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Cher Yann moix
Cher à mon cœur et aussi à mon porte-monnaie qui avare, de ses bras métalliques, me supplie de ne pas vous succomber
D’ailleurs je ne vous succombe que rarement, je n’ai pas lu tous vos livres car j’aime garder de l’inaccompli, laisser l’espoir toujours présent de vous découvrir un peu plus chaque jour, de ne pas vous consumer trop vite tel un cigare de qualité, que je tamise parfois, laissant ses effluves envahir la pièce, que je miroite quand le vent a entraîné avec lui l’ultime braise en action qui au passage titille une dernière fois mon odorat, puis que je rallume, toussant au premier abord jusqu'à retrouver le plaisir vierge qu’on avait laissé s’éteindre un peu plus tôt et dont on attendrait qu’il s’éteigne à nouveau pour la joie de le rallumer encore. Vous avez dit un jour qu’un homme ne se droguait que pour ressentir l’effet du manque
J’ajouterais qu’il dispose aussi pour ne jamais manquer d’un possible manque.
Donc je vous lis avec parcimonie, c’est signe de mon attachement. Pour faire une flatterie grossière, si vos paroles sont d’or noir sur papier blanc, en bonne épicurienne préparant toujours ses repas avec soin, comme quand on nous sert le caviar à même l’assiette, il faut avoir le courage de laisser de la place aux cinq fruits et légumes du jour. Et si ce sont là les eaux de la facilité que je goute, c’est bien sur pour les 1.5l quotidien. (Oui épicurienne du 21ème siècle)
J’espère que cette petite introduction ne vous aura pas repoussé, après tout, vous ne me connaissez pas, et je ne me connais pas non plus donc comme j’ose m’aborder parfois, je vous aborde. Mais loin de moi l’idée de vous réduire à mon seul être qui n’est que peu de choses physiques en ce monde : pas de job, pas de fric, pas de mec, pas de maison.
Je m’en apitoie parfois et vous me direz, si ces choses étaient grandes elles seraient tout autant peu de choses. Pourtant ce petit peu est infini quand je me plonge dans la page, la vitre qui me sépare de vos lèvres, vos yeux. J’existe soudain car vous existez, je suis libre de votre liberté, ivre de votre ivresse ; j’aime alors me détester quand votre culture vient botter les fesses à la mienne, soulignant les contours de son inachevé. Oui j’existe grâce à vous, en face de vous. J’aime aussi à me dire que vous me flagellerez de vos mots, que mes oreilles saigneraient leur stupéfactions déclenchant alors le battement de mes narines œuvrant à récupérer ses pures essences. Et si j’exprime le désir que vous suciez ma chair, ce n’est à votre égard qu’une poignée de main, un contact moite mélangeant les fluides et premier constat de la mise en place d’un jeu de domination. N’en soyez pas offensé (Mon approche masochiste n’est qu’un berceau tendre, mon père un brin sadique m’a prénommée Justine.)
En réalité si je vous écris ce n’est pas plus pour vous parler de moi que pour me parler à moi de vous. Vous, celui qui est autre, aussi effrayant qu’attirant, aussi chaud qu’il est froid, aussi dangereux qu’il est inoffensif. Moi qui ose vous laisser mon flow en pâture et que vous pourriez d’un simple revers de la main balayer vers les profondeurs de l’humanité, tant le manque de confiance (en moi) qui me lie à votre assurance est grand.
Moi je suis une fille qui se cache, J’enrobe un peu les choses, comme un drap que j’étendrais sur mon corps, pour me protéger du danger (Sans penser que c’est le drap lui même qui pourrait le plus attirer l’attention, car tendu à la hâte ente les bras et les pieds prendrait une forme bien inhabituelle). Ici le danger n’est pas vous, ni vous m’ayant lue mais moi vous imaginant m’ayant lue. Paradoxalement je m’enrobe, par peur que vous me dérobiez.
Je prends le risque, c’est à vous que je veux écrire c’est vous que je trouve le plus légitime à recevoir le sac de mes mots, en oubliant l’admiration que j’ai pour vous, l’homme intelligent, pertinent, drôle, mêlant la rudesse de la franchise à la finesse de la pensée, car -alors que je me sentais seule dans la réalité et ayant fini par y renoncer, partant vers l’abîme de la déraison, de la folie, dans l’espoir de retrouver les autres que je ne savait même plus s’ils eussent existés vraiment, me demandant si je n’étais pas finalement seule ici , maintenant et pour toujours, voguant de plus en plus dangereusement vers le large et point de non retour, quand le gout de la vie n’a plus assez du sens de la mort, et que le gout de la mort devient le sens de la vie, depuis ces lieux factices, duquel les combiens se substituent aux pourquoi, pour oublier le pourquoi du combien et combien les pourquoi, eh bien, c’est vous, qui avez par vos mots, tour à tour rajouté des lests à mes pieds et je peux désormais amorcer le train d’atterrissage, car ils effleurent enfin le sol, lui qui me semblait perdu (certains cherchent le temps d’autres le sol – je me permets la référence car les amis de mes amis étant mes amis, je me suis mise à lire Proust, et je ne m’étends pas plus car je n’ai pas encore fini), vous avez fait tilter en moi la pensée universelle, celle qui place un miroir entre les être duquel leur ressemblances s’agglutinent vers l’opacité quand leurs différences, elles, s’annulent en contraste vers la transparence jusqu’à ne faire apparaitre finalement qu’un seule image, une seule image issue d’une altérité unique. J’ai buté sur ma propre image, me suis vue en vous, reconnue, acceptée, puis nos différences m’ont laissé un champ libre à imaginer la réalité qu’il me reste à découvrir, elle qui compte seulement. Et sans penser toujours la saisir, j’ai pu la faire tournoyer tout autour de moi avec le plaisir d’avoir quitté le cul de sac qui frappa mon crane et me laissa des hématomes. Bon je suis quelque part toujours fantomatiquement en lévitation avec mon drap sur la tête, souvent maladroite et bancale, me terrant de métaphores en métaphores, mais j’entends à nouveau mon existence qui m’appelle au loin laquelle utilise le porte-voix que vous lui avez gentiment prêté. C’est grâce à vous.
Peu importe si vous ne me répondez pas sur papier bulle mais papier verre ou pas du tout. C’est un saut dans le monde que je fais, alors que ma fainéantise précédente me laissa enfermée dans la sphère de l’inaction et de la dégénérescence, parsemée de petit trou, non pas pour voir ou respirer mais pour recevoir en cadeau les projectiles du mépris d’autrui. Désormais je veux m’en sortir, je veux vivre, et tout comme vous je veux écrire même si je ne sais pas vraiment quoi, ni si j’en ai le talent, déjà répandre mon encre sur le sol que j’ai faillit de plus jamais apercevoir, je veux l’écrire pour le voir toujours et pourquoi pas y avancer à tâtons des indices qui me guideront peut-être, eux que j’aurais projeté par débordement de la lucidité bousculée par l’absurdité! Ecrire la raison pour toucher l’oraison ou inversement ; j’aime assez faire vibrer la pointe de mon stylo dans l’idée de repeupler les cœurs mais à l’habitude je ne le fais que pour participer à la déforestation tant mon enferment entre les lignes ineptes de mes textes stériles est important. Au fond, j’ai déjà cassé quelques charnières à ma porte de prison mais il me reste de nombreuses lacunes formant les maillons de mon boulet. En osant vous apostropher, Je me disais qu’un simple conseil de vous me permettrais de me remettre sur les bons rails, retrouver ma tète et ma queue, et de ne pas faire vibrer que ma plume au passage, mais je sais que cela est trop demander, que c’est un écho de ma paresse lubrique qui la bouche ouverte demande encore sa ration.
Alors je ne vous demanderais rien de moi, de vous, sinon votre avis sur la vie, et vous dirais simplement merci. (Si vous voulez me répondre quand même c’est avec grand plaisir bien entendu)
Peut-être me trouverez vous ridicule, stupide, ou inconvenante, tant pis que vous me trouviez sera bien suffisant à m’apporter quelques consistances.
Alors merci du fond du cœur ! J’aurais tellement à vous dire…
Merci d’avoir tendu la main à une jeune paumée comme moi, alors même que vous ne saviez pas que vous le faisiez (balaise !)
Merci d’apporter quelques lumières à mes lanternes endommagées, car la lueur de la flamme est la seule chose qui permit le constat, après quoi seulement la réparation fut envisageable.
Merci de m’avoir raccroché à l’humanité, et tout simplement merci d’être ce que vous êtes. Quelqu’un de génial.
Merci M. MOIX
Avec toute mon affection.
Ps : j’espère que vous ne trouverez pas le papier de trop mauvaise qualité ;)

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