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Pourquoi si vieux ?
Pourquoi vit-on si vieux ?
Pourquoi mourir si jeune ?
Il y a-t-il un bon moment pour faire ses adieux ?
L’homme a-t-il une fin naturelle, acceptable ?
Qu’est ce qui est le plus révoltant ?
Mourir trop jeune surement !
Mais trop vieux n’est-ce pas plus encore insupportable ?
Vivre la solitude de la souffrance,
Endurer le martyre d’un quotidien de douleurs,
Vivre lorsqu’on n’en a plus la force, ni le goût,…
Sentir l’embarras de ceux que vous aimez
Après les avoir toujours supporté, nourrit,
Accepter d’être supporté et nourrit par eux.
Ils sont tous partis, les uns après les autres
Ou bien ils ont disparu, happés par la vie,
Et on reste là, posé sur la gréve, inutile,
Sans autre pensée que celle de quitter ce rivage.
Tête-à-tête avec soi-même quand on est soi-même
Déjà parti(e), cela ressemble à chanter au vent
Sans musique, ni note, ni souffle, les lèvres seules
Esquissent un semblant de mouvement pour articuler un semblant de mot
Inutile, stérile, voué à mourir dans le silence qui s’est noué, chaque jour,
Plus dense, plus épais, plus impénétrable
Combien de temps est-Il resté sur la croix ?
On ne peut s’empêcher de comparer les mérites
De la grande souffrance, celle ultime donnant sur la mort,
Portillon, portail ou porte royale, on ne sait.
Mais l’on sait les visages tordus, les grimaces effarouchées,
Les lèvres ouvertes, les cris suspendus ou déchirants,
L’invention d’un monde où l’Homme n’est plus que sa douleur,
Tout son être plongé dans ce rouge qui aspire son être,
Plus de pensée, plus de désir, autre que respirer, reprendre son souffle,
Même plus de prière… longue nuit sous le soleil du monde qui regarde
Un peu ahuris, toujours impuissant, parfois indifférent voire narquois
Ce spectacle d’une personne qu’il ne connait pas ou ne reconnait plus.
Les anges du ciel cachés derrière leur longe, restent de marbre, blancs
Froids, immatériels à force de pureté et de calme, l’Olympe est si haut
La terre si basse.
On se voudrait risible au moins,
On n’éprouve que la nausée
On se voudrait touchant tout de même,
On ne se sent que dérisoire et inutile
Jeu sans joie entre les mains d’un Dieu oublieux
Qui vous donnerait presque envie de blasphémer
Si ce n’était la crainte que vous risquez de le rencontrer sous peu
Et qu’il vaut mieux être prudent même si on le sait miséricordieux.
Si un cri lancé dans la nuit articulant une supplique sauva l’Humanité
Combien plus valent ces longs sanglots silencieux ravalés jours après jours
Pour redire au genre humain, sa condition d’Homme d’Argile et d’Amour ?
Et pourtant, avec tout ces vieillards rendus à la longue agonie, étouffant leurs plaintes,
Comme notre terre devrait être sanctifié et les humains bienheureux !…
On se demande le prix attaché à ce chemin de croix plus raide et plus long
Que tous ceux connus sur la terre.
On se demande le sens de cette acceptation de la vie, de cette confrontation assumée,
De ce face à face, de ce combat de la vie pour la vie, quand bien même seule la mort est désirée.
Qui me libérera ?
Qui apaisera ma souffrance ?
Qui assouvira ma soif ?
Moi qui ne peut qu’à peine entrouvrir les lèvres sur le verre, difficilement avaler une gorgée,
Moi qui ne peut plus mâcher, pas par absence de dents,
Juste par épuisement absolu,
Juste par lassitude ultime,
Qui rend tout processus d’intégration de vivant
Dans mon corps déjà mort, inimaginable.
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