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C'est vous que je revois sapins de mon pays
A l'heure où la pendule éloigne ma jeunesse,
Il neige doucement dans mes yeux éblouis;
Quand je veux retrouver ma fibre poétesse
Je dirige mes pas du côté de Bavans
Et dans les chemins creux de ma terre Comtoise
Tout un peuple d'oiseaux m'accueille dans les champs;
Quand l'été fleure bon l'humus et la framboise
Me reviennent toujours les sourires d'antans
La lumière des jeux, qu'une larme dénoue,
L'invinsible frisson de mes premiers printemps
Et l'étrange douceur de lèvres sur ma joue,
Des voeux inavoués traversent mon esprit,
Comment pourrais-je enfin les dire avec justesse
Ma plume se dérobe en route vers la nuit
Et je sens bien alors, mon âme le confesse,
Qu'un mal demeure en moi pour pareilles chansons
Et l'écho de ces jours, en ces lieux me ramène
Parmi les épis d'or où chantent les moissons
Sous le coussin moelleux qu'ombrage le vieux chêne;
Tous ces jardins perdus parfument mon chagrin,
Ecrin des doux serments à l'abris sous les branches
Et les neigeux bouquets au creuset de la main
s'effeuillent doucement avides de revanches,
D'intimes souvenirs comme en un vieux grenier
Que je croyais éteints, nourrissent ma mémoire
Je retrouve soudain les lignes de l'aubier
Et d'un geste anodin j'ouvre la grande armoire,
Alors rennaît l'enfance au miroir du ruisseau,
Le soleil sagement dentelle l'aubépine,
J'écoute en attendant la musique de l'eau,
Ce premier rendez-vous tendrement se dessine
Je me souviens du soir au coeur des fenaisons
Une âme allait reluire un peu comme une image
En l'écrin de mon cœur, de mille floraisons
Et encore aujourd'hui demeure son visage
Et son corps gracieux à la fine pâleur,
Il me revient toujours son beau regard de biche
Ses longs cils émouvants au clignement rêveur
La charme de ses yeux à l'extase si riche
Je ne puis l'oublier, il marque mes seize-ans;
Cet amour symbolique en silence déborde
Il m'entraîne avec lui sur des sables mouvants
Et m'emporte en sanglot vers une douce exode.
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