|

Au mois de mai dernier en retrouvant Bavans
J'ai senti sourdre en moi l'eau noire de la Meuse
En lieu, des prés fleuris, de tristes logements
Mariant le béton à la tôle ennuyeuse
Habillaient mon écrin, tout l'or de mon berceau
J'ai refermé les yeux le temps d'une pensée
Alors m'est revenu le murmure de l'eau
La musique du vent, la campagne enchantée
Et l'ineffable appel du coucou dans les bois
Esclave malgré moi de la beauté du monde,
Des sillons dans les champs, de la biche aux abois
Parmi les blés dorés que le soleil inonde
Ah! puissions-nous aller toujours vers le meilleur
Toujours galvanisé par les fleurs de l'enfance
Où s'enfonce avec grâce un adulte rêveur
Rien ne vaut le soupir qu'un doux pleur récompense
En scellant à jamais la graine au renouveau
Ce feu qui couve en moi parfois au paroxysme
S'enfle, grandit sans cesse et s'invite à l'écho
D'impalpables miroirs empreint de romantisme
Ainsi le soir venu, de tous ces jours acquis
J'aimerais retrouver ce que voit ma mémoire
Ces ombres du passé, dont mon coeur est épris
Rouvrir les deux battants de l'authentique armoire
Où l'aube se repose au temple de la nuit
Dans les bras du silence où dorment tant d'étoiles
Que ne savent plus voir les hommes d'aujourd'hui
Ces trésors engloutis couronnent mille voiles
Je crois à mon insu quand se forme l'épi
Ignorer, l'ignorance où feindre ce naufrage
A mon doigt restera sans le moindre répit
Le sublime anneau d'or fidèle à ton image
Il ne subiste ici que quelques clos témoins
Le pas des temps anciens, de la mélancolie
Dont on aime les fleurs, autant que les bons foins
D'aguichantes clartés, qu'une larme bénie
Emu par ce quartier, tout sauf de bon aloi
Revenant au pays, comme les hirondelles
J'ai fait ce voeu sincère en m'inspirant de toi
Ne penser qu'à tes yeux en reployant mes ailes
|