations ?

Quel serait cet instinct qui confine au génie
De faire de l’amour, dans ses haillons chétifs,
Une reine vengée au bûcher d’infamie,
Quand on dresse pourtant des cachots bien hâtifs ?

Quand le cœur mis à nu** se damne et puis s’élève
Par devoir qui complait l’esthétique rancœur
Des âmes qui se cabrent aux pieds des filles d’Eve,
Sous les rares poisons qui dévorent le cœur,

Où chercher le panache aux inconstantes gloires ?
« et semper amata ! » *** Seront toujours aimés
Ces fantômes précieux comme de faux ciboires
Décorés d’or fané, sous nos regards affamés.
---------------------------------------
Ils ont pour nom « folie » ou rêves fous,
Sans même le génie, quand l’amour est dissous.

* Titre, sans vers, d'une "bribe" (idée de poème) de Baudelaire
** Clin d’œil à Baudelaire pour le titre éponyme d’un de ses derniers recueils "mon cœur mis à nu"
*** En latin « et toujours aimé », repris en français dans l’hémistiche suivant. Autre clin d’œil, Baudelaire aimait écrire en latin.

Illustration musicale : Sarabande (Haendel)
https://www.youtube.com/watch?v=91sfrw106xs

Image : collage à partir d’illustration Jeux de l’Amour & du Hasard de Marivaux

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le mardi 24 septembre 2019, à 12:49
Il m'arrive parfois (comme un petit exercice "intellectuel" ludique) d'imaginer ce qu'aurait pu écrire Baudelaire lorsque ses mémoires révèlent des tas de titres ou de bribes (un vers !) de "projets de poèmes". Et de saisir l'occasion pour écrire sur un titre. C'est ce que j'ai fait pour ce poème, avec quelques clins d'œil (et le ton un peu "vachard" et illusoire qu'il avait sur l'Amour) en mâtinant mes vers d'une autre tonalité qui grince un peu, entre Marivaux mais aussi Choderlos de Laclos. Il va sans dire que ce n'est qu'un exercice de style, je n'ai rien sur l'amour autant que le Génie. D'ailleurs, la musique de Haendel, confère une tonalité un peu théâtrale, celle d'une comédie de mœurs. Bonne lecture et amitiés à tous et à toutes.
Philip.

gymnote29 le mardi 24 septembre 2019, à 12:56
Bonjour Philip, magnifique poème des liaisons dangereuses à Barry Lindon pour une musique à jamais gravée dans nos esprits qui batifoleront toujours, belle journée à toi, amitiés jean françois

debbie le mardi 24 septembre 2019, à 14:26
Bonjour Philip un très bel hommage à Baudelaire! J'ai beaucoup aimé le questionnement du premier quatrain. Mais tout le reste est aussi questionnement sur l'amour et le génie qui sont bien des devoir facile puisque tous les deux nous viennent comme une évidence. Un superbe écrit que j'ai beaucoup aimé.
Bel après midi
Amitiés
Debbie

mariepaule le mercredi 25 septembre 2019, à 15:21
Coucou Philip

On sent la passion que tu as pour Baudelaire...

A l'instant aimer, oui...Mais l’interrogation que tu as dans certains de tes vers, désigne t'elle par rapport aux "files d'Eve' qu'il aurait voulu aime autres chose que des filles de mauvaise vie?

Se mettre à nu, pour devenir sain dans sa vie amoureuse?

J'ai médité depuis hier ton poème, et mon instinct émotionnel m'a fait faire cette réflexion..
Aimer c'est, savoir aimer même une fille de mauvaise vie, ou m'aimer que l'amour sain?

Philip, je pense que je suis complitquée
Mais j'ai aimé ma lecture...
Gros bisous vers toi
Om
Marie


Philip (Jardin de Lune) le mercredi 25 septembre 2019, à 16:38
Je commence par MARIE, pour faire progresser le raisonnement à partir des différents ressentis :
Pour MARIE :
Coucou Marie. Tu abordes ici un aspect qui touche à la vision de Baudelaire et son rapport aux femmes.
D'abord, tu le sais j'adore Baudelaire pour son coté éminemment "loser", perdant, alors qu'il fut non seulement un poètes, mais un passionné d'Art et un dandy d'une grande intelligence.
Ecartons des aspects d'ordre psychanalytique liés à son enfance et à son adolescence. En fait quand on se penche en détail et quand on lit et relis en profondeur Baudelaire, on découvre qu'il a un regard ambigü, méfiant même sur la Beauté en général. Dans l'Etranger, son plus beau poème en prose, dans "le spleen de Paris" on l'écoute répondre, à la question "qu'aimes-tu donc, étranger ?" :
'- la Beauté ? Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle"
Je....l'aimerais !!! Donc - car c'est Baudelaire qui parle à travers l'étranger - il ne peut l'aimer. Elle représente un Idéal de perfection qu'il ne peut trouver chez l'humain. Donc, la femme aussi. Que d'analyse littéraires et psychologiques ont été faites sur l'Idéal baudelairien.Et quant à la Beauté (la Femme), toute l'œuvre poétique de Baudelaire démontre que pour lui, elle est l’incarnation, v alternativement du Démon et de l’Ange :
Je pense à son poème, l'Hymne à la Beauté et à ce vers
« Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme... ? » dont la charge est de nous conduire « sur la route du Beau» , chemin que Baudelaire a du mal à prendre.
Et d'ailleurs, il fait parler la Beauté avec une froideur antinomique "Je suis Belle, ô mortels, comme….un rêve de pierre" !!!!
Alors tu as raison Marie, Baudelaire aurait voulu aimer d'autres femmes que les filles de mauvaise vie.
Il faut dire que Jeanne, son égérie lui avait saigné le cœur et l'avait fait souffrir. Alors, si la femme est aussi Démon, autant s'en accomoder puisque la Beauté et l'angélisme sont un mirage à ses yeux.
Voilà, ma réponse, Marie, mais c'est peut-être subjectif. Gros bisous.
Philip.

JEAN-FRANCOIS, DEBBIE, je répondrai demain à vos commentaire. Celui fait à Marie fut bien long, mais éclaire un peu votre propos.
A demain, avec toute mon amitié.
Philip

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 26 septembre 2019, à 08:31
Pour GYMNOTE (Jean-François) :
Bonjour, Jean-François. Je vois qu'en une courte réflexion, tu as fait le lien entre les liaisons dangereuses et Barry Lyndon. Certes, j'ai mis en illustration sonore, la musique du film (du Haendel), mais sans penser au lien avec l'histoire elle-même de Lyndon.
Mais tu vois, la prégnance que peut avoir ces réminiscences, comme tu dis "est à jamais gravée dans nos esprits. Avec ta remarque, la boucle, quant à la thématique de mon petit poème, est presque bouclée. Merci de ton intelligente remarque. Belle journée. Amitiés. Philip.

Pour DEBBIE :
Si je suis plus court dans le commentaire que je te fais, c'est parce que tu as, par ton ressenti, ici exprimé, apporté la touche conclusive qui convenait. Oui, comme j'ai démarré ce poème à partir d'une réflexion de Baudelaire jamais explicité par lui (puisqu'il n'a jamais écrit le poème) cela entraine une suite de questionnements qui, somme toute, ont un lien entre eux.
Amitiés et belle journée à toi. Philip.

micheline1940 le mardi 01 octobre 2019, à 14:25
Je n'aurais pas pensé à un tel travail, et la finalité en est tout à fait superbe ! Il est vrai que votre style toujours si parfaitement poétique, porte au rêve comme à l'enchantement, et vous suivre dans votre pensée est plus que ravissant !
Et je vous imagine bien souvent en Seigneur à Venise...
À vous merci mon bien cher Philip pour ce morceau de bravoure sachant toucher l'âme et la faire vibrer si longuement...
Votre amie bien fidèle,
Micheline.

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 02 octobre 2019, à 10:43
Pour MICHELINE :
Bonjour, bien chère Micheline,
Merci infiniment pour la délicatesse et la gentillesse de votre commentaire.
Vous le savez depuis longtemps, je m'attache à une certaine singularité dans ma poésie, même si je ne puis en définir l'originalité où nom. Je ne parle pas de ma vie en poème, ni de mon quotidien. Le souvenir de voyages me donnent parfois de l'inspiration, et le passionné de littérature que j'ai toujours été, m'offre la chance de faire du Verbe, un laboratoire et un observatoire où je peux "décliner" (je ne me permettrai pas de dire "expérimenter"), tel un alchimiste juste rêveur, la richesse des mots.
Dussé-je m'inspirer, bien immodestement, je le reconnais, de nos illustres littérateurs.
Seigneur à Venise ? Dame ! Juste un pauvre Prince, à la richesse des sentiments et de mes idéaux.
Avec ma fidèle amitié. Philip

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