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LES DERNIER JOURS DE FULGENCO MARQUEZ BATISTA

le vendredi 29 juin 2018, à 19:31. Posté par Philip de Berg


    (REPOST)
    Encore quelques jours, quelques nuits et viendra l’heure de l’exil.
    Pour une liberté …. ou un enfer, celui de se perdre, vivant, dans une éternité rebelle.
    Pour échapper à l’ouragan, celui des hommes trop inconscients qu’ils en ont perdu leur âme, alors que près des plages, les corps encore fiévreux reviendront s’étourdir, tournoyer, éperdus, au rythme langoureux d‘hypnotiques habaneras.
    « L’amour est un oiseau rebelle ! » Mais, là, au pied des grands cargos en partance pour ailleurs, dans son Palais meurtri, fissuré par les pleurs, l’homme attend de s’accomplir, pour un dernier voyage, emportant avec lui rien qu’un peu de poussière, des souvenirs gravés et dans son regard sombre où fulmine la braise, une antique prière, un chant de dignité.

    « Ô, fleurs de Trinidad, je vous ai caressées,
    Vous étiez endormies d’une tendre quiétude
    Demente Soledad, bercée de solitude,
    De mon cœur infini, je vous ai trop aimées.

    Quand mes yeux se tournent vers l’horizon salin,
    En exigeants vainqueurs perdus dans l’Infamie
    L’esclave se courbe, sans implorer l’ami
    Que j’étais avant l’heure où sonna mon déclin ».

    Les jardins du Palacio Viejo accueillent la nuit tiède, tandis que les fragrances d’eucalyptus ou de mariposa blanche, obsèdent les cerveaux. Dans le clair-obscur de cette nuit si proche, près d’une véranda, tangue un vieil air de calypso tandis qu’indifférente, la paloma capricieuse tournoie dans l’air et se pose un instant sur les gargouilles moussues, au faîte du palais.
    « Repuesta, repuesta ! » murmure l’homme fatigué.
    N’a-t-il encore que quelques heures à vivre, quelques larmes à pleurer. Lorsque viendra la saison des pluies, son peuple l’aura oublié. « Vivir en libertad, una vez mas !» Oui, une fois encore et ne plus jamais pleurer. Echapper à soi-même, quand l’ouragan de sang et de clameurs déferle sur la Ville.

    « Les fleurs d’Almendares sont d’étranges présages,
    Comme un blanc sortilège au recoin de mon âme
    Elles rutilent de sang sans éteindre la flamme
    Du funeste cortège au douloureux visage.

    Como la flor se va, sur l’unique frontière
    Où court un peuple fier, dans ses haillons d’argent,
    Et quand l’espoir s’en va, le cœur est indigent,
    D’avoir maudit Hier d’inutiles prières »
    ……………………………………………………………………………………………………………………………………………..
    Fulgenco Batista est mort en exil, à Guadalmina en Andalousie, en 1973, d’une crise cardiaque.


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commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le vendredi 29 juin 2018, à 19:46
Quand j'ai posté ce poème pour la première fois, je pensais que l'accueil de ce poème serait mitigé. Batista fut le dictateur qui précéda l'arrivée de fidel Castro à Cuba. On n'aime pas les dictateurs. Je ne les aimes pas plus.
Je me suis simplement dit qu'ils avaient bien sûr des sentiments humains. Le poème - une fiction - se situe au moment où Batista va quitter le Palais présidentiel et par la même occasion le pouvoir.
Rassurez-vous, je n'aurai pas la même compassion pour tant d'autre dictateurs qui ont du sang sur les mains, pour avoir massacré, eux, des milliers de gens. Bonne lecture et avec toutes mes amitiés. Philip.

debbie le vendredi 29 juin 2018, à 20:51
Bonsoir Philip, j'aime ce poème car le côté humain de cet homme est bien représenté. Tout homme qui vit à un coeur même si pour certain on a moins l'impression de le l'entrevoir. La mise en scène nous fait entrer encore mieux dans l'ambiance du poème. C'est bien réussit ! Ma partie préféré est celle ci :
" Ô, fleurs de Trinidad, je vous ai caressées,
Vous étiez endormies d’une tendre quiétude
Demente Soledad, bercée de solitude,
De mon cœur infini, je vous ai trop aimées. "
Belle soirée Philip
Amitié
Debbie

mariepaule le vendredi 29 juin 2018, à 22:37
Coucou Philip

Je m'en souviens du poème,
J'avais même fait des recherches sur internet..

J'aime la prose et les quatrains, cela donne un bel ensemble...

Bisous Philip
Om
Marie

Philip (Jardin de Lune) le samedi 30 juin 2018, à 11:27
Pour MARIE :
Oui, j'ai eu un jour l'idée de faire cette prose-poème sur les états d'âme de Batista après avoir vu un excellent et émouvant film "Adieu Cuba" qui évoque l'exil du dictateur.
Il m'arrive de faire un mixte prose-vers (comme dans Martha !). Ca peut donner un effet sympa.
Bisous et beau week-end. Philip.

Pour DEBBIE :
Oui, en effet, j'ai vu l'aspect humain.
Je ne dis tout de suite que je ne l'aurais pas fait avec un Hitler, ou Pinochet ou Staline !!!!
Il y a bien sûr une certaine mise en scène, en partie due à la description "tropicale" des lieux. J'ai calqué un peu sur Saint-Domingue que je connais pour y être allé plusieurs fois, la République dominicaine étant tout près de Cuba.
Beau week-end. Amitiés. Philip.

Rêveuse le dimanche 01 juillet 2018, à 10:52

Bonjour Philip

je suis venue lire ...et relire plusieurs fois ton écrit pour m'en "imprégner"

j'ai aimé cette ambiance si bien rendue,
de fin de règne
ces quelques mots d'espagnol glissés ici et là et l'alternance de prose et de vers!

Ta photo m'a rappelé les intérieurs sévillans , et tout cela m'a émue!

merci à toi, beau dimanche sous le soleil généreux avec des boissons fraiches à portée de la main!
amitiés

Philip (Jardin de Lune) le dimanche 01 juillet 2018, à 12:15
Bonjour Rêveuse.
Merci d'avoir apprécié cet écrit, l'alternance prose-vers, mais surtout l'atmosphère "fin de règne" comme tu dis, avec tout l'émotion vue sous un seul angle : celui qui se parle à lui-même avant de partir.
Bien sûr, les quelques mots d'espagnol contribuent à mieux nous transporter sur les rives de Cuba.
Oui, je connais bien les intérieurs sévillans (et des autres villes d'Andalousie). Cela pouvait ressembler au Palacio Viiejo.
Bon dimanche à toi aussi, Rêveuse.
Amitiés. Philip.

domidom le jeudi 05 juillet 2018, à 15:36
Encore un poème que j'ai rayé de ma mémoire, aujourd'hui j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à le relire...
C'est un beau poème...
De plus, il m'a permis de découvrir des lieux inconnus, mais ça, comme je ne connais que mes 4 murs, je n'ai pas beaucoup de chemin à faire pour découvrir de nouvelles contrées...
Gros bisous mon Philip...
A plus Domie

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