Poèmes d'Henri Durtal

 

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La musaraigne et l'enfant

le jeudi 30 novembre 2017, à 13:48. Posté par Henri DURTAL


    LA MUSARAIGNE ET L’ENFANT

    Notre chat chapardeur est revenu des champs :
    Moumoune chasseresse approche en se léchant
    Les babines. Soudain l’enfant suspend son rêve,
    Abandonne son jouet, se retourne et se lève

    Pour libérer la proie, esclave du félin,
    Petit tampon de poil aux forces en déclin.
    L’enfant, tout attendri par l’animal qui saigne
    Rend à la paix des prés la pauvre musaraigne.

    Hélas! la chatte est là qui à nouveau surprend
    L’innocente bestiole et l’attrape en courant.
    Le gamin la convainc de redonner la bête ;
    Il la prend dans sa main, la couve : c’est la fête !

    Brusquement c’est le drame : un cri qui fend le cœur,
    Un cri comme un obus au creux de la douleur.
    La mère accourt, inquiète, et, s’attendant au pire,
    Voit gésir l’animal que le chat vient d’occire.

    Tel un éclair, Moumoune, a, de sa gueule, happé
    La souris que l’enfant avait pu rattraper.
    La cruauté du monde emplit ses yeux de larmes
    Et devant les « pourquoi ? » on est soudain sans armes.

    Cet animal vivant, chaud, blotti dans sa main,
    L’enfant croyait pouvoir, au moins jusqu’à demain,
    L’aider et le choyer, l’aimer et le soustraire
    Aux griffes des rôdeurs, aux lois de l’arbitraire.

    Mais la vie a quitté le corps frêle et velu.
    L’enfant ne comprend pas, l’enfant ne comprend plus.
    Pourquoi ce coup du sort, pourquoi cette semonce ?
    Pourquoi tous ces « pourquoi ? » qui restent sans réponse ?

    Il a fait d’une boîte un duveteux berceau
    Où repose le corps du jeune souriceau
    Et j’entends mon Fanfan que la douleur oppresse
    Sans pouvoir un instant soulager sa détresse.

    Maintenant il désire enterrer son défunt
    Dans le terroir sacré de son propre jardin.
    Il dit « Je veux des fleurs, les fleurs les plus jolies,
    Oui, comme ma grand-mère, avec des ancolies »

    La bête ensevelie, au fond du potager,
    L’enfant soudain s’isole, il ne veut plus manger :
    Un besoin de jeûner, après les funérailles,
    Pour ressentir ce vide au creux de ses entrailles.

    Ah ! qu’il fait peine à voir celui qui sent soudain
    L’irruption de la mort et la loi du destin.
    « Moumoune t’es vilaine ! » a dit l’enfant qui saigne,
    « Pourquoi as-tu tué la pauvre musaraigne ? ».

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
La Mouche Nounouche le jeudi 30 novembre 2017, à 16:18
Très belle fable, mais est-ce vraiment une fable ou la transposition de ce que nous vivons avec nos migrants et nos SDF que croisent si souvent nos jeunes enfants ? Un cri de détresse face à l'impuissance et à l'indifférence d'autres ? . .

henridurtal le vendredi 01 décembre 2017, à 07:24
Il s'agissait d'un fait réel : l'irruption de la cruauté devant un enfant (Fanfan) de 6 ans, face à l'innocence. Et cette cruauté était infligée par un être cher (sa chatte préférée)! on peut y voir une allégorie en effet !

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