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J'allais seul et sans rêve avant de te connaître,
D'un silence pesant languissaient les épis
Même la source au soir d'une ondine champêtre
Effleurait les roseaux, les mousses, les tapis
Le long des chemins creux et des chaudes haleines
Caresser de soleil, tout le sous-bois dansait
Une lueur au vent à l'ombre des vieux chênes
Flottait infiniment, angélisant juillet
Au pied de ces vieillards à la fraiche verdure
D'un regard attendrit, j'accompagnais l'oiseau
Faisant de mes deux mains une immense ceinture
Je ressourçais mon cœur tel un humble moineau
Mon âme savourait cette ardente nature
Quelquefois il m'advint de pouvoir admirer
Au nid les oisillons au sein d'une ramure
Ce bonheur d'un instant me faisait rayonner
Mélancoliquement j'écoutais l'alouette
Le ciel et les moissons redoraient mon esprit
En cueillant des œillets, je me rêvais poète
De mon asile pur, j'écrivais sans répit
Le plaisir au vallon abreuvait mes fontaines
J'étais le bon berger, des abeilles, des fleurs
Une larme d'amour bourdonnait dans mes veines
Inondait mon sillon de reflets enchanteurs
L'horizon infini nourrissait d'or, mes pages
Les clochers Franc-Comtois accueillaient mon malheur
Imageaient tous mes vers de sublimes visages
Même au soir l'angélus étonnait ma candeur
M'ouvrant son large écrin la plaine solitaire
D'un paisible repos enveloppait mon front
A mes pieds le ruisseau d'une liesse éphémère
Accompagnait mes mots d'une tendre chanson
Le temps d'un long soupir et puis tu es venue
Embellir mon silence, abolir mon chagrin
Fondre l'or et le jour sur mon âme éperdue
Fortuné par tes yeux, par ton charme sanguin
J'ai découverts l'amour, le bonheur, la tendresse
Je me souviens toujours de la première fois
Où ton regard en fleurs d'une onde enchanteresse
Enfanta le soleil dans mon cœur aux abois
Et les jours consumés à contempler ta grâce
Ils brillent au firmament et farde ma raison
Comme au printemps l'oiseau d'un ramage efficace
Berce champs et forêts d'un merveilleux frisson
Ta voix pareil à l'ange et pleine d'innocence
D'un écho velouté s'unit à mon plaisir
Le riche à beaucoup d'or, moi j'ai l'intime chance
De connaître le chant qui me fait défaillir
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