|

Le vent vient des rosiers et verse son haleine,
Du vase dans la chambre il neige du soleil,
Le printemps est si doux c'est presque du Verlaine;
Une arche se répand sur le bouquet vermeil.
En dégrafant sa jupe elle a le don de plaire,
Ce froufrous capiteux, taquine ma raison,
Je l'aime à la folie et songe à l'adultère;
C'est un œillet aux dents que j'approche son front.
Le soir suscite en moi, l'angélique auréole,
Emaillant de son corps conquérant, enjôleur,
Cette ligne parfaite où chaque courbe affole
En touchant à la grâce, à l'or, à la saveur;
Au nuage du lit que sa chair émerveille,
Un rayon du couchant s'attarde évanescent
Et parcours son regard que le désir réveille;
Devant ce beau bijou c'est le ravissement.
Couverte seulement d'un amour de chemise
Je devine ses seins sertis de deux rubis,
Heureux de savourer cette terre promise;
Authentique splendeur, œuvre de Dieu sans prix,
Mon âme s'abandonne et mes doigts s'ensoleillent,
L'ombrageux Paradis de ses cils palpitants
Accueille mille oiseaux, sous la lampe vermeille
Où flâne la candeur de parfums élégants;
Et l'art si raffiné propice à la tendresse,
Sur le coussin brodé son visage enfantin
Que le trouble chéris devient une allégresse,
Ses cheveux dénoués sur le drap de satin
Ressemblent à l'hirondelle enveloppant la lune,
Et je rêve à ses yeux goûtant la volupté,
Je sens ployer mon cœur certain de ma fortune,
Une fièvre d'amour, parle d'éternité.
Tout en elle parait en fleur, en harmonie,
Ses doigts, son buste exquis, son sourire émouvant
Reflétant au miroir, fine joaillerie,
C'est Vénus à l'autel toute habillée en blanc.
Là-bas loin dans la nuit un rossignol module,
Sait-il le bienheureux que de même ma voix,
Echafaude un serment au lac du crépuscule,
Tout parfumé d'amour, pour son joli minois.
Toute une vague d'or, comme roses splendides,
Amoncelle la braise au sommet du volcan,
Un océan brodé par les dessous limpides
Vient conquerir mon coeur d'un feu sans précédent?
En chérissant sa peau, je cueille l'orchidée,
Puis vient l'embrasement, le plaisir inouï
De boire un flot d'aurore aux branches de l'orée;
Ce bonheur de nectar que le présent souscrit.
|