|
GANYMÈDE
Ainsi, va la beauté,
Face à l’éternité.
J’ai plaisir à te voir, rayonnant Ganymède,
Que le destin fit naître auprès du peuple mède,
Comme enfant d’un grand roi
Dans un royaume étroit.
Souviens-toi de ton père écartant l’avanie
Au sein de ce royaume appelée Dardanie,
Songe à Tros, le loyal,
Songe à ton sang royal.
Souviens-toi de ta mère, une nymphe fort belle,
Issue du dieu Samandre, aux méandres rebelles,
Songe au fleuve oublié,
Songe à Callirrhoé.
Souviens-toi que le ciel t’a donné tant de grâces,
Que tu es, des mortels, le plus beau de ta race,
Songe à la perfection
Dont tu as pris l’onction.
J’ai plaisir à te voir, rayonnant Ganymède,
Qui fit paitre un troupeau, en un court intermède,
Sur les flancs que borda,
En Troade, l’Ida.
Souviens-toi que les dieux ont un coeur qui palpite,
Qu’un feu d’amour ardent, vers les mortels, crépite,
Songe à Zeus, déguisé
Pour voler un baiser.
Souviens-toi que les dieux, par l’amour en errance,
Peuvent se transformer et changer d’apparence,
Tel un aigle, en douceur,
Devenu ravisseur.
Souviens-toi de cet aigle, aux aimables caresses,
Provoquant, sur ta peau, une subtile ivresse,
Songe à l’amour naissant,
Au désir oppressant.
J’ai plaisir à te voir, rayonnant Ganymède,
Enlevé par les dieux pour servir le remède,
La divine boisson
Versée par l’échanson.
Souviens-toi, échanson, du rôle magnifique,
Que certains ont jugé, par trop honorifique,
Pour avoir dérobé
Tes fonctions, à Hébé.
Souviens-toi que l’Olympe accueille, en sentinelle,
Les dieux dont la rigueur apparaît éternelle,
Songe encor à Héra,
En sa jalouse aura.
Souviens-toi qu’en versant, à chacun, l’ambroisie
Tu auras suscité un flot de jalousie,
Ce breuvage, en ébats,
Attisant les combats.
Souviens-toi, qu’au sommet, la perfection se paie,
Que les dieux t'ont montré leur sceptre et leur épée,
Que Narcisse, en un ru,
De sa beauté, mourut.
Souviens-toi échanson, que Zeus est resté maître
Et qu’à son bon plaisir, il fallut te soumettre
En lui donnant ton corps
Sous de profonds accords.
Souviens-toi qu’un éphèbe, en divine affection,
S’emploiera à garder quelque ombre en protection,
L’ombre où l’engagement
Reliera deux amants.
Souviens-toi qu’un mortel à la beauté trop grande
Payera, au destin, les ors qu’il pourra prendre :
Ainsi, va la beauté,
En sa fragilité.
Ainsi, va la beauté
Face à l’éternité.
© Gérard ANGELIS – Onirisme quantique – février 2017
Pour contacter l'auteur : [email protected]
POUR MIEUX COMPRENDRE
Mythologie : Ganymède
Selon l’Iliade, Ganymède est réputé être le plus beau des mortels : prince troyen, fils de Tros (roi de Dardanie) et de la nymphe Callirrhoé, fille du dieu fleuve Scamandre, il est donc un descendant de Zeus.
Homère mentionne dans l’Iliade qu’il est enlevé par « des dieux ».
Alors que le jeune prince fait paître le troupeau familial sur le mont Ida de Troade, Zeus l’aperçoit et se transforme en aigle afin de l'enlever et d'en faire son amant.
À la suite de cela, il devient l’échanson des dieux pour leur servir l'ambroisie et le nectar.
Héra est jalouse de ce nouvel amant et de sa fonction d’échanson, que Zeus avait enlevée à Hébé, sa fille. Elle tente de forcer son mari à renvoyer Ganymède chez les mortels mais au lieu de cela, Zeus l’élève alors au ciel sous la forme de la constellation du Verseau.
|