|

Ma chère Micheline il me faut l'avouer
J'aime bien vos trois mots " la poésie heureuse"
Mais avant ce bonheur, cette douceur d'aimer
La vie ainsi ne fut pas toujours généreuse
Lorsqu'à trente six ans, en couple et bien heureux
Au jour anniversaire après dix ans d'ivresse
En ouvrant nos cadeaux pleinement amoureux
Nous fêtions jour pour jour deux lustres* de tendresse
La pendule égrainait neuf heures au cadran
Le destin décida la fin de notre idylle
D'un arrêt brusque et froid, d'un éclair foudroyant
Le grand cœur de ma douce émouvant et fragile
Effleura l'ancolie avant de s'endormir
Ainsi pendant longtemps grande fut ma souffrance
Privé de mon soleil, je vivais sans plaisir
Et l'aimant sans pareil, j'écoutais son silence
En moi pleurait un flot sans même le vouloir
J'écrivais ma langueur à la face du monde
Je cherchais un sourire avec un peu d'espoir
Ma plume sagement savais être féconde
Les mots devenant fleurs devinrent mon flambeau
J'en faisais des bouquets pour un durable hommage
De mon cœur jaillissait un émouvant ruisseau
De chaque souvenir survivait un voyage
J'aurais pu faire miens ce poème d'Aragon
"Il n'est d'amour heureux" et de pire torture
Que vivre sans câlin et vivre sans raison
Je cueillais des quatrains pour guérir ma blessure
Sur mon sentier abrupt une fleur vint fleurir
Avec des yeux si long cerné par la dentelle
Que d'un simple regard elle su m'éblouir
Avec tant d'éclats d'or mon front devint une aile
Depuis je vis un rêve à toutes les saisons
La caresse est sans fin sous sa branche fleurie
Dans mon cœur désormais brille l'or des moissons
Aujourd'hui mon bijou se prénomme Marie
Chaque doigt de ma main caresse son prénom
Il n'est rien de semblable à ma belle captive
Voyez l'aube frémir le temps de ma chanson
Jolie, émerveillante*, elle est comme l'eau vive
*Un lustre c'est cinq ans
* je sais, émerveillante n'existe pas, mais ans il lui sied si bien
|