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Béance : l'Insu, l'Invu.
…..La Béance est Abîme de Sens, d'où nous venons et qui nous enveloppe d'Abandon, Abîme de Parole et de Savoir, Abîme des Essences, inapparaissante Ouvreuse de Mondes et de Possibles Intotalisables, sans Cause ni Raison, Sol ni Soubassement, Appel ni Donation. Ni Océan des Origines, ni Terre, ni Roche primordiales, ni Être ni Non-Être, ni Dieu ni Démoniaque, ni Idée ni Imagination, bien en-deçà de Tout Pensable, de tout Vocable, Abîme des Présences, Abîme de l'Absence, Matrice des Matrices, Matrice de la Mort, la Béance est béante, premier, ultime Apophatique, l'Insu, l'Invu, l'Etoffe insaisissable de nos Vies.....
Pourvoyeuse anonyme de l'Espace et du Temps et des Jours et des Nuits qui nous écartent et nous Eloignent, inlassable Procès d'Avènement, d'Exil et de Confiscation, inlassable Procès de Mouvement, de Devenir et de Venir « à Soi » des Êtres et des Choses, Ô Provenance absconse des Espèces !, inépuisable Fond sans Fond pour ce qui , incessamment, arrive, entre dans l'Apparaître et Passe, Brèche, Puisard, Ravin, Réserve d'où croissent en Enigme, les Etants vers leur Apparition et Leur Disparition, la Béance béante est Terreur, Stupeur, Extase, pour nous, affligés d'Emotions, demi-Voyants qui n'en voyons que les Effets insolites, la Manifestation voilée......
Et sur l'Abîme de Béance, il est étrange que des Mondes et des Corps adviennent et se composent, D'Amour et de Haine mêlés, séparés, vagabonds sur des Chemins de Sable et d'Eau, Labyrinthes de Matière et de Chair mouvantes, houleuses et dans l'Egarement. Je vois sur des Collines Flamboyantes de Vert, les Stèles grises de la Mort, gravées d'indéchiffrables Signes enlacés, je vois sur la Falaise obscure les Tracés de Marins naufragés, les Voiliers en Détresse, je vois, dans un Village millénaire et charmant, les Sarcophages ouverts sur un Vide indicible, des Tombeaux de Basalte éventrés, je vois, dans la Pénombre de l'Eglise, deux splendides Gisants de Grès, sculptés d'un éternel Silence.....
Et nous cherchons, sans doute, du Sein de la Béance, dans les Oeuvres et les Jours, dans le Bégaiement et le Chant des Ecrits, dans la belle Illusion et la Passion de la Peinture, dans la Pierre et le Bois plus durables que Nous, dans la Main méditante des Passeurs de Beauté et des Chercheurs de Socle, d'Origine, dans le Plaisir inouï de l'Amour de l'Homme et de la Femme, nous Recherchons un Corps éléatique, Marbre vivant, incorruptible, Ô Pygmalion, Ô Galatée ! En quel Jardin d'Amour Rêvé, quel Bois sacré d'où le Dieu déjà s'est enfui, Visage détourné, une Main vers le Haut, une Main vers le Bas en Signes pathétiques, ou Colombe ou Vautour, sur quel Rivage, en quelle Partance, quelle Barque enchantée, quel Pays édénique d'Ici, trouverons-nous Repos ?
Mais nous portons Silhouette d'Absence, Chacun, le Corps, son Ombre de Béance, sa lourde Frange d'Etrange et de Fini, Bouche de Terre et les Yeux de Vitrail, Enfance et Vieillesse se rejoignent et s'enlacent dans la Danse extasiée et funèbre où nous sommes lancés, dans l'Etreinte de Vie et de Mort où nous avons Réalité, Evénement, Devoir. Songe, peut-être ? Au Balancier de la Souffrance et du Jouir, la Chance veille, aveugle et insouciante, tourne sa Roue secrète de Hasard et joue sur le Damier suprême, cruelle Infante et Rieuse éternelle.....
Béance, Mouvance et Chance ne nous quittent pas, Puissances surpuissantes, Trilogie indicible et Abîme de Sens, arrimées au Mystère des Corps et qui s'ébruitent dans le Secret de la Parole à jamais Interrogative, à jamais évasive......Quel est le Sens ? Corrélation et Parenté nous lient indéfectiblement à la Béance. Quel est notre « vrai Lieu » ? Ici, l'Exil du Labyrinthe ? L'Île absolue des Morts qui nous attend ? Quel Devoir-Vivre parmi les Semblables étranges ? Quelle Volonté Opposer à la Nature qui est aussi Béance ? Quelles Lois, quelles Institutions puisque emportées dans le Flot de Mouvance ? Comment donner Apparition à l'Inapparaissant, au Flux et au Reflux de la Merveille et du Désastre, l'Abîme des Essences ? Ô l'Invu, Ô l'Insu !.......
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