Onirisme quantique

 

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CAQUETTAGE AU MINISTÈRE

le mercredi 04 janvier 2017, à 10:52. Posté par ange&lis



CAQUETTAGE AU MINISTÈRE


Dans un grand ministère
Arrogant et austère,
S’allongeait un couloir
Qui servait d’isoloir.

Vers un de ses coins sombres,
Soudain, je vis deux ombres
Que l’indolence, un temps,
Amenait, caquetant.

Les ombres nonchalantes,
En démarche indolente,
Avançaient sans ardeur
Le poids de leurs rondeurs.

Survint, à l’abordage,
Un profond bavardage
Auquel la basse-cour
Pût prêter son secours.

On eût dit deux pintades
Menant leur incartade
Pour jeter quelques cris,
Loin des chefs, à l’abri.

On eût dit deux bécasses
Ou deux pies qui jacassent
Sous un chêne, en voyant
Un ver trop scintillant.

Entre ronce et ulmaire,
Près de moi, deux commères
Poussaient incessamment
De nombreux gloussements.

C’était deux quarteronnes
De ces lieux qui ronronnent
Ou ces ilots lointains
Qui ont bistré le teint.

Picorant quelques graines,
Les consoeurs de l’arène
Riaient sous les éclats
De leur verbal débat.

Deux voix désagréables
Se délitaient, friables,
Marquant l’interjection
Et la consternation.

Rejetant la culture
Et la littérature,
Le commérage, au fond,
Parlait beaucoup « Chiffon ».

Le bavardage en lice
Détaillait, en complice
Avec force loopings,
Leurs achats, leur shopping.

Au milieu des scories
On parla « calories »,
On parla de santé
Et de futilités.

Quelques propos vulgaires
Allaient entre en guerre
Pour venir escorter
Quelques banalités.

Nul n’aurait mis en gage
Leur niveau de langage
Qui tirait vers le bas
Le fil de leur débat.

Car le vocabulaire
Des milieux populaires
Entourant les cités
Reste bien limité.

En marge du passage,
Parlant sans grand message,
La volaille, au lisier,
Assécha son gosier.

Leur langue fatiguée
Par des coups de pagaies,
Amena le duo
À chercher un point d’eau.

Les commères partirent
Semer quelque satire
Vers l’autel buriné
Par leurs banalités.

Le flot de commérages
S’estompa sans courage,
Livrant l’instant présent
Au silence apaisant.

Ainsi, vont les commères,
Avec leur langue amère,
Que leur flot de propos
Recouvrit d’oripeaux.

Ainsi, vont les commères,
Délaissant la grammaire
Pour aller s’immiscer
Chez les gallinacés.

Ainsi, vont les commères,
Menées par les chimères
Vers l’horizon de glu
Du zéro absolu.

Ainsi, vont les commères
Sous le ciel de brumaire,
Cherchant, au poulailler,
L’ombre du volailler.


© Gérard ANGELIS – décembre 2016 – Onirisme quantique



POUR MIEUX COMPRENDRE

Ulmaire – nom fém : Botanique – Synonyme de Reine des prés
Quarteron nom : Se dit des personnes ayant un quart de sang noir
Déliter – verbe : Fragmenter
Bistrer – verbe : Colorer de brun jaunâtre
Scories – nom fém : Résidus issus de la combustion de minerais métalliques
Lisier – nom masc : mélange liquide d’excréments d’animaux
Oripeaux – nom masc pl : Vieux habits avec un reste de clinquant
Gallinacé – nom masc : famille d’oiseaux regroupant les poules, dindons, faisan, caille…)
Zéro absolu : Température minimale la plus basse : 0 k Kelvin ou - 273,15 degrés Celcius
Brumaire – nom masc : Un des mois d’automne du calendrier républicain




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