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Un Savoir mélancolique.
…..C’est un Savoir épars, confus, brisé, mélancolique qui nous échoit, maintenant que nous croyons savoir beaucoup, maintenant que la Loi d’Illimité étend ses Arborescences en tous Sens et partout et que l’Eternité des Univers, sans Cause ni Raison, ni Instance première ni Fins dernières, nous a abandonnés, fragiles Effigies de Matière, Orphelins affligés d’Emotions, Vivants-Mourants dans une Brume d’Inconnaissance...Voici l’Homme cousu de l’Indéfinissable, Fugitif arrimé à sa Chair de Mortel, à sa Conscience souterraine et nocturne, Voici l’Homme dans le Manteau troué du Monde, déplacé, décentré, oscillant de Plaisir en Souffrance, subissant ses Viscères et son Dehors. Homme dépaysé !…
Un Trop-Plein de Présences hostiles, réelles, imaginées, la Profusion humiliante des Choses nous blessent à jamais. Ô Froideur, Rigidité soudaine des Cadavres ! Du Vide de Présence monte une très ancienne Plainte lancinante, de la Profération d’Oracles ambigus des Divinités, des Corps souffrants, de la Stupeur des Consciences atterrées d’Insolite et d’Equivocité, de l’Effroi des Nuits orageuses, de la Dévoration du Feu, des Forces animales ! Ô Humanité ! Faiblesse et Ruse, Persévérance à être, Désir de Mort. Êtres inachevés, surpris, inachevables, inutile Passion, Passivité stellaire, terrestre, insignifiante, Affairement risible et dérisoire dans le Mutisme de l’Eternité dont saigne la Plaie indéchiffrable du Temps : l’Enigme…..
Et je me demandais, à moi-même Question, ce qui poussait l’Existence à exister et ce que recouvrait l’Essence hémorragique, inexprimable du « Ce » : Force, Energie, Puissance aveugles, Poussée vitale incoercible et Mise en Mouvement, Incandescence fulgurante du Vivant ? Et je me demandais où conduisaient nos Trajectoires, nos Horizons, les Errements et les Périls, les Sentiers et les Routes Possibles et peut-être les Partances spatiales qui nous délivreraient des Lassitudes de la Terre ou bien vers les Impasses, une Destinée de Fondrières, de Chutes et de Tombes...Et je me demandais encore quels Liens grandioses d’Amour ou de Logique, quelle Nécessité ou quelle Loi tragique liaient indéfectiblement le Cosmos et la Vie à l’Ordre étrange des Consciences, à la Genèse des Civilisations. Ô Savoir ignorant, mélancolique !
En quel Idiome analogique, par quels Vocables rigoureux et poétiques énoncer cette quadruple Etoffe et cette Architecture baroque du Monde ? Contractions, Expansions, Conjonctions, Disjonctions scandent l’Oscillation rythmique de la Matière surabondante, l’ardente Respiration des Organismes dans leur Tissu de Chair, Fusions, Eclatements, Ondulations, Flux et Reflux, Spasmes et Convulsions, Epanouissements, Déclins, Disparitions, Spirales noires, Trajets labyrinthiques, Pulsions, Désirs, Astres et Vies, Consciences et Civilisations, Mouvements infinis dans l’Espace infini, Histoires pathétiques de Naissances et de Morts, de Naissances mortelles !...De l’Autre est toujours déjà là, à même la Particule la plus infime, une Distance, un Intervalle, une Scission, Loi de l’Espacement. L’Ecart, l’Epars signent la Distension des Choses et des Êtres, l’Essence de leur Eloignement, éternel Devenir…..
A chaque fois, la Vie tentée, envoûtante et risquée, Fleurissement, Dissolution, Humiliations, Êtres discontinus, la Vie désassemblée, adossée au Mystère, vaine Quête d’Inaltérable et de Divin. Où donc ? Où ? Vie souveraine et délectable ? Vierge Chair irriguée violemment du sang des Pulsations, obscurément contenue, ouverte en Démesure, projetée vers le Libre et l’Intense et l’Excès ! Connaissance des Ombres et Savoir de l’Immonde ! Savoir du Périssable ! L’Oubli qui nous recouvrira de Pierre et de Silence ! Un Savoir de l’Absence ! Savoir des Sables ! Un Savoir mélancolique !…..
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