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Venise (carte postale) : sous les ors vénitiens

le vendredi 24 novembre 2017, à 09:19. Posté par Philip de Berg


    VENISE.
    La carte postale représentait la façade aussi somptueuse que mystérieuse de la Ca’ d’Oro - la Maison d’Or – joyau du Grand Canal. Le plus parfait, le plus éblouissant palais vénitien du XVème siècle, aux yeux d’un esthète ou d’un archéologue éclairé. Lieu magique où j’ avais aperçu, ou cru apercevoir un matin, une femme en longue robe blanche qui ondoyait, le visage couvert par l’immense rideau de sa chevelure qu’elle avait lentement écarté de ses deux mains, en s’approchant de moi. Mais ce n’était qu’un mirage.

    Dans mon choix de m’offrir une heure précieuse pour errer dans Venise, la Sérénissime, avant que ne tombe le soir, j’avais d’abord laissé mes pas me guider vers le Palazzo Grimani et son Camaron d’Or.

    Après avoir traversé la longue haie des femmes de marbre bordant les allées, j’avais poussé la porte du Museo. Et, au fond d’une alcôve délicate, presque oubliée, je découvrai, étonné, couché sur une toile lumineuse, le portrait. Peint par la main d’un ange. Simonetta. La Simonetta Vespucci, au visage de Madone, presque irréel qui servit de modèle à Botticelli.

    L’instant figeait le temps.
    Et le visage aux contours immortels se grava dans mes yeux.

    « Comment, dans le jour naissant de nos nostalgies,
    Surgissent soudain, apprêtées comme des noces claires,
    Ces couleurs nées de l’envie des jours assagis
    Qui accompagnent nos pas pour des rêves bien trop précaires ?

    Elles ne sont qu’un reflet, comme une ombre murmurée,
    Que le cœur a effacé, en oubliant de vivre et d’espérer,
    Pour s’étourdir encore un jour, dans la lumière, sans se cacher,
    Et découvrir enfin le parfum des ultimes victoires. Achevées".

    Je me revois encore, quittant le Palazzo Grimani du pas d’un somnambule. Etourdi.
    Pour lentement reprendre mes esprits, juste au pied des colosses d’albâtre.
    A scruter les colonnes d’or.

    Illustration : photo Philip (Gran Canale)

    Illustration musicale : musique du film « le Mépris » (il disprezzo), George Delerue
    https://www.youtube.com/watch?v=NWPZerdwKLE

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commentaires ( 10 ) (Ajouter un commentaire)
Rêveuse le vendredi 24 novembre 2017, à 10:33
Bonjour Philip

j'ai lu avec bonheur et mélancolie cette carte postale de Venise en écoutant la musique du "mépris".... et j'ai été émue de retrouver au passage, ce palais de Ca d'Oro, et cette somptueuse Madone de Boticelli

https://enkidoublog.files.wordpress.com/2015/06/botticelli-madone-du-magnificat-dc3a9tail.jpg

Un mélange de prose poétique et de vers, bref j'ai adoré, merci de l'avoir publié... un peu pour moi, je suis touchée!!!!!!!!
Vous avez fait revivre Venise !
toutes mes amitiés!

mariepaule le vendredi 24 novembre 2017, à 14:24
Coucou Philip

Une très belle description de ta carte postal et surtout d'un endroit que tu chéris particulièrement

J'ai aimé ma lecture

Bisous Philip
Om
Marie

taia le samedi 25 novembre 2017, à 11:27
Bonjour, Philip. J'ai commencé hier cette lecture, mais j'ai dû l'interrompre. Maintenant que, finalement, je l'ai portée a sa fin, je vous remercie pour le partage. Une carte postale entre prose et poésie, un rêve, une rêverie, mieux, un moment vécu en parfaite syntonie avec le lieu, vos sentiments, votre sensibilité. Très belle aussi l'image. J'ai admiré aussi Venise un soir brumeux, où tous les contours étaient estompés par le fin voile qui venait directement d'un lieu mystérieux, comme dans un conte de fées. Inoubliable! Je vous imagine dans une condition analogue!

Susan (Coquelicot ) le samedi 25 novembre 2017, à 19:32
J’ai lu avec mélancolie et nostalgie cette jolie carte postale.
Je me revois sur le vaporetto admirant les magnifiques palais…
J’ai aimé cette lecture un peu comme dans un rêve .
Bisous. Susan

domidom le samedi 25 novembre 2017, à 23:21
Mon rêve depuis toujours, découvrir Venise, et bien ce soir, grâce à toi, j'en ai cueilli quelque images...
Très beau....Bisous, Domie

Micheline 1940 le dimanche 26 novembre 2017, à 06:28
Venise est belle à faire souffrir... et je ne sais si, aujourd'hui, avec mon cœur flageolant, j'en supporterai l'émotion de beauté, comme la violence du sublime... Venise n'a jamais été aussi bien représentée que par Canaletto et Visconti qui restent deux irremplaçables magiciens des ors, des lumières des eaux et des Palais... À seulement y penser, j'en tremble d'émotion contenue de tout le déchirant regret de savoir que jamais plus de ma vie je ne pourrais y retourner... C'est terriblement pesant cette désespérance pour Venise que j'ai tant aimée ! Votre texte m'a rappelé de superbes souvenirs

Micheline 1940 le dimanche 26 novembre 2017, à 06:35
Pfuittt !!! Et mon texte s'en est allé tout seul, et sans permission ! Pardonnez-lui si vous le pouvez !!!
Soyez certain, bien cher Philip, que vous m'avez donné un immense plaisir à vous lire !
Avec toute mon amitié,
Micheline.

Philip (Jardin de Lune) le dimanche 26 novembre 2017, à 07:33
Pour REVEUSE :
Bonjour, Rêveuse.
Oui, il s'agit bien de la madone du magnificat que Simonetta Vespucci incarnait sous le pinceau magique de Botticelli.
Ah faire revivre Venise sous ses vers, quel bonheur. Et faire partager les émotions, quel bonheur aussi.
N'hésite pas, toi aussi à faire revivre "ta" Venise, en poésie.
Merci d'avoir aimé ma prose et mes vers mélangés, Rêveuse. Amitiés et bon dimanche. Philip

Pour DOMIE :
Alors, cela me fait plaisir Domie, de t'avoir fait faire cette nouvelle promenade dans Venise. Je t'en parlerai encore des heures lorsque nous aurons le plaisir de nous revoir au début de l'année, si tu veux !
Gros bisous et à bientôt. Philip

Pour MARIE-PAULE :
Merci d'avoir rêvé sur cette crte postale poétique.
Oui, je chéris cette ville, mais je chéris aussi les belles villes magiques du monde entier et les merveilleux paysages de notre planète que j'ai le bonheur de visiter, encore et encore.
Un bonheur rare, j'en ai conscience.
Amitiés et bisous. Philip.

Pour SUSAN :
Cet écris, moitié prose, moitié vers est consciemment écrit comme un rêve, à partir de souvenirs ancré dans ma mémoire. L'imagination a fait le reste. Et puis, Botticelli est un de mes peintres préférés de l'incomparable période du Quatrocentto !
Cela explique....la précision du rêve !
Bisous. Philip.

Pour TAIA :
Bonjour, chère Taia.
Je ne doute pas un instant que ma carte postale poétique t'aies accompagnée loin dans le rêve.
Ah, les brumes ont ce mystère qui porte vers l'inconnu et....le rêve !
J'ai eu la chance de découvrir plusieurs fois cette ville magique.
A l'heure où les touristes sont partis, Venise livre ses secrets lorsque l'on se promène dans ses ruelles ou le long de ses canaux.
Mon écrit a cette ambiance onirique.
Je le voulais ainsi.
Belle journée à toi, Taia, et mes sincères amitiés. Philip.

Pour MICHELINE :
Ah Micheline, je suis bien sûr désolé d'avoir rappelé cette douloureuse nostalgie de jours vécus.
Votre commentaire est très poétique en soi : "belle à faire souffrir", "violence du sublime"...
Les mots sont justes !
Vous évoquez Visconti. Quel bonheur. Je me rends compte que j'aurais dû illustre mon poème par la musique de la 5ème de Mahler, que l'on entend dans le sublime Mort à Venise.
N'oublions pas, à cette fin, la plage du Lido et son Grand Hôtel, qui fait partie aussi de Venise, une Venise certes différente.
Avec le plaisir d'avoir fait néanmoins défiler de belles images dans votre mémoire, je vous souhaite une belle journée.
Avec toute mon amitié. Philip.

Micheline1940 le mardi 28 novembre 2017, à 13:22
Bonjour Philip !
Vous me parlez de Mort à Venise... Je crois que c'est le plus sublime et le plus nostalgique des films de Visconti, ce Prince Italien dont l'âme est restée attachée à tous les ors de ses propres Palais ! Connaissez-vous celui où il naquit et vécut, à Milan ? Demeure familiale située près de la Scala et de la place du Duomo ? Quelques prises de vues en ont été tirées pour le film" Il Gattapardo ", et je puis vous assurer qu'un tel luxe inimaginable pour le commun des mortels que nous sommes, peut friser l'inconcevable beauté ! Visconti vouait une folle adoration à sa mère, et, parait-il, tous les costumes portés par Silvana Mangano, dans Mort à Venise, étaient des copies exactes de ceux portés par sa propre mère, dont j'ai approché, alors, les photographies, qui montraient une femme sylphide, à la beauté et l'élégance, in-com-pa-ra-bles !
Enfin, vous dire qu'avoir perdu un tel monument de l'art cinématographique mondial ( personne ne lui fut jamais comparable, ni même au-dessus de lui ) me fut une déchirure, et plus personne ne peut nous apporter de pareilles et munificentes images, accompagnées de si brillantes œuvres musicales ! Quel chagrin ! Il nous reste les vestiges de son Art, qui peuvent encore combler mon appétit de Beauté...
Allons ! Je vais vous quitter, car il me vient folle envie de pleurer.
Bien à vous, cher ami, et fidèle amitié,
Micheline.

Philip (Jardin de Lune) le mercredi 29 novembre 2017, à 08:47
Pour MICHELINE :
Merci d'être revenu me parler de Venise, Micheline.
Et du grand Visconti.
Que de films si différents qu'il a tourné, mais il est vrai que son Mort à Venise est presque à part dans l'émotion filmographique qu'il me donne.
Je ne vais pas m'attarder ici pour ne pas tenir une longue chronique cinéphilique sur Visconti.
Et aussi vous parler, sur le plan des écrivains italiens, du grand Alberto Moravia que j'ai eu le privilège de rencontrer un jour à Capri, peu de temps avant sa disparition.
Amitiés sincères et...littéraires, chère Micheline. Philip.

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