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Un si profond Litige.
…..La Nuit impénétrable de la Mortalité s'approche pour chacun comme Secret du Naître et du Présent-Vivant, nous a déjà couverts du Voile de Mortels, empreints de l'Ombilic des Séparés et marqués sur la Lèvre du Doigt légendaire d'Oubli et de Silence, ce petit Creux discret, signe d'Humanité, d'Humilité sur le Visage à découvert, dans sa Présence-même.....Un Disparaître étrange hante l'Etrange du Paraître, un Litige inscrutable devance toute Chair et tout Commencement, Intimité scindée des Corps, Croissance et Chute, Maturation, Déclin mêlés et le Crâne et les Os sous le Manteau mouvant de Chair, Mobilité, Rigidité, l'Initial et la Fin se croisent et s'enchevêtrent dans le Procès où nous avons Demeure, Exil, avoir à Être, Tentative d'Amour.....
Cosmos et Vie endurent un si profond Litige, la double Loi de la Natalité et de Mortalité qui passe infiniment toute Mémoire, toute Parole. Ô l'Imprépensable, l'Immémorial ! Irréductible Occultation de l'Origine et Vivre cependant, que nous enjoint le Déploiement des Mondes et des Êtres, la Merveille tragique, l'effrayante Beauté dont attestent les Oeuvres, l'Ouverture prodigieuse des Sens, l'humble Labeur des Sillons de Pensée, toujours recommencée dans le Terreau des Âges et des Epoques. L'Obscurité dont nous venons et la faible Eclaircie qui nous frappe en si profond Litige, ne se surmontent pas et ne nous quittent pas et le Non et le Oui scandent le Battement du Sens en son Oscillation. Essence infiniment fidèle du Clair-Obscur, notre Séjour, notre Passage......
Et nous sommes tissés, cousus, enveloppés d'une Etoffe d'Absence qu'aucun Savoir ne lévera, aucun Pouvoir ni Surpuissance, nulle Magie, nulle Technique et nulle Volonté. Le Cortège des Jours nous absente un peu plus chaque Jour, nous éloigne des Rives d'Enfance et de Jeunesse sur la Barque funèbre vers l'Île solitaire des Morts, qui nous déposera pour une ultime Absence.....Le dernier Soir s'avance pour chacun, inclinant les Heures comme les Corps vers la Contrée stérile où tout se désassemble dans l'Immobilité.....Chaque Heure sonne comme un Adieu !
Dans le Litige et l'Entre-Deux, quelle Forme, quel Tracé prendre, esquisser, quelle Tâche pour ce Désir intense du Paisible, pour le Possible d'une Sérénité ? Paroles et Pensées de Pénombre, Paroles du Demi-Jour, du Crépuscule où nous avons Habitation, Errance, Paroles de Feuillage et d'Humus, Paroles de l'Entre-Deux de la Terre et du Ciel, Paroles des Racines et des Lointains, Paroles d'Accueil et d'Abandon à ce qui vient dans le Mystère et le Silence du Possible, Paroles infiniment anciennes et Pensées souvenantes. Le Salut et l'Adieu selon la double Loi, diront l'Oscillation, le Tremblement du Sens, le Fond sans Fond des Mondes et l'Enigme d'Autrui qui demande Partage, qui demande Justice.....Et que nos Chants préparent dans le Secret, une Clairière paisible pour chacun, des Navires opulents pour les Voyages aventureux et des Chemins ouverts pour les Rencontres de Hasard, des Espaces nouveaux de Gratitude et de Bonté encore indéchiffrées....Un si profond Litige nous hante et nous revient, Vivants-Mourants parmi les Amis inconnus et l'Offrande tragique des Choses. Nous chanterons à demi-Voix l'Enormité et le Prodige de l'Ouverture des Mondes indécelée et notre propre Déhiscence de Mortels, nous chanterons la Pesanteur légère de l'Inapparent et de l'Absence, l'infiniment Petit, la Profusion des Formes et des Couleurs, la Mélodie rythmée de la Parole qui recueille et abrite la Désoccultation et les Tonalités....
Nous chanterons les Noms presque illisibles de ceux qui ne sont plus, l'Ecriture de la Mort qui s'efface sur les Stèles gravées, le Souvenir et l'Oubli des Gisants, nous chanterons l'Autre que Soi, les Autres que nous sommes, que nous serons au Secret de la Tombe, les Mouvements du Coeur changeant, nous chanterons les Espaces intérieurs, la Confusion des Rêves et des Sens, l'Immensité des Sites extérieurs, le Conflit éternel de l'Eau et de la Pierre, l'Ecart, le Litige des Rives et des Fleuves, l'Elan des Branches vers la Lumière, la Fécondité de la Pluie.....
Poèmes cornucopiens ou minimes, dans la Douleur de l'Impropriété ou la Jubilation pour les Affinités, nous chanterons, dans le Sillage des Anciens et dans le déploiement de l'Aujourd'hui pour un improbable Avenir le Chant discret, à peine audible, d'une Tentative d'Amour en si profond Litige.......
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