|

Je t'invite dés lors non loin de la Sologne
Dans un terroir de paille et d'ombreuse forêts
Au milieu de nul part, quelque part en Bourgogne
A deux pas du bonheur, au pays des bleuets
Surtout n'apporte rien, point besoin de bagages
La maison est sommaire et poussiéreuse d'or
Les ballades du soir seront de fabuleux voyages
Quand la plaine revêt l'habit de messidor
Le train et le metro, la ville du mensonge
Tout sera dispersé par le vent des moissons
Quand viendra s'incliner, telle l'aile d'un songe
Le sourire indulgent des humbles floraisons
La campagne assoupie en étirant son rêve
Se pâmera pour toi d'élégantes langueurs
Le sentier ombrageux d'où la perdrix s'élève
Fera briller tes yeux, par ses saintes couleurs
La forêt pleine d'or n'attend que ta dentelle
Pour t'offrir ses bijoux aux délices d'un lit
Parfumé d'aubépine et ceint telle chapelle
D'une aimable douceur, si saine pour l'esprit
Tout renaît, tout soupir, la nature envoûteuse
Caressera ton front et ton visage pur
Les lestes martinets d'une danse amoureuse
Traceront dans ton coeur un long ruban d'azur
Nous ferons en chantant de blonds châteaux de paille
En jouant aux indiens, arc et flèches en main
Nous chasserons pour rire au coeur de la broussaille
Le renard et l'oiseau, la biche et le lapin
A l'heure déjà douce où rentrent les bergères
Nos pas nous mènerons sur un fleuve de fleurs
Nous marcherons heureux en cueillant des stellaires
Et nous retrouverons les antiques saveurs
Tu verras la moisson quand la nuit s'angélise
Devenir un linceul au miroir étoilé
Alors tu frémiras comme au coeur d'une église
En fleurant le parfum de ce plaisir doré
Et le soir en rentrant, j'ai des plumes, de l'encre
Ainsi que des cahiers, s'il te vient le désir
D'écrire quelques vers, si ton coeur jette l'ancre
Parmi les cerisiers que l'été fait frémir
Entouré par les chats, dans la simple batisse
Auprès de l'abat-jour, l'esprit et l'âme en paix
Un souffle de printemps dessinera l'esquisse
D'un mythe que n'atteint point les airs désuets
Par le chemin des champs au hasard d'une haie
Les bras chargés de fleurs, soleil de la maison
Nous boirons un silence épris de roseraie
Trésor des siècles morts devenu déraison
Je t'attendrai demain à l'ombre du vieux chêne
Viens, viens n'hésite pas, la rose attend ta main
La chambre est appretée, ombrageuse et sereine
Le moulin moud l'azur viens fleurir mon destin
|