Onirisme quantique

 

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LETTRE OUVERTE À STÉPHANE BERN

le vendredi 24 novembre 2017, à 15:12. Posté par ange&lis


    LETTRE OUVERTE À STÉPHANE BERN,
    illustre chroniqueur



    Avertissement :
    Ce poème n'est pas une critique globale de Stéphane Bern, dont j'apprécie la plupart des actions et la capacité d'innovation dans la protection du patrimoine (loto...).
    Ce poème vise juste à poser les limites d'une fausse bonne idée, lancée sans réflexion ni mesure d'impact : le paiement d'un droit d'entrée dans certains lieux de cultes catholiques français.






    J'ai grand peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
    Grand expert reconnu de ces rois qui se fanent...
    Quelle mouche insoumise, en ces jours, vous piquât,
    Pour jeter sur la France, un si profond tracas ?

    Peu après la Toussaint, parvint à mes oreilles
    La rumeur insensée, à nulle autre pareille :
    On vous avait nommé, pour avoir trop brillé,
    Dans un gouvernement, en tant que conseiller.

    Car vous avez brillé, par votre omniprésence,
    Par votre lourd savoir, par votre suffisance,
    Par cette logorrhée où votre érudition
    Charpenta un savoir aux béates onctions.

    Tant de fois l'on vous vit, sur les secrets d'histoire,
    Refermer les tiroirs des sombres écritoires,
    Dévider, en brodant les joies et les chagrins
    Enfermés sous l'aura de quelques souverains.

    Tant de fois, l'on vous vit, dans les plus beaux villages,
    Offrir, au spectateur, ce charmant décalage
    Teinté de chauvinisme et de superlatifs
    Dont les choix partisans devenaient excessifs.

    J'ai eu peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
    Jouer, en deux mil six, très loin d'Aristophane,
    Cette pièce au théâtre, où le riche nouveau
    Accédait, parvenu, à un plus haut niveau.

    On vous vit, cet été, faisant de la réclame
    Pour la croquette à chien que le canidé blâme,
    Pour quelque véranda, pour quelque vert gazon
    Ou pour quelque camping soumis à déraison.

    Votre image apparut, naïve et innocente
    Mais déjà déformée, peu digne et grimaçante,
    Remplaçant la hauteur, les ors et les brocarts
    Par des remugles noirs issus de vieux placards.

    Eût-il fallu qu'ainsi, le ciel, sans indulgence,
    Vous poussât vers le fond du puits de l'indigence,
    Pour que l'on vous surprit, complaisant, à errer
    En pays roturier, vulgaire, adultéré ?

    Nul ne pourra blâmer la prose surannée
    Qui vous fit adouber les têtes couronnées
    Mais on pourra blâmer la pseudo-pauvreté
    Qui vous fit chavirer dans la publicité.

    Car on pourra blâmer votre indélicatesse
    Quand vous vîntes frayer avec la petitesse,
    Déshonorant ainsi médaille et distinction
    Que l'on vous accorda par commisération.

    Car on pourra blâmer ce ciel honorifique
    Où vous avez vogué sans action magnifique,
    Sans coup d'éclat brillant, sans palme ni lauriers,
    Sans travail charitable et sans esprit guerrier.


    Puis vint la goutte d'eau qui déborda du verre
    En menant votre action d'improbable trouvère
    Dans la sphère dorée de ce gouvernement
    Près duquel on surprit votre frétillement.

    Vous prîtes vos fonctions de " Monsieur Patrimoine"
    Mélangeant fleur de lys et datura stramoine,
    Décidé à marquer, dans l'esprit des français,
    Quelque trait qu'un génie vous aurait esquissé.

    Lourd des décorations octroyées par les nues,
    Vous avez adhéré à l'idée saugrenue
    De cette mercantile et perfide Albion
    Qui, au sein du sérail, s'affiche en trublion.

    Vous avez proposé, pour nos oeuvres sacrales,
    De soumettre à l'octroi, l'entrée des cathédrales...
    À l'heure où le français s'
    appauvrit tant et plus,
    Fallait-il donc taxer le son de l'angélus ?

    Voudriez-vous taxer, sous vos noires oeillères,
    La foi du pèlerin en sa juste prière ?
    Voudriez-vous taxer, par vos sombres actions,
    Cet instant qui nous lie au ciel par dévotion ?

    Voudriez-vous taxer l'église catholique
    Et empêcher les gens d'aller voir les reliques ?
    Voudriez-vous encor, en suppôt de Satan,
    Déliter la ferveur qui a dompté le temps ?

    J'ai grand peine à vous voir, ô, illustre Stéphane,
    Qui avez, de l'archet, ôté la colophane
    Et qui avez livré mauvaise partition
    En creusant le terreau de la révolution.

    Pourquoi n'avez-vous pas, sous quelque élan fadasse,
    Fait preuve de courage et d'un éclair d'audace
    En apposant, sans peur, un peu de réflexion
    Sur votre avant-projet en décomposition ?

    Pourquoi n'avez-vous pas imposé la mosquée
    Qui, en de nombreux lieux, s'érige, démasquée,
    Si prompte à remplacer, quand surviendra le temps,
    Le fidèle à la croix, par le mahométan ?

    Pourquoi vous employer à saper nos racines
    Par vos propositions, en tous points, assassines ?
    Pourquoi vous employer, faute de réflexion,
    A vous mettre à l'écart de la constitution ?

    Car taxer les lieux saints reste une oeuvre illégale
    Dont le moindre juriste eût fait sa martingale
    En prouvant que le culte avec accès payant,
    Pour la Loi ou le Ciel, offre habit peu seyant.

    Enfin, prenant congé, souffrez que je vous dise
    Combien l'âme et le cœur, par votre balourdise,
    Ont vécu le martyr, loin de leur firmament,
    Espérant le silence et le recueillement...



    Gérard ANGELIS - Onirisme quantique - novembre 2017
    Diffusion autorisée sous réserve de mentionner l'auteur.
    Pour contacter l'auteur : [email protected]






    POUR MIEUX COMPRENDRE


    Logorrhée - nom fém. : Flux de paroles interminable ou incompréhensible

    Aura - nom fém. : Enveloppe ténue, presque immatérielle

    Onction – nom fém : action d'apposer une substance sur une surface (onction de chrême sur le front lors de certaines cérémonies religieuses)

    Écritoire nom fém : coffret ou plateau comprenant les éléments nécessaires à l'écriture

    Aristophane – nom propre - auteur célèbre pour ses pièces comiques de niveau élevé et pleines de subtilité – 445 - 380 av JC

    Brocart - nom mas. : étoffe de soie brodée de fils d'or ou d'argent

    Remugle – nom mas. : Odeur de moisi, de renfermé

    Adultéré – adj. : Détourné de sa véritable nature

    Suranné – adj. : Vieilli, obsolète

    Adouber – verbe : Anoblir, en parlant des chevaliers

    Commisération – nom fém. : Grande bonté à l'égard d'autrui

    Trouvère – nom mas : Jongleur et poète en langue d’oil, au moyen-âge (plutôt dans la partie Nord de la France)

    Datura stramoine – nom fém. : Plante des lieux incultes (famille des solanacées) contenant des alcaloïdes toxiques et dégageant une odeur nauséabonde

    Albion - nom propre : l'Angleterre

    Trublion – nom masc. : Personne qui génère des troubles

    Sacral – adj : Qui se rapporte au sacré

    Octroi : nom masc. : Au moyen-âge, droit de passage sur les ponts ou les portes d'entrée des villes

    Angélus - nom masc. : Prière de la religion catholique, dont le début est annoncé par des sons de cloches

    Oeillères – nom fém. généralement pluriel : Pièce de la bride d'un cheval pour l'empêcher de voir sur les côtés

    Déliter - verbe : Fragmenter jusqu'à la destruction

    Colophane – nom fém. : Substance résineuse dont on frotte l' archet du violon pour obtenir un son plus pur.

    Mahométan – nom mas. : De confession musulmane

    Martingale – nom fém. : Système de jeu prétendument gagnant

    Seyant – adj . (du verbe seoir) : Qui convient.

    Balourdise – nom fém. : Maladresse



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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
taia le vendredi 24 novembre 2017, à 18:10
Bonsoir, ange&lis. Je ne suis en degrés de comprendre "les dessous de l'histoire" privée du M. Stéphane Bern, mais je sais que j'attends depuis l'Italie ses transmissions. Vous avez, sûrement, vos raisons pour lui écrire, et, à vrai dire, vous le faites très bien. Il y a un proverbe en Italie avec référence aux homélies des prêtres: "predica bene, ma razzola male" (Il prêche bien, mais il ne suit pas ses exhortations.) Prenons M. Bern sur son côté bon. Votre poésie est convaincante, même pour ceux ignares, comme moi. Je l'ai lue avec plaisir. L'art a tous les droits! Bonne soirée et amitiés,
taïa

clairedeterre le vendredi 24 novembre 2017, à 18:57
Bonsoir Angelis,
Toujours cette perfection d'écriture si exquise à lire..(un petit point en bémol:dans le vers"cet instant qui nous lie au ciel par dévotion",je n'aurais pas mis de virgule,qui ,si on la respecte,fait boîter le rythme)
Mais je suis vraiment admirative de votre imagination et de votre talent à la canaliser dans ces voies poétiques à la fois élégantes et sensibles..
Chapeau bas Monsieur...
Clairedeterre

Ange&lis le samedi 25 novembre 2017, à 12:29
Réponse à claire de terre : Je viens d'enlever la virgule non indispensable.
L'observation sur le rythme aurait dû me conduire à mettre une virgule à la fin du sixième pied pour avoir une coupure sans briser le rythme.

Micheline 1940 le dimanche 26 novembre 2017, à 05:31
Bonjour Angelis,
Bien que j'apprécie Stéphane Bern dans ses émissions des Secrets d'Histoire, je trouve quelque peu curieux de lui avoir attribué au gouvernement un poste honorifique, et créé tout nouvellement me semble t-il... La seule chose importante, et non des moindres, reste qu'il nous a toujours offert de belles heures d'Histoire de France, comme aussi d'autre Cours, et je regrette fort que la direction de la Télévision, à part quelques bien rares exceptions, offre tant d'émissions débiles, pour ne pas dires insanes, afin d'abêtir le pauvre peuple que nous sommes...devenus ! Ne pas sublimer l'âme, aller vers le terre à terre, et toujours plus bas, alors que nous pourrions faire en sorte d'élever les esprits et le niveau de culture ! Mais de cela, que nenni !
J'ai ressenti votre style comme un bain de jouvence, me replongeant aux époques bénies, lorsque l'écriture était un Art à la porté de beaucoup, mais hélas, situation bien trop rare de nos jours... Et ce bel Art, vous le maîtrisez de divine façon, pour notre plus grand plaisir.
Je suis heureuse de vous avoir lu, et pris autant d'agrément à vous découvrir ce matin. Une belle surprise dont je vous rends grâce, et pour laquelle je vous assure en demeurer toute enchantée !
Je vous souhaite un bon Dimanche, et vous dis ici mon amitié poétique.
Micheline.

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