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Ô Désapprendre !
…..Ce sont Châteaux de Sable que nos Vies, Copeaux, Brindilles, un Souffle ! Edifices de Neige et de Vent, Ecume sur les Vagues mouvantes, Architectures de Ruines sur des Vagues de Dunes, Palais baroques et bizarres, ouverts à tous les Vents, Gravats, Décombres, Etincelles de Rien sur des Mers de Ténèbres, nos Vies inquiètes et brèves, enveloppées de Désirs et de Songes stériles, avec ce monstrueux Silence d'Être et du Rien d'Être que heurtent incessamment Paroles et Pensées en Langues trop humaines. Ce sont Châteaux de Sable, Argiles informelles !.....Ô décevants Espoirs, Ô vieilles Espérances, peut-être est-il venu le Temps nouveau de Désapprendre ?
Voyage toujours repris et sans Retour, Voyage unique, impitoyable, dans la Confusion de l'Esprit, la Masse de la Chair qui tremble et qui se meurt, Voyage sans Répit au Coeur sans Âge du Labyrinthe, parmi les Agressions du Monde, les Offenses d'Autrui et Tout ce qui ne se sait pas, Marche à la Vie, Marche à la Mort, dans l'Entre-Deux de la Célébration et de la Plainte, dans l'indicible Union de la Terreur, de la Merveille, en étrange Duel, toute Mort imminente, inflexible, nous marchons à l'aveugle en parlant de Réel et de Rêves, parlant, rêvant nos Vies, parmi l'Amoncellement des Décombres, parmi l'Inconsolable ! Peut-être est-il venu le Temps nouveau du Non-Espoir ?
Plus libre que jamais et plus désespéré, je désapprends la Rédemption et l'Espoir et la Peur, la Volonté, je désapprends la Mémoire, la Présence réelle, les Refuges, en une lente Absence à Soi, un doux Opium, un lent Sommeil heureux estompent l'Eclat violent des Choses et le Trop-Plein du Monde impossible à étreindre, je désapprends la Linéarité fallacieuse des Buts sans Promesse et sans Issue, pour la Vérité de l'Errance et le joyeux Trébuchement d'Ivresse sur des Chemins épars, sur les Brisures en Ramifications entrelacées, vers le Secret inviolable des Sources et de Soi.....Sous l'Indifférence glaciale des Etoiles, je suivrai, au Hasard, comme Chacun, mes Chemins de Pénombre plutoniens, en déclinant, selon le Mystère des Essences qui sépare et unit, qui jaillit et consume comme la Flamme avec le Bois, qui porte et qui emporte comme le Pas avec le Sol, Noces éternelles de l'Eau et du Basalte, du Commencement et de la Fin !.....
Encore et toujours plus profondément, je désapprends la Profondeur des Gouffres de Questions, les Chemins de Falaise et de Crête qui mènent au Vertige, l'Illusion des Sommets et du Souverain Bien, L'Attente du Bien universel dont la fausse Espérance s'enlise et se délite, je désapprends le Souci du Bonheur et la Brillance des Promesses qui ne seront jamais tenues, je désapprends l'Orgueil mystique de l'Unition et du Retour, je désapprends l'Autorité des Guides de l'Espoir et leurs Enchantements et la Grandiloquence des Cantiques pour écouter les Fugues de Musiques lointaines, les petites Cantates aux Variations bercées de l'Abandon.....
Je désapprends l'Appétence et la Rapacité et l'Arrogance du Connaître, la Croyance de comprendre quoi que ce soit à ce qui nous arrive, je désapprends le Mépris à l'égard des Amis inconnus qui dorment dans l'Innocence des Terriers et vivent la Simplicité et l'Elégance de leur Monde caché, je désapprends le Dévoiement de l'Homme et son Outrecuidance, la Cruauté et la Violence, je désapprends la Grandeur du Connaître pour m'incliner vers le plus difficile, le Simple et la Candeur et la Cordialité.....
Je désapprends la Surpuissance aveugle de la Lumière, pour l'Amicalité, l'Humilité de l'Ombre où s'effacer suavement vers le Retrait où se retient la Puissance silencieuse des Mondes, où s'abaisser, dignement enfantin, vers le Silence magique des Eclosions, ces Fleurs sublimes du Coeur oubliées ! Je désapprends d'attendre et l'Impatience puisque Nul ne viendra, identique, nul Fondement certain mais l'Infinité désespérante des Mondes, je désapprends la Tentation juvénile des Absolus et l'Amour même qui brûle et qui ravage ! Ô apprendre le Désapprendre !.....
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