Poèmes d'Henri Durtal

 

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Ce pour quoi j'ai vécu

le mardi 18 juin 2019, à 12:11. Posté par Henri DURTAL


    Je vous propose aujourd'hui une longue citation:

    Ce pour quoi j’ai vécu, par Bertrand RUSSELL

    Trois passions, simples mais irrésistibles, ont gouverné ma vie :
    le besoin d’aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable
    des souffrances du genre humain. Ces passions comme de grands vents
    m’ont poussé à la dérive, de-ci de-là, sur un océan d’inquiétude, où je
    me suis parfois trouvé aux bords même du désespoir.

    J’ai cherché l’amour, d’abord parce qu’il est extase – extase si puissante
    que, plus d’une fois, pour en jouir seulement quelques heures j’aurais
    volontiers sacrifié le reste de mon existence. Je l’ai cherché, en second lieu,
    parce qu’il nous délivre de la solitude, de cette affreuse solitude qui amène
    notre conscience à se pencher en frissonnant sur l’abîme insondable et
    glacé du non-être. Je l’ai cherché, enfin, parce que j’ai vu dans l’union
    amoureuse comme une préfiguration mystique du ciel, tel que l’on rêvé
    les saints et les poètes. Voilà ce que j’ai cherché et – bien qu’un tel bienfait
    semble hors de notre atteinte – ce que j’ai fini par trouver.

    Non moins passionnément j’ai aspiré à la connaissance. J’ai voulu
    comprendre les cœurs humains. J’ai voulu savoir ce qui fait briller les
    étoiles. J’ai tenté de capter la vertu pythagoricienne qui maintien
    au-dessus de l’universel devenir le pouvoir des nombres. De ces ambitions,
    j’ai réalisé une petite, une toute petite partie.

    L’amour et le savoir, pour autant qu’il m’était accessibles, m’élevaient
    au-dessus de la terre. Mais toujours m’y a ramené la pitié. Les cris de douleur
    se répercutaient au plus profond de moi. Enfants affamés, victimes
    des oppresseurs et des tortionnaires, vieillards sans défense devenus
    pour leurs enfants un odieux fardeau – tout un monde de douleur, de misère
    et de solitude bafoue la vie telle qu’elle devrait être. Quand je voudrais
    tant remédier au mal, je ne peux qu’en souffrir moi-même.

    Telle a été ma vie. Elle m’a semblé digne d’être vécue, et je la revivrais
    volontiers si la chance m’en était offerte.

    (« What I have lived for » , introduction à l’Autobiographie de
    Bertrand Russell traduite par Michel Berveiller)

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
henridurtal le mardi 18 juin 2019, à 20:49
Amour, connaissance, empathie ...
c'est aussi un peu ce qui a gouverné ma vie ... (d'où le choix de ce texte). Henri

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