|
Naissances dans l'Inachevé.
…..Naissances arrachées, Fleurs étranges de Jouissance et de Souffrance, Fruits sanglants des Entrailles et des Accouplements, Cordons tranchés des Ombilics, Naissances déchirées vers le Dehors et le Pullulement des Choses, Hors de l'Oubli et du Silence occultes, Parturition des Chairs, la Dyade opérante, Naissances à la Béance, Naissances exposées à l'Insensé et au Sensé du Monde sans Sol ni Fondation ni Cause ni Raison, un Monde aux Origines verrouillées, Naissances commencées dans le Jouir et le Pâtir, Commencements obscurs, latents, gravides pour le Mystère des Parutions, pour la Maturation et les Possibles, pour le Déclin et pour la Mort, Naissances inachevées, Naissances des Lointains, dans le Pays du Là et du Là-bas, aux Lisières d'Animal et de la Chose, Orée du Dévoiement et de Folie et déjà un Passé les alourdit de toutes les Lignées et déjà un Présent les arrime aux Présences, déjà un Avenir les promet à l'Exil, une Destination secrète les engage en inhumaine Humanité.....
Mères ouvertes et douloureuses immémorialement, fendues pour la Vérité de leur Être et du Don initial, Commencements de Liberté captive et de Nécessité, Puissance et Impuissance des Naissants entravés de Matière et de Forme, de Pierre et d'Eau, Ô Duplicité imprononçable, Berceau, Tombeau tout à la fois ! Commencements impurs et déjà commencés dans les Millions d'Années, l'Autrefois en Arrière infini, Ô Nature insondable, Provenance indécelée de la Vie et des Espèces, Surgissement des Entours de Lumière et de Nuit, un premier, un ultime Chaos ! Ô toujours Autres à Nous-mêmes de Corps et de Visages, dans la Scission, la Différenciation et le Partage, étranges Etrangers en Flux et Devenir et en Distance, Hémorragie de Soi recommencée, en une Multiplicité de Moi et d'Autres, ployés, scindés à l'Aventure ! L'Epars, le Disparate approfondissent leur Essence jusqu'au Vertige et à la Répulsion, leur Non-Essence en Vérité erratique et vaguante.....
Un Non commence l'Absolu des Naissances et les Transparutions, un Je, un Tu, un Ils commencent la Parole et partagent les Voix de leur Murmure incandescent, Braise presque inaudible, Charbon et Ocre tracent en Amont les premiers Traits, les premiers Signes sur les Parois secrètes, j'imagine des Chants, des Transes pour les premières Aurores ensevelies d'Enigme, scandant le Rythme des Animaux entrelacés et reconnus et l'innombrable Miroir des Mains interrogeant leur propre Signature, leur Vérité inaugurale , réfléchissante , leur Cruauté peut-être ! Sanctuaires souterrains où s'accomplit la Naissance millénaire de l'Art, Naissance ésotérique, Naissance exotérique dont nous perpétuons les Gestes et la Beauté, l'Exultation, le même Etonnement, le même Bégaiement.....Profond Jadis où nous reconnaissons l'Inconnaissable et le Dévoilement tremblant du Voilement entre Terre et Ciel ! La Profusion, le Vide créateurs ! L'Echo des Voix, les Traces, les Cris et la Nomination enveloppent de leurs Plis la Solitude des Naissances, un Monde encore ensommeillé qui se déploie et la Chair qui se veut, qui se proclame !.....
Balbutiements des Formes de l'Espèce, Genèses vulnérables d'une Existence à jamais unique, plongées à jamais dans l'Oubli d'Elles-mêmes, les Naissances hantent toute Conscience, toute Parole comme le font Les Fins encore plus insolites et nous errons prodigieusement entre les deux Abysses de l'Initial et de l'Ultime et leur Recouvrement ne cesse pas. Et nous avons, dans l'Entre-Deux, l'Allure étrange de Nomades en mal d'Eux-mêmes et de Patrie rêvée, en mal de Temps. Loi de Naissances et Loi d'Errances, quelques Poèmes essentiels et quelques Oeuvres toujours à déchiffrer, seuls divulguent à Mots couverts et beaux la Loi de ce Silence : »Même l'Un n'existe pas. ». Des Haillons de Nuages traversent l'Azur le plus pur, Apollon fut, dit-on, un Dieu cruel et sanguinaire. Vois l'innombrable Lande grise des Sépultures.....Parole inachevable des Vivants ! Ô Naissances arrachées, Naissances dans l'Inachevé !.....
|