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Exil (Rome) (repost)

le mardi 03 avril 2018, à 07:26. Posté par Philip de Berg


    (En 1884, le jeune compositeur Claude Debussy se vit décerner le Grand Prix de Rome et dut s’exiler deux ans à la Villa Médicis, s’éloignant de sa muse et amante Marie Vasnier. Il maudit cette prestigieuse récompense)

    Voici la lettre qu’il aurait pu écrire à Marie :

    Dans la Rome assoupie qu’un vent léger cajole,
    Quand mon diable de cœur est rétif et pantois,
    Loin de vous je somnole et ma sombre boussole
    Emporte ma folie sur des chemins narquois.

    Je cherche un jour sans nom dans mes refrains frivoles,
    Epuisé par le soir et sa douleur confuse,
    Espérant la douceur des sombres nécropoles
    Envahies des soupirs de l’âme qui accuse.

    Dans la Rome ébahie, les fleurs abominables
    Ont scellé mon alliance aux jours chargés d’orgueil.
    La chapelle endormie qui broie mes nuits coupables,
    Mesurant mon ennui, soudain porte mon deuil.

    Jadis, vous fûtes lasse et les fleurs de printemps
    Enlisaient vos émois sous les vertes tonnelles.
    Loin de vous je m’envole et les ailes du Temps
    Décorent mon linceul de complaintes charnelles.

    Mais dans votre cœur nu, la grâce charmeresse
    Avait pris les contours de tragiques instincts.
    Sous le marbre écorché d’une main vengeresse,
    S’endort le dernier lys près des fleuves éteints.

    Au pénultième jour de mon fiévreux trépas,
    J’irai enfin bénir ma fière passacaille
    Que j’avais emportée pour ces moments trop las
    Où se meurent les jours quand le cœur vous assaille.
    …………………………………………………………………….
    Dans sa prison dorée, sous les vieux ors ternis,
    Il se terre et s’oublie, le sournois pensionnaire,
    Dans le silence obscur où les reflets palis
    De ses rêves troublés déposent leur suaire.
    ………………………………………………..……………………
    Nel mezzo del cammin di nostra vita
    Mi ritrovai per una selva oscura,
    Chè la diritta via era smarrita.

    (Au milieu de la course de notre vie,
    Je perdis le véritable chemin,
    Et je m'égarai dans une forêt obscure) Dante, la Divine Comédie

    Illustration musicale : Claude Debussy - "Arabesques"
    https://www.youtube.com/watch?v=Yh36PaE-Pf0

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commentaires ( 16 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le mardi 03 avril 2018, à 09:40
Bonjour Philip, superbe musique de Debussy qui vient accompagner des mots tout aussi merveilleux. Je suis certaine que si Marie avait reçu une telle lettre elle aurait accouru auprès de son bel aimé. Très belle interprétation de ce qu'aurait pu ressentir et dire Debussy. Il y a peut-être eu échange de lettres ? J'adore les lettres d'amour c'est tellement romantique ! J'aime tout spécialement ce quatrain " Je cherche un jour sans nom dans mes refrains frivoles,
Epuisé par le soir et sa douleur confuse,
Espérant la douceur des sombres nécropoles
Envahies des soupirs de l’âme qui accuse."
Merci pour ce beau partage Philip !
Belle journée
Amitié
Debbie

Rêveuse le mardi 03 avril 2018, à 09:59

Bonjour cher Philip

Je suis comme Debbie, sous le charme de tes vers admirables et pétris de romantisme, être à Rome, dans cette fabuleuse villa Médicis et se languir de son amante .... un seul être vous manque!!!!!

Et la musique cristalline de Debussy s'accorde merveilleusement avec tes vers!
bref j'ai adoré!
merci cher poète et très belle journée!

mariepaule le mardi 03 avril 2018, à 10:43
Coucou Phliop

Un ravissement cette lettre
Une émotion de peine se dégage dans tes vers somptueux

Bravo Phliop ta lettre est magnidique et le sentiment que ressent ce musicien à ce moment là est très bien ressenti.

J'ai adoré

Bise du soleil de St Omer
Om
Marie

Philip (Jardin de Lune) le mardi 03 avril 2018, à 13:25
Pour MARIE :
Merci pour ton ressenti sur mon poème. Mais je dois te dire que Debussy fait partie de mes musiciens classiques préférés, et je connais par cœur sa vie, ses émotions et son œuvre pianistique.
Ca m'a beaucoup aidé pour écrire ce poème. Debussy était un être sensible. Ca a donné, une fois de plus, cette touche d'émotion dans l'écriture de ce poème. Gros bisous. Belle journée. Philip.

Pour REVEUSE :
Le côté admirable de mes vers, je ne saurais dire. Le romantisme : oui, c'est certain, c'est voulu. En lisant le commentaire ci-dessus, tu comprendras ce qui a facilité l'écriture du poème, une connaissance assez élargie de Debussy, de sa vie et de son œuvre.
Voilà la recette ! Amitié et belle journée. Philip.

Pour DEBBIE :
Ah, je me doutais que la musique choisie (les Arabesques sont merveilleuses) allait fortement contribuer à donner des belles couleurs à mon poème.
Il se trouve que malgré ma connaissance de Debussy et sa biographie, j'avais très peu d'échange épistolaires entre le musicien et son amour. Il y en a par contre beaucoup avec sa fille surnommée Chouchou (qui donneront lieu bientôt à un nouveau poème).
Le reste, je l'ai mis à ma sensibilité romantique....mais avec l'aveu que ma patte romantique est très fortement marquée par les écrits des vrais et grands romantiques parmi nos génies littéraires. Le mérite en est un peu moindre, j'ai mon côté "copycat" avec juste une petite touche de...Philip (sourire).
Bon, l'essentiel, c'est que tu as aimé.
En te remerciant, et avec mes amitiés.
Belle journée. Philip.

mariepaule le mardi 03 avril 2018, à 13:39
Tu sais Philip, cela n'est pas donné de faire ressentir aux autres des émotions qu'auraient pù avoir tel ou tel personnage célèbres.

Il faut un plus, et toi tu l'as
Il faut savoir accepter ce don qui en plus nous fait vivre des émotins qu'elles soient gais ou triste de grands personnages disparus

Rebisous
Marie

cecel le mardi 03 avril 2018, à 17:55
Bonjour Philip
Dès le premier vers : "Dans la Rome assoupie qu’un vent léger cajole", on est dans le registre classique. La suite de ce fabuleux poème n’est pas en reste.
Cette lettre est sublime puisqu’elle est animée par l’expression de pulsions amoureuses où la nostalgie combat un ressenti douloureux. Beaucoup de remords et de culpabilité. Même si elle est très belle, elle reste sombre.
Je pense que cette lettre permet à son auteur de se dire mais je doute qu’elle soit agréable à lire par son destinataire car le malheur domine le bonheur. Elle parle de l’absence, du manque, de la perte. Ne pourrait-elle pas louer le passé, le rendre encore plus beau ? Sans le formuler, on peut permettre à l’autre de prendre conscience de cette dure réalité.
Je ne voudrais pas Philip que tu penses, avec mon commentaire maladroit mais sincère, que je n’ai pas apprécié ton poème, bien au contraire, il est très beau. La richesse du vocabulaire et l’écriture font que cet écrit est une œuvre talentueuse.
Amitiés Philip.
Cecel

Philip (Jardin de Lune) le mardi 03 avril 2018, à 18:33
Re-pour MARIE :
Merci, chère Marie. Qu'est-ce qu'un don ? Cela ne m'empêche pas de ne pas bouder les compliments que l'on me fait. Mais, tiens, l'ami Cecel qui, comme ton époux, fut enseignant, te le dirait : dans les disciplines dites "nobles" (c'est juste la curiosité et la recherche du savoir) tout n'est que travail et rien que travail.
Le vrai travail en poésie, quand on se plie aux règles prosodique de la poésie dite "classique" est très rigoureux. Moi ce n'est pas mon domaine.
Mon travail - mais mon plaisir aussi - en littérature et en poésie, c'est le besoin d'assimilation acharné de ce qui - avec bien sûr un risque d'erreur -pouvait être l'âme tout autant fertile que souvent tourmentée de ces grands écrivains et poètes.
Ils ont essayé de faire passer leurs émotions. Alors, l'humble hommage que je leur rends, est à mon tour de leur dire : "j'ai compris grâce à vous la beauté de la littérature, je m'en souviendrai, et modestement j'honorerai votre discipline en gardant à l'esprit l'essentiel. Transmettre l'émotion. Car là est le partage. Voilà ce que je voulais te dire, Marie : du travail et beaucoup d'observation. Pas un don. Bisous. Philip

Philip (Jardin de Lune) le mardi 03 avril 2018, à 18:49
Pour CECEL :
Je sais ton commentaire sincère. Je ne le vois nullement maladroit. Et pas une seule seconde, je n'ai pensé que tu n'avais pas apprécié mon poème. Bien au contraire.
Ah, toi aussi tu va user du mot "talent(ueux) ! Ah la la. Si tu lis - je te le recommande - le commentaire que je viens de faire ci-dessus, tu verras pourquoi, certains de mes poèmes sont plus réussis. Juste une question d'observation et d'assimilation de nos maîtres.
Alors, ne perdant pas de vue l'enseignant de tu étais, transmetteur du savoir, (quelle que fut ta discipline), plutôt de parler de talent, mets moi simplement dans la marge de mon devoir poétique, une annotation soulignant l'enthousiasme et l'application que j'ai mis dans la construction de mon poème (sourire).
Et puis, tu sais bien "qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire" !!!
Passable en maths et en science...j'avais au moins la chance d'être premier en français. Et ça m'a servi dans ma carrière !
Sur l'aspect émotionnel de l'écrit, tu as vu juste.
Oui, nous étions d'emblée dans un registre classique. Ceci étant je boude le vrai classique (trop de contraintes "techniques" au détriment de l'émotion pure) au profit du néo ou du libre.
Quand au fond, bien sûr il est sombre.
J'ai du mal à me défaire de mon énorme prégnance à la poésie des Baudelaire et Verlaine, et je le dis souvent, je suis très mauvais dans des ambiances atmosphériques ou descriptive. Chanter le printemps en poésie, serait sous ma plume, une catastrophe poétique.
Le reste - c'est l'observation de ce qu'aurait pu être les émotions de Debussy, dans ce poème, connaissant presque par cœur son parcours humain, émotionnel et de musicien sensible.
Voici, Cécel. Avec mon amitié renouvelée. Bien à toi. Philip.

susan* Coquelicot * le mardi 03 avril 2018, à 19:20
Coucou Philip,
J’imagine Marie à Rome lisant la lettre de son bien aimé …
Tes vers sont magnifiques et très romantiques !

C’est vraiment dommage, hier nous étions en promenade à Germain-en-Laye, où nous voulions visiter la maison natale de Claude Debussy devenue un musée, mais hélas celui-ci était fermé …Cela sera pour la prochaine fois !
Merci pour ce joli partage poétique et musical.
Bisous.
Susan

domidom le mardi 03 avril 2018, à 20:38
Toujours dans les reposts, peu importe on aime toujours autant te lire et te relire, lire ta poésie est toujours un moment enrichissant...
je t'embrasse, Domie

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 04 avril 2018, à 05:47
Pour DOMIE :
Coucou, Domie. Eh oui, pris par le temps, je n'ai d'autre ressource que de poster d'anciens poèmes. Je les choisis, si possible, parmi ceux que je trouvais assez sympa dans le thème ou l'écriture. Et puis, ça permet aux nouveaux ami(e)s de les découvrir, et aux anciens et fidèles de les relire s'ils en ont envie. Gros bisous et à bientôt Domie. Philip.

cecel le mercredi 04 avril 2018, à 08:17
Merci Philip pour la réponse intelligente à mon commentaire maladroit. Les arguments que tu apportes confortent ma maladresse indéniable. J’ai longtemps hésité avant de valider mon propos puis j’ai hésité, voulant l’effacer. J’ai bien fait de le laisser. Il décrit un ressenti et met en valeur ta grandeur d’âme.
Bien évidemment, on reconnaît un travail important dans tes écrits. Je ne pense pas qu’il remplace ton talent indéniable. Il le met en valeur.
Mes compétences d’enseignant ne me permettent pas d’évaluer tes poèmes. J’ai eu une formation scientifique avant de rentrer dans l’enseignement par la petite porte. Je n’ai jamais émargé de copies de français et encore moins de philo. Je regrette ce détour en découvrant, su le tard, toutes ces richesses littéraires. De formation en formation au sein de ma carrière, je me suis investi dans le domaine psychosocial. Carl Rogers me fit découvrir un chemin qui m’a orienté vers l’aide aux élèves en difficulté au niveau comportemental, bien loin des grands philosophes, écrivains ou poètes qui font ta richesse. Voilà !
Encore merci Philip.
Amitiés.
Cecel
http://www.mespoemes.net/cecel
(Je laisse un contact pour éviter d’encombrer ce merveilleux site.)

Isabelle le mercredi 04 avril 2018, à 11:54
Bonjour Philip,

Merci de penser aux nouveaux membres, je découvre cette lettre avec bonheur, c'est un vrai plaisir de la lire.
J'aime le langage du passé et le vouvoiement dans l'écriture! Une lettre comme une scène théâtrale, on y entend des voix, une intonation! *Le tout couronné d'une jolie musique...J'adore!*

Merci de ce magnifique partage, quel talent vous avez cher ami de la poésie...Tous mes applaudissements! Bravo Philip

Amitiés
Isabelle :-)

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 04 avril 2018, à 13:11
Ami Cecel, je crois que je vais finir par te sermonner pour cause de débordement de « persuasion de sentiments maladroits » et aussi d’adjectif « abusifs » (!!!!) évoquant quelque talent (sourire)
En fait, je crois que seuls ceux « qui se la jouent et se prennent pour de grands écrivains ou poète » prendraient mal tes propos. Pour moi, écrire de la poésie, et surtout la partager est un réel plaisir. Je ne me prends pas au sérieux. Un jour, l’amie Marie-Paule m’a écrit dans un commentaire : « désolé Philip, mais pour une fois, dans ton poème, je ne ressens aucune émotion » Et je lui avais répondu : « mais tout à fait, tu as raison, j’ai écrit ce poème pour « combler », je n’ai pas travaillé l’émotion ! »
Alors tu vois, on peut tout se dire, ça fait partie de l’échange.
Je vais ce nouveau citer cette merveilleuse phrase de Saint-Exupéry : « si tu es différent de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ».
Pour ce qui est de ton domaine dans lequel tu as enseigné, eh ben ! S’engager en faveur des enfants en difficultés et se référer à un grand bonhomme comme Rogers, ça vaut, et peut être plus, tous les profs de philo qui, les pauvres, auront bien du mal à faire comprendre les fondements de la Raison et de la Sagesse à des mômes rivés sur leurs téléphones portables !
La richesse, de nos jours, c’est pour beaucoup faire relever la tête à ceux qui n’ont pas une image très positive de notre monde. Tu es très certainement un humaniste comme ton modèle Rogers.
Ma définition de l’humanisme c’est « relever la dignité de l’Homme et la mettre en valeur ». Ne pas laisser en chemin les jeunes dont le mode comportemental est un lourd fardeau, procède à mon sens de l’esprit humaniste. Alors merci.
A très bientôt en poésie, Cecel. Amitiés. Philip

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 04 avril 2018, à 13:31
Pour SUSAN :
Oui, je sais que tu aimes beaucoup Debussy et connaît un peu sa vie.
Sa maison natale, transformée en musée doit être chargée d'émotion.
L'hommage à Debussy continue avec un poème que je viens de poster et qui évoque l'amour qu'il avait pour sa fille Chouchou. Bisous. Philip

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 04 avril 2018, à 13:34
Pour ISABELLE :
Ah oui, quand je me plonge dans un passé imaginé/imaginaire pour moi, j'essaie de faire en sorte que l'immersion soit la plus proche de la réalité. Ici le style, la forme peuvent ressembler à ces émotions vécues par Debussy à cette époque.
Si tu as "entendu" les intonations à travers, en effet, une certaine théâtralité de l'émotion, voulue, alors tant mieux. Merci pour tes compliments Isabelle. Amitiés. Philip.

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