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Sur ce quai de métro illuminé de bleu. Dans ce sombre tunnel. Il croisa son regard et fut pétrifié. Il n’avait jamais ressenti une telle chose, il en avait vu passer des voyageurs sur ce quai, en attente de leur soin, en direction du travail ou du spectacle, mais jamais comme cela. Pour la première fois il put constater que les yeux avaient une couleur, ceux là avaient choisis l’harmonie la plus parfaite car comme un miroir honnête, ils reflétaient la parcelle de bitume sous ce hangar éclairé.
Un instant il s’est demandé si elle n’avait pas toujours été là pour nous apporter la lumière.
Puis comme reconduit hors du temps qui venait de s’arrêter, sorti du piège qui lui été tendu rattrapant son âme au vol avant qu’elle ne lui échappe pour toujours, remontant à la surface de son iris, il vit quelques oscillations entrainer sa propre pupille dans un vacillement frénétique, c’était le métro qui arrivait au fond de ses yeux, lui qui le sauvait d’un abandon éternel, lui qui lui volait son abandon immédiat.
Le ballet des passagers finit d’achever l’instant présent.
Elle n’était plus là.
Quelqu’un le bouscula, et en perdant l’équilibre ne manqua pas de se faire embarquer par l’appareil. C’était là ou il devait aller de toute façon mais soudain le trajet devenait la contrainte, l’habitude le supplice.
Le centre de contrôle rappelait chaque personne à leur arrêt. La voix est féminine et calme et délicieuse se dit-il, c’était peut être sa voix, juste pour la garder encore un peu près de lui. Un guide d’aveugle si doux à sa cécité fabuleuse.
Désormais le métro serait les plus beaux moments de son existence, ce lieu ou une partie de son être était resté sur le quai à jamais, qu'il pourra contempler à loisir comme un spectre transi d'amour et condamné à rester pétrifié les deux pieds collés au sol froid et dur, transition parfaite d'une direction rugueuse et d'une inaction maladive.
Un spectre médusal taillé dans la pierre de son impuissance.
Il se rendra visite tous les jours.
S'il méditera aussi sur sa condition, ce lieu de passage ne sera plus carrefour des projets, il sera le projet lui même. Les à côtés ne devenant plus la raison mais le moyen.
S'il fallait aller travailler ce n'était que pour payer son ticket, s'il devait se distraire ce n'était que pour retrouver sa statue trôner invisible au milieu des usagers inconscients de se trouver au milieu de son musée imaginaire, s'il ne devait se soigner ce n'était que pour se sentir ne plus exister, sous cette terre. Juste un instant.
Il finira par détester cette image, se détester. Soudain le sensation d’un amour eternel devenait la haine nécrosante de n’être qu’un lâche, non seulement incapable de sortir de lui-même mais en plus condamné à s’y être senti réconforté, comme un syndrome de Stockholm abimé, filant doucement le confort, écorchant l’habitude, révélant la créature que l’on a toujours été et qui se satisfaisait de la chair rance qu’il trouvait sur son passage, il n’était qu’un drogué de son propre sang, drogué d’un cœur qui bat plus vite, amoureux de lui-même tombé amoureux. Il avait pris la place de cette fille, il s’était empêché d’envisager une extension de son propre cercle.
Le monstre de la culpabilité faisant place à un autre, le regret emplissant sa panse, il avait épuisé tout l’échantillon de bonheur, sans en avoir laissé une miette qui aurait pu permettre d’en retrouver le parfum. Il est descendu définitivement de son tremplin, et avait brulé les planches, la tristesse assistant heureuse à ce spectacle satisfaite d’avoir retrouvé sa légitimité.
Le métro devenait les pires moments de sa vie, il redevenait un moyen, il allait travailler pour ne plus penser à ce métro, s’il devait se distraire, c’était pour ne plus penser à cette fille, s’il devait se soigner ce n’était que pour se sentir enfin exister, en dehors de ce quai, sur cette terre, juste un instant.
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