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(REPOST)
Encore quelques jours, quelques nuits et viendra l’heure de l’exil.
Pour une liberté …. ou un enfer, celui de se perdre, vivant, dans une éternité rebelle.
Pour échapper à l’ouragan, celui des hommes trop inconscients qu’ils en ont perdu leur âme, alors que près des plages, les corps encore fiévreux reviendront s’étourdir, tournoyer, éperdus, au rythme langoureux d‘hypnotiques habaneras.
« L’amour est un oiseau rebelle ! » Mais, là, au pied des grands cargos en partance pour ailleurs, dans son Palais meurtri, fissuré par les pleurs, l’homme attend de s’accomplir, pour un dernier voyage, emportant avec lui rien qu’un peu de poussière, des souvenirs gravés et dans son regard sombre où fulmine la braise, une antique prière, un chant de dignité.
« Ô, fleurs de Trinidad, je vous ai caressées,
Vous étiez endormies d’une tendre quiétude
Demente Soledad, bercée de solitude,
De mon cœur infini, je vous ai trop aimées.
Quand mes yeux se tournent vers l’horizon salin,
En exigeants vainqueurs perdus dans l’Infamie
L’esclave se courbe, sans implorer l’ami
Que j’étais avant l’heure où sonna mon déclin ».
Les jardins du Palacio Viejo accueillent la nuit tiède, tandis que les fragrances d’eucalyptus ou de mariposa blanche, obsèdent les cerveaux. Dans le clair-obscur de cette nuit si proche, près d’une véranda, tangue un vieil air de calypso tandis qu’indifférente, la paloma capricieuse tournoie dans l’air et se pose un instant sur les gargouilles moussues, au faîte du palais.
« Repuesta, repuesta ! » murmure l’homme fatigué.
N’a-t-il encore que quelques heures à vivre, quelques larmes à pleurer. Lorsque viendra la saison des pluies, son peuple l’aura oublié. « Vivir en libertad, una vez mas !» Oui, une fois encore et ne plus jamais pleurer. Echapper à soi-même, quand l’ouragan de sang et de clameurs déferle sur la Ville.
« Les fleurs d’Almendares sont d’étranges présages,
Comme un blanc sortilège au recoin de mon âme
Elles rutilent de sang sans éteindre la flamme
Du funeste cortège au douloureux visage.
Como la flor se va, sur l’unique frontière
Où court un peuple fier, dans ses haillons d’argent,
Et quand l’espoir s’en va, le cœur est indigent,
D’avoir maudit Hier d’inutiles prières »
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Fulgenco Batista est mort en exil, à Guadalmina en Andalousie, en 1973, d’une crise cardiaque.
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