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Oublier Cuba

le mercredi 19 septembre 2018, à 18:09. Posté par Philip de Berg


    Chercher, chercher encor, sous la lumière grise
    Des vieux théâtres nus, quand tanguent nos ivresses
    Absorbées par la nuit, et bruler la méprise
    Dans un geste agacé qui trahit nos tendresses.

    Je ne suis que l’escale où mon rêve créole
    Aux alizés carmins, a méprisés le vent,
    Qui menait sans détour vers un vieux chant frivole.
    Quand les âmes s’échouent, c’est par un accident.

    Mes pas guidaient mon cœur, sous la rafale vive,
    Quand sur le Malecón*, comme un oiseau rebelle**,
    Soudain je vacillais, sous l’exquise dérive
    Qu’esquive ma méprise au creux de l’étincelle.

    Noyer, noyer encor, sous une habanera*,
    L’ultime souvenir de ces nuits passagères,
    Et sans me retourner, mais qui s’en souviendra,
    Me moquer des hasards que l’on vend aux enchères.
    ---------------------------------------------------------------------------
    Se moquer du Hasard comme il vous conviendra……

    * Le Malecón est l’avenue célèbre du bord de mer de La Havane où se concentre la vie nocturne.
    ** clin d’œil à la plus fameuse des habaneras, « l’amour est un oiseau rebelle » du Carmen de Bizet
    *** L’habanera est une danse originaire de cuba, au rythme plus lent et syncopé, entre salsa et tango.

    Illustration musicale : Buena vista – Campina (musique cubaine)
    https://www.youtube.com/watch?v=yjidkg7JvP4

    Illustration : El Malecón, la Havane

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le mercredi 19 septembre 2018, à 18:14
Ce poème est une fiction. Si je connais assez bien Saint-Domingue en revanche, je ne suis jamais allé à Cuba.
Le poème est une sorte de spleen en mode Amérique latine, "saudade" comme disent les brésiliens. C'est l'œuvre littéraire de ce merveilleux écrivain cubain, Leonardo Padura, qui évoque souvent La Havane dans ses romans, qui m'a donné l'idée de cet écrit. Amitiés à toutes et à tous.
Philip.

debbie le mercredi 19 septembre 2018, à 19:01
Bonsoir Philip, j'aurais juré que tu étais déjà allé à Cuba quand j'ai lu ce poème. Et bien non. Pourtant tu lui a donné une âme très forte à cet endroit sans y avoir mit les pieds. Bravo pour cela ! J'aime beaucoup la musique qui sert d'ambiance à ton poème ! Et l'illustration vraiment superbe aussi ! Mon quatrain préféré est le troisième ! Et le dernier vers très fort aussi se moquer des hasards que l'on vend aux enchères. Et je me suis poser la question peut on vraiment se moquer des hasards ? Ce simple vers pousse à la réflexion et j'adore. Encore une fois j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce poèmes c'est peut-être qu'une simple fiction mais il s'en dégage tout de même beaucoup d'émotions.
Merci pour ce beau partage !!
Belle soirée à toi Philip
Amitié
Debbie

taia le jeudi 20 septembre 2018, à 09:31
Bonjour, Philippe!
Les souvenirs sont les vitrines de nos joies, cristallisées dans la mémoire latente. Une fois réveillées elles nous transportent aux lieux des délices ressuscitées. Dommage que se sont inventés, mais quand même, tu les as dépeintes avec l'art d'un vrai connaisseur. C'est un séduisant escamotage, la nostalgie de quelque chose cher à ton coeur, ou à ta mémoire. Nous, les Roumains nous avons un mot empoignant: c'est DOR, une nostalgie plus forte, presque pathétique. Voilà les peuples passionnels! Toi aussi tu l'es? Amitiés. Taia

La Mouche Nounouche le jeudi 20 septembre 2018, à 15:12
Dis moi Philip on dirait le texte d'une chanson ton poème et ce dès les premiers mots. J'ai pensé à Bernard Lavilliers en te lisant mais il est vrai que lui aussi reste sous influences de ses musiques là. En tout cas une bien belle réussite pour nous emmener là-bas avec toi de façon virtuelle mais presque réelle.
Amitiés Yves

Rêveuse le jeudi 20 septembre 2018, à 17:02

Bonjour cher Philip !

Oui, c'est fou et impressionnant de voir comment tu as su rendre cette ambiance cubaine, sans y avoir été!
J'ai pensé comme tu l'as suggéré à la "saudade" brésilienne !
J'écoute en te lisant la musique et je ....pars là bas!

"Mes pas guidaient mon cœur, sous la rafale vive,
Quand sur le Malecón*, comme un oiseau rebelle**,
Soudain je vacillais, sous l’exquise dérive
Qu’esquive ma méprise au creux de l’étincelle."

Une strophe qui mérite d'être lue à haute voix tant la recherche de sonorités
y est superbe,
Cela fait plaisir de te lire!
avec mes meilleures amitiés, merci !


mariepaule le vendredi 21 septembre 2018, à 06:41
Coucou Philip

Je pense comme Yves ent te lisant dès le début notre mantal, se met au chant...
Le rêve t'a mené dans ce pays que tu ne connais pas, et une source de vers s'est projetté en ton inspiration..

Belle journée sous la pluie Philp
Bisous
Om
Marie

Philip (Jardin de Lune) le samedi 22 septembre 2018, à 12:49
Pour DEBBIE :
Hello Debbie. Eh bien non, en effet je ne suis jamais allé à Cuba. Mais j’avoue m’être passionné pour son histoire, tant plus ancienne que contemporaine. Un petite passion anthropologique, en quelque sorte (sourire). Ah la musique cubaine, bien sûr, ça donne de l’ambiance, du relief au poème.
Il faut dire, qu’il y a une semaine, nous avons passé de longs moment au stand Cuba-Coopération, d’une fête, où un ami en est un des administrateurs. C’est en autres une des raisons qui font que ses témoignages complètent mon intérêt pour Cuba.
Tu comprendras ainsi que l’écriture du poème et surtout son atmosphère me fut facilité (la musique cubaine était présente – avec orchestre sur place !).
Voilà, c’est ainsi qu’est né ce petite poème.
Bon week-end à toi, et amitiés. Philip.

Pour TAIA :
Merci mille fois, Taia, pour le détail de ton commentaire qui est agréablement pertinent, lorsque tu soulignes que, les souvenirs réveillés nous portent vers des délices ressuscités.
La nostalgie nous la portons souvent en nous. « Dor » convient très bien, c’est un mélange de spleen, de….blues, et de l’indéfinissable « saudade ».
Oui, je pense que l’aspect passionnel que je vois dans la vie imprime le contraste en lumière et ombre, pour mieux ressortir côté soleil.
Amitiés. Philip

Pour YVES :
Bonjour Yves. Oui, en retirant certains mots, on pourrait en faire une chanson, aux rythmes caraïbes ou brésiliens, comme Lavilliers. Je dois te dire, au passage, que j’adore Lavilliers. Mais il est vrai que, par exemple, mon poème comprends des mots comme « créola », « alizés »….qu’utilisait aussi Lavilliers dans ses textes.
Pour le reste, eh bien tant mieux si le voyage virtuel t’a plu. L’explication du presque réalisme de cette virtualité, je l’explique dans mes coms qui précèdent.
Amitiés, Yves. Philip

Pour REVEUSE :
Bonjour Rêveuse. Tu sais, il m’a suffit de mettre une bonne musique brésilienne en fond sonore, de me replonger dans mes souvenirs, non pas cubain, mais de la caraïbe americano-latine, de revoir mes photos de Saint-Domingue, de regarder quelques photos de La Havane et….le tour était presque joué.
Ah oui, en écrivant « exquise dérive…l’assonance entre exquise et esquive m’est venue à l’esprit, et plutôt que de faire un choix, j’ai enchainé des doubles assonances et rimes et le contexte de la phrase a donné une belle sonorité d’ensemble.
Beau week-end à toi, Rêveuse. Prends soin de toi. Amitiés. Philip

Pour MARIE :
Coucou Marie. Ce que tu exprimes dans ton si gentil commentaire est exactement la démarche qui permet, tant au lecteur qu’à l’auteur du poème de projeter son imaginaire, avec simplicité, presque en fermant les yeux pour s’imprégner de l’ambiance. En ce qui me concerne, il faut dire que, connaissant bien Saint-Domingue, sur l’Ile sœur de la Dominique, il y a le même environnement que Cuba, propre à la Caraïbe. Mais sans la magie de Cuba. L’ambiance cubaine je l’ai rajoutée à partir de ma connaissance littéraire et curieuse. Je m’étais d’ailleurs livré à cet exercice lorsque j’avais écrit un récit imaginaire des derniers jours de Batista, le dictateur qui avait précédé Castro à Cuba.
Bon week end chère Marie. Gros bisous. Philip

Susan* Coquelicot * le lundi 24 septembre 2018, à 08:12
Coucou Philip !
Merveilleux poème sur Cuba …
Les quelques heures du week-end dernier passés auprès de l’association Cubaine t’ont joliment inspiré…
Il faut dire que notre ami est tellement amoureux de l’ambiance et des paysages de ce pays, qu’on tombe sous le charme et qu’on ne peut y résister !!!
Bon lundi ensoleillé !
Gros bisous.

Philip (Jardin de Lune) le lundi 24 septembre 2018, à 08:16
Pour SUSAN :
Cuba est magique. Ses musiques sont envoutantes, et contrairement à l'esprit "saudade" mis dans mon poème, les cubains, malgré une vie quotidienne qui est encore loin d'être idéale, ont le sens de la fête, la frénésie de la danse et chante l'amour.
Belle semaine à toi. Bisous. Philip

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