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Martha était jeune, enfin elle le fut un temps, mais son reflet dans le miroir ne manquait pas d’en occulter les rides les cernes et le teint gris, elle ne voyait que ses prunelles, elles qui jouissaient de tant d’impertinence et de malice, et sa bouche voluptueuse à l’air un peu mystérieux selon qu’elle la tordait d’un côté ou de l’autre.
Au milieu de tout ça ses narines restaient intactes, elles, elle les voyait, elle les trouvait trop grandes, il fallait bien trouver quelque chose pour mimer une certaine réalité dans laquelle on doit se trouver des défauts qui mettent en valeur les qualités. Les narines ne vieillissent pas, un trou ne subit jamais les ravages du temps sinon par expansion, et son nez retroussé un peu court ne souffrait pas de son allongement inévitable bien au contraire c’était le seul à pouvoir crâner autour de ses voisins désabusés.
Martha se mirait très souvent. Elle restait accrochée à cette image falsifiée, telle une personne ayant fait un AVC ne percevant que la moitié de son visage, elle n’en voyait que le tiers, mais nul problème vasculaire sinon au niveau du cœur, celui qu’on lui prit un jour et que son absence avait figé dans le temps, un temps cruel qui continue de ronger les chairs mais ne donne pas la force suffisante pour l’accepter.
Martha ne voulait pas vieillir et ne voulait pas quitter le moment où elle fut capable de croquer le monde, le moment où elle fut invincible. Elle en avait gardé le pas, mais n’empêchait plus désormais sa lourde allure de faire traîner sa patte. En elle tout se perdait, la brillance de ses cheveux qui jadis parfois détrônaient jusqu’à son regard, la douceur de son parfum, mêlé aujourd’hui à l’acidité de sa peau, comme souffrant de ne plus pouvoir jamais être que le repli de la sueur, et la beauté de sa peau, si lisse et dorée qu’elle semblait la peinture d’un désert d’orient, désormais croûte de terre tarie qui l’obligeait à perdre la netteté de sa vue pour en occulter les crevasses et pouvoir sauter d’un bord à l’autre, sans jamais le précipice voir, sans jamais y retomber un jour.
Martha était un trou, elle était cette narine, ce défaut absent, qu’on utilise pour ne plus rien sentir autour de plus laid qu’elle. Outre les amants qui défilaient souvent, son trou par définition ne se situait pas entre ses cuisses, bien au contraire, un trou rempli n’en est plus un, mais tout le reste flottait dans le vide, prêt à se résorber en lui-même, un amas de trous cherchant leur trou originel, autour de qui se rassembler, si bien qu’un jour peut-être ses yeux se révulseraient pour ne voir que leur intérieur.
Elle était le précipice, tout tombait, tous tombaient. Elle restait debout, elle devenait un monstre, un qui se nécrose à petit feu, une lépreuse qui colore chaque membre tombé au sol, si bien qu’autour d’elle semblait apparaître une auréole fleurie à l’odeur carnassière, premier appât pour les chasseurs hardis venus ramasser les morceaux.
07/06/18
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