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Ce soir sous le tilleul, à deux pas du jardin
Je songe aux jours lointains prisonnier de l'enfance
L'espace d'un instant je me revois gamin
Écoutant les moineaux torturer le silence
J'ai de tristes regrets, j'en suis fort malheureux
Aux jours hélas enfuis, de n'avoir pas su prendre
Quand j'en avais le temps, ce bonheur généreux
Ces jours ensoleillés au goût de bonbon tendre
Ce qu'il manque aujourd'hui ce sont ces petits riens
Mes trois frères, ma sœur et la voix de mon père
L'angélus du clocher, les jeux fous de nos chiens
Et l'intime tendresse insuffler par ma mère
L'agréable saveur de ses divins beignets
Le parfum merveilleux de ses tartes aux pommes
Les salades de fruits, confitures, sorbets
Inondant la cuisine avec de chauds arômes
Si je ferme les yeux pour revivre à rebours
Je revois mes parents heureux comme l'eau vive
Et mon premier baiser léger comme velours
Et puis le flirt enfin de façon fugitive
Quand l'air fleurait le thym, l'églantine et le foin
Chaque jour je buvais l'amour à pleine bouche
Sur l'herbe, sur la paille à l'abris dans un coin
J'apprenais la beauté, d'un être peu farouche
Ces jours étaient de l'or au cœur du plein été
La famille au complet était à la rivière
Une canne à la main gentiment enjoué
A suivre le flotteur dans la coulée entière
Tous ces heureux moments à jamais disparus
D'un bouquet de lilas caresse ma mémoire
Même pour la moisson les temps sont révolus
Sous un tertre Comtois finira cette histoire
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