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Dans un coin qui m'est cher de notre douce France,
En terre Bourguignonne aux portes du Morvan,
Je vis tout à loisir un bonheur de vacance,
Quand celle qui excelle à petit pas d'enfant
En plein après-midi se transforme en eau vive,
Il faut la voir au champ étreindre chaque fleur
D'une main délicate et d'une âme pensive
Savourer le terroir, pour comprendre mon cœur,
Le geste est si léger que la grâce s'invite
Et rien n'est plus aimable à mes yeux demandeurs,
Quand se mêle sa jupe au souffle qui l'agite,
Qu'entrevoir une cuisse où ses dessous charmeurs,
Au moindre mouvement, un galbe se devine
Je ne sais pas de buste aussi voluptueux,
Sous le fin chemisier un chemin se dessine
Superbement cerné par deux monts fabuleux,
Princesse de légende, infante de l'aurore,
Tel un blanc papillon, volant de fleur en fleur,
Sa démarche voltige en caressant la flore,
La brise l'enveloppe avec charme et douceur,
On peut se dire alors, la voyant si craquante,
Cet ange là pourrait rendre jaloux les cieux,
Elle semble Vénus, tant sa taille est ardente,
Son rire incandescent et son teint merveilleux
Un brin d'herbe à la bouche, elle affole mon âme,
Il neige alors sur moi des pétales d'amour,
Quel est donc son pouvoir, la tendresse ou la flamme,
Je ne puis sans l'aimer passer même un seul jour,
Ses longs yeux innocents, doux comme une sonate,
Sont des joyaux sertis, nullement contrefait,
Et quand le contre-jour, dans son iris éclate,
De l'écume jaillit, deux perles d'un coffret,
Je sens fondre mon cœur devant cette élégante,
Elle n'a plus vingt ans, pourtant quelle beauté!
Elle demeure angélique et reste si croquante
Que j'éprouve un plaisir infiniment sacré,
Ainsi entre mes doigts c'est une harpe céleste,
Quand arrive le soir c'est l'échelle des cieux,
Mon bonheur est certain, ce poème en atteste
Par sa véracité, point de la poudre aux yeux,
Si je ne parle point, si ma plume se prive,
Si je tait sa splendeur, c'est un peu me trahir,
Si mon style déplait tant pis pour la salive,
Je préfère lui plaire au risque d'enchérir,
Est-ce un crime d'aimer outre le raisonnable,
Rien n'oblige mon cœur, à taire ces excès,
Vous le saviez déjà, c'est un être adorable,
L'aurore lui va bien existe-elle exprès,
Le prix de mon écrit, vaut bien votre clémence,
Mon plaisir ici-bas pareil au canari,
C'est de chanter pour elle avec persévérance,
N'espérez pas de moi, le moindre repenti,
Mon oiseau n'a de cage, il va de branche en ange,
Inspiré par l'amour, il aime les rosiers,
C'est dans un nid douillet que son aile se range,
Il se pose au verger, jamais sur les lauriers,
Je ne sais rien d'égal à sa ligne parfaite,
Et le dire tout haut, peut paraître un importun,
Pourtant détrompez-vous, pour moi c'est une fête,
Je préfère Ronsard, s'il faut être quelqu'un.
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