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HOMMAGE À QUELQUE PATRIARCHE
QUITTANT LE MONDE PROFESSIONNEL
Nous vous quittons contrits, illustre patriarche
Qui avez, longuement, consolidé notre arche,
Devenant, pour l’État,
Son plus haut potentat.
Dans cette voie cruelle et administrative,
Vous avez su montrer à nos âmes chétives,
L’intransigeante horreur
Du poids de nos erreurs.
Comme un grand timonier gérant sa politique
Vous nous avez menés vers notre autocritique
Et vers le grand brouillon
De nos imperfections.
Vous avez pu régner, sous rigueur et courage,
En prodiguant à tous, ce subtil éclairage,
Ce délicat secours
Utile aux basses-cours.
Vous avez mastiqué, sous vos rudes molaires,
Ce ciment qui bâtit le bonheur populaire :
Vous fûtes donc nommé
« Le régent bien-aimé ».
Votre règne inscrivit la force et la sagesse
Quand vous fîtes état de vos grandes largesses,
Offrant à l’indécis,
Un peu de pain rassis.
Votre règne inscrivit le poids de la durée
Et vous permit d’œuvrer, en rive adultérée,
Tel un Mathusalem
Entouré de golems.
Votre règne inscrivit des combats mémorables
Où la cigüe coula sur le sirop d’érable :
Le grand Mathusalem
Ferrailla vers Salem.
Votre règne apporta, dans ses années heureuses,
Des sujets à vos pieds et une cour nombreuse
Avec ses courtisans
À l’écart des brisants.
Votre règne instaura la grandeur de la France,
Illuminant le Temps, face à notre ignorance :
Sous ce règne béni,
Le malheur fut honni.
Que soient, sur le porphyre, inscrits vos théorèmes
Et l’insigne grandeur de ce guide suprême
Soumettant les nations
Sous leur abnégation.
Nous pouvons contempler votre statue en pierre
Avec, dans une main, quelque auguste rapière
Et dans l’autre, un croquis
Des royaumes conquis.
Mais sur le piédestal, nous voyons la balance
Qui, tant de fois, pesa, des sujets, l’insolence
Et tant de fois, nourrit
Cinq ou six favoris.
Nous vous quittons contrits, illustre patriarche,
Ayant scellé l’histoire avec votre démarche
Étreinte de bonté
Et de sévérité.
Qu’il nous soit donc permis, en digne déférence,
De jeter à vos pieds l’ultime révérence,
La reptile attention
De notre soumission.
C’est le départ d’un guide, en sa divine essence
Que nous allons pleurer par nos tristes licences :
C’est au père adoré
Qu’iront nos lourds regrets.
Ce départ laissera la nation orpheline,
Livrée, sans son tuteur, à l’anarchie féline
Ou au joug directeur
De quelque dictateur.
Votre départ fera, sur nos larmes versées,
Une ride froissant nos amères pensées,
Un cruel tourbillon
Sur notre noir sillon.
Présent, vous rester, comme une sentinelle,
Parti en imprimant votre empreinte éternelle
Jusqu’aux profonds revers
Des lointains univers.
Sachez que vos sujets, fils d’ingrate semence,
Déverseront sur Terre, un flot de pleurs immense,
Que ce torrent de pleurs
Couvrira leur douleur.
IN MEMORIAM
LA NATION ÉPLORÉE
© Gérard ANGELIS – avril 2017 – Onirisme quantique
POUR MIEUX COMPRENDRE
Contrit – adj. : Qui marque le repentir ou le regret.
Potentat – nom masc. : Souverain absolu.
Ciguë – nom fém. : Plante (conium maculatum) contenant un poison violent.
Adultéré – adj. : Dénaturé, falsifié.
Mathusalem : Dans la bible, patriarche ayant vécu 969 ans, père de Noé.
Ferrailler – verbe : Combattre à l’épée.
Honnir – verbe : Jeter le blâme, publiquement.
Golem – nom mas. : Personnage biblique, sans libre arbitre, serviteur du maître.
Salem : Ville des USA où furent organisés des procès de sorcellerie (1692).
Brisant – nom masc. : Écueil à fleur d’eau sur lequel la mer se brise.
Porphyre – nom mas. : Roche volcanique rougeâtre
Abnégation – nom fém. : Renoncement de soi
Insigne – adj. : Remarquable
Déférence – nom fém. : considération respectueuse et condescendante
Licence – nom fém. : Transgression d’une règle.
Rapière – nom fém. : Épée à longue lame.
Piédestal – nom masc. : Socle destiné à accueillir une statue ou un élément architectural.
Reptile – adj. : qui rampe bassement.
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