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LETTRE OUVERTE À STÉPHANE BERN,
illustre chroniqueur
Avertissement :
Ce poème n'est pas une critique globale de Stéphane Bern, dont j'apprécie la plupart des actions et la capacité d'innovation dans la protection du patrimoine (loto...).
Ce poème vise juste à poser les limites d'une fausse bonne idée, lancée sans réflexion ni mesure d'impact : le paiement d'un droit d'entrée dans certains lieux de cultes catholiques français.
J'ai grand peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
Grand expert reconnu de ces rois qui se fanent...
Quelle mouche insoumise, en ces jours, vous piquât,
Pour jeter sur la France, un si profond tracas ?
Peu après la Toussaint, parvint à mes oreilles
La rumeur insensée, à nulle autre pareille :
On vous avait nommé, pour avoir trop brillé,
Dans un gouvernement, en tant que conseiller.
Car vous avez brillé, par votre omniprésence,
Par votre lourd savoir, par votre suffisance,
Par cette logorrhée où votre érudition
Charpenta un savoir aux béates onctions.
Tant de fois l'on vous vit, sur les secrets d'histoire,
Refermer les tiroirs des sombres écritoires,
Dévider, en brodant les joies et les chagrins
Enfermés sous l'aura de quelques souverains.
Tant de fois, l'on vous vit, dans les plus beaux villages,
Offrir, au spectateur, ce charmant décalage
Teinté de chauvinisme et de superlatifs
Dont les choix partisans devenaient excessifs.
J'ai eu peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
Jouer, en deux mil six, très loin d'Aristophane,
Cette pièce au théâtre, où le riche nouveau
Accédait, parvenu, à un plus haut niveau.
On vous vit, cet été, faisant de la réclame
Pour la croquette à chien que le canidé blâme,
Pour quelque véranda, pour quelque vert gazon
Ou pour quelque camping soumis à déraison.
Votre image apparut, naïve et innocente
Mais déjà déformée, peu digne et grimaçante,
Remplaçant la hauteur, les ors et les brocarts
Par des remugles noirs issus de vieux placards.
Eût-il fallu qu'ainsi, le ciel, sans indulgence,
Vous poussât vers le fond du puits de l'indigence,
Pour que l'on vous surprit, complaisant, à errer
En pays roturier, vulgaire, adultéré ?
Nul ne pourra blâmer la prose surannée
Qui vous fit adouber les têtes couronnées
Mais on pourra blâmer la pseudo-pauvreté
Qui vous fit chavirer dans la publicité.
Car on pourra blâmer votre indélicatesse
Quand vous vîntes frayer avec la petitesse,
Déshonorant ainsi médaille et distinction
Que l'on vous accorda par commisération.
Car on pourra blâmer ce ciel honorifique
Où vous avez vogué sans action magnifique,
Sans coup d'éclat brillant, sans palme ni lauriers,
Sans travail charitable et sans esprit guerrier.
Puis vint la goutte d'eau qui déborda du verre
En menant votre action d'improbable trouvère
Dans la sphère dorée de ce gouvernement
Près duquel on surprit votre frétillement.
Vous prîtes vos fonctions de " Monsieur Patrimoine"
Mélangeant fleur de lys et datura stramoine,
Décidé à marquer, dans l'esprit des français,
Quelque trait qu'un génie vous aurait esquissé.
Lourd des décorations octroyées par les nues,
Vous avez adhéré à l'idée saugrenue
De cette mercantile et perfide Albion
Qui, au sein du sérail, s'affiche en trublion.
Vous avez proposé, pour nos oeuvres sacrales,
De soumettre à l'octroi, l'entrée des cathédrales...
À l'heure où le français s'
appauvrit tant et plus,
Fallait-il donc taxer le son de l'angélus ?
Voudriez-vous taxer, sous vos noires oeillères,
La foi du pèlerin en sa juste prière ?
Voudriez-vous taxer, par vos sombres actions,
Cet instant qui nous lie au ciel par dévotion ?
Voudriez-vous taxer l'église catholique
Et empêcher les gens d'aller voir les reliques ?
Voudriez-vous encor, en suppôt de Satan,
Déliter la ferveur qui a dompté le temps ?
J'ai grand peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
Qui avez, de l'archet, ôté la colophane
Et qui avez livré mauvaise partition
En creusant le terreau de la révolution.
Pourquoi n'avez-vous pas, sous quelque élan fadasse,
Fait preuve de courage et d'un éclair d'audace
En apposant, sans peur, un peu de réflexion
Sur votre avant-projet en décomposition ?
Pourquoi n'avez-vous pas imposé la mosquée
Qui, en de nombreux lieux, s'érige, démasquée,
Si prompte à remplacer, quand surviendra le temps,
Le fidèle à la croix, par le mahométan ?
Pourquoi vous employer à saper nos racines
Par vos propositions, en tous points, assassines ?
Pourquoi vous employer, faute de réflexion,
A vous mettre à l'écart de la constitution ?
Car taxer les lieux saints reste une oeuvre illégale
Dont le moindre juriste eût fait sa martingale
En prouvant que le culte avec accès payant,
Pour la Loi ou le Ciel, offre habit peu seyant.
Enfin, prenant congé, souffrez que je vous dise
Combien l'âme et le cœur, par votre balourdise,
Ont vécu le martyr, loin de leur firmament,
Espérant le silence et le recueillement...
Gérard ANGELIS - Onirisme quantique - novembre 2017
Diffusion autorisée sous réserve de mentionner l'auteur.
Pour contacter l'auteur : [email protected]
POUR MIEUX COMPRENDRE
Logorrhée - nom fém. : Flux de paroles interminable ou incompréhensible
Aura - nom fém. : Enveloppe ténue, presque immatérielle
Onction – nom fém : action d'apposer une substance sur une surface (onction de chrême sur le front lors de certaines cérémonies religieuses)
Écritoire nom fém : coffret ou plateau comprenant les éléments nécessaires à l'écriture
Aristophane – nom propre - auteur célèbre pour ses pièces comiques de niveau élevé et pleines de subtilité – 445 - 380 av JC
Brocart - nom mas. : étoffe de soie brodée de fils d'or ou d'argent
Remugle – nom mas. : Odeur de moisi, de renfermé
Adultéré – adj. : Détourné de sa véritable nature
Suranné – adj. : Vieilli, obsolète
Adouber – verbe : Anoblir, en parlant des chevaliers
Commisération – nom fém. : Grande bonté à l'égard d'autrui
Trouvère – nom mas : Jongleur et poète en langue d’oil, au moyen-âge (plutôt dans la partie Nord de la France)
Datura stramoine – nom fém. : Plante des lieux incultes (famille des solanacées) contenant des alcaloïdes toxiques et dégageant une odeur nauséabonde
Albion - nom propre : l'Angleterre
Trublion – nom masc. : Personne qui génère des troubles
Sacral – adj : Qui se rapporte au sacré
Octroi : nom masc. : Au moyen-âge, droit de passage sur les ponts ou les portes d'entrée des villes
Angélus - nom masc. : Prière de la religion catholique, dont le début est annoncé par des sons de cloches
Oeillères – nom fém. généralement pluriel : Pièce de la bride d'un cheval pour l'empêcher de voir sur les côtés
Déliter - verbe : Fragmenter jusqu'à la destruction
Colophane – nom fém. : Substance résineuse dont on frotte l' archet du violon pour obtenir un son plus pur.
Mahométan – nom mas. : De confession musulmane
Martingale – nom fém. : Système de jeu prétendument gagnant
Seyant – adj . (du verbe seoir) : Qui convient.
Balourdise – nom fém. : Maladresse
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