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Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie
Va chercher d'autres lieux, toi qui fus ma patrie
Un peu de sang sur ses mains coule
L'heure pâle, pleure et s'écoule
Eternité de l'homme, illusion ! chimère !
Il n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère
Aimez bien vos nouveaux amours, aimez l'amour qui rêve
C'est lui que vous cherchez quand votre avril se lève
Une âme y glisse en levant son aile
Une promesse comme une fuite éternelle
Lorsque tu m'as cueilli, j'ai connu l'Espérance
Je croyais au bonheur, et oubliais ma souffrance
Le charme tout-puissant de la philosophie
Élève un esprit sage au-dessus de l'envie
Ma pensée est couleur de lumières lointaines
D'un soir où le soleil abaisse ses prétentaines
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers
Rare est une âme ainsi pure qu'aux hivers
Etrange enchaînement par des causes secrètes
Ephémère prestige divin donné aux poètes
La vieille volupté de rêver à ma mort
Survient et s'impose sans effort
Vaines vanités dont pour moi le charme est envolé
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé
Oeuvre divine sculptée et ornée de mille fleurs
Elle se rit du vain amour des amants querelleurs
Je m'éveille à ta voix, je marche à ta clarté
Sur les pas des vertus et de la vérité
Chantant d'une voix douce et sans rompre les chaînes
Nous allions dans la nuit qui priait sous les chênes
Elle est si douce cette pensée
D'une belle vision commencée
Sans répit fument les tristes cheminées
Dans l'horreur leurs noires traînées
Planant sous les rideaux inconnus du remords
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts
Aimez l'amour qui joue au chaud soleil des peintures
Celui qui déroule au ciel la tresse et les ceintures
Et de signes divers la tête couronnée
Monarques tour à tour, se partagent l'année
Ruisseau pur et sacré qui, coulant à jamais
En dérobant ta source épanches tes bienfaits
Le son en est si faux, si tendre, si moqueur, si doux, si cruel
Et si froid, si brûlant, qu'à l'entendre, on ressent un plaisir mortel
Je ne puis l'approcher qu'en des vapeurs de rêve
Malheureux, plus je vais, et plus elle s'élève
Au sein de mon âme épuisée, la paix et l'amour
Comme la nocturne rosée tombe après le jour
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