|
Les Passants endeuillés.
…..Les Fins n’éclairent plus notre Séjour d’Attente et d’Espérance, Foules amorphes et alanguies dont les Regards ne s’étoilent plus du Désir de Lumière. S’amenuise l’Assentiment cordial à la Merveille ombrée des Choses et des Jours. Ton visage porte déjà le Deuil, la Trace amère du Passage et les Signes cendreux de la Mortalité. Ils s’étrangent, les Semblables Mortels, Faces défigurées par les Plaisirs et les Epreuves et Corps privés d’Assise, ils penchent et trébuchent vers la Terre inégale, alourdis de Fautes et de Fatigue, emportés, roulant, coulant par le Vieillard osseux du Temps qui court et chute dans l’Inlassable, vêtus des Haillons du Désêtre et de Désespérance, marchant, rampant, ils s’éloignent vers les Barques funèbres, sur l’Inconnu des Fleuves et le Lit de Douleur, les Jambes mutilées, Regarde et souviens-toi ! Ô les Enervés de Jumièges dont le Destin sans But, sur la Profondeur des Eaux sombres, configure le nôtre : les Passants endeuillés.
Il y a loin maintenant au Bonheur et aux Ravissements, la Flamme des Beautés vacille, âcre et brève Fumée, l’Amour ne se désire plus, passent les rapides Plaisirs creusés d’Envie et d’Angoisse oppressante, un Deuil recouvre Naissances et Présences. Ordre, Harmonie et Unité se désagrègent lentement, des Circularités brisées suintent le Chaos, les Solitudes, l’Inconsolable. Tu serais prêt à renier la Désoccultation même de la Splendeur faiblissante du Monde, à désirer le Fond obscur et neutre, son Silence absolu, l’Abîme inorganique à quoi toute Chose retourne, tu serais prêt à désirer te fondre dans la stérile Absence qui est peut-être l’ultime Perfection, un étrange et infini Sommeil de l’Être, nul Rêve, nulle Blessure et nulle Humiliation, nul Deuil…..Le Non-Être te hante, Nausée et Découragement, de qui, de quoi faire désormais Louange, Eloge et Chant de Gloire maintenant que le Savoir ouvre d’autres Abîmes d’Inconnaissance en Vérité, que le divin Soleil d’Amour porte le Deuil de son Eternité ?
Murmures intarissables, Cacophonies en toutes Langues de la Terre, Voix vives et mourantes infiniment, infiniment lointaines, fluides et mouvantes, déracinées, bordées par le Déraisonnable, ce Cri figé en Nous d’Extase et d’Impouvoir, Eau, Sable et Roc et les Chemins sont devenus étroits et périlleux sur les Corniches. Trop hauts sont les Sommets perdus dans la Brume et la Neige et nous avons à redescendre sur des Sentiers modestes, désunis, au Labyrinthe de simple Humanité. Et nous serons à jamais les Passants endeuillés de toute Provenance, de Sens et de Finalité. Etranges Etrangers, Nomades et solitaires en quête du Vrai Lieu, de Certitude et d’Origine, d’Avenir prophétique, Passants sans Habitation, aux Bords vertigineux de l’Impensable, de la Folie des Jours….Intime et amoureuse Lutte des Contraires, les Incompatibles s’entrelacent et s’accouplent, Mémoire des Heures heureuses et douloureuses, Rotondité azuréenne et Chaos de la Terre, Sourire d’Amour de l’Univers, Blessures abjectes des Enfers de Chacun : des Passants endeuillés…..
Chemins brisés, Routes d’Eloignement, Brûlures glaciales des Départs dans le petit Matin du Monde. Froidure, Saccage, un Silence effaré, livide et l’Ecorchure des Séparés. Tout Retour impossible. Tu te souviens du Signe des Plumes éparses et déchirées, les trois Gouttes de sang sur le Blanc de la Neige. Alors, souvent, tu tombes en Rêverie profonde...Trouées perçantes de Nostalgie, sept Epées de Douleur, trois Aiguilles inlassables, Deuil des très riches Heures, Ô Plaies ouvertes de l’Amour, Souffrances à Vif de tout Arrachement : des Passants endeuillés…..
|