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Je rêve encore des parfums d'Asie (Mon Indochine)

le mardi 12 juillet 2016, à 19:11. Posté par Philip de Berg


    Je t’ai quittée un soir, mon Indochine, fuyant comme un voleur.
    « Uống nước nhớ nguồn » me rappelait mon âme,
    « Quand tu bois de l’eau, pense à sa source »
    ----------------------------------------------------------------------

    Quand je revois encor, brume et pluies emmêlées,
    Pauvres amants frileux, près de la Citadelle,
    Le chant lourd du Tonkin et ses larmes troublées,
    Mon cœur lourd, Bao Daï *, inonde ma tonnelle.

    Mais le temps, rassasié par les décades mortes,
    A pourchassé l’empreinte où le dernier prélude
    A tous mes souvenirs est serti de cohortes
    D’arlequins où divague un refrain lent et rude,

    Emporté par le soir et ses hideux cortèges,
    Quand les vases d’encens, troublés par le servile
    Ennui de nos matins, effacent tous les pièges,
    Et révèlent soudain la splendeur de la ville.

    Hanoï est endormie, mais le cœur des jauniers**
    Bien plus fort que le marbre et plus fort que l’envie,
    Rêve de grands voiliers, et d’amours singuliers
    Déferlant sur le Siam au rythme de la vie.

    Quand soupire la nuit près des grandes terrasses,
    La magie des tombeaux, dans leur beauté sauvage
    Et le souffle de l’ombre, apaise les carcasses
    Où mon âme indigène offre encor son visage.

    Loin de la baie d’Halong, la blanchâtre blessure***
    Des vieux arbres mourant d’annamites regrets,
    Consume lentement ma dernière fêlure ;
    Je n’ai plus que mes mots cachés sous mes carnets.

    A la saison des pluies, les bourbiers de Cholon ****
    Abusent les Préfets et les marchands d’opium,
    Comme le tigre blanc enivré d’horizon
    Humblement se retire en quittant l’atrium.

    Je ne puis oublier les parfums de Vientiane,
    Qui guidaient comme un fou ma dérive incertaine,
    Les sampans endormis, la lune courtisane.
    Cette image jaunie est soudain si lointaine.
    -------------------------------------------------------------------
    Je t’ai quitté à jamais, Indochine rêvée,
    Thàng giêng, em ào dài trang nah….
    « Tout le passé défile au ralenti »

    Illustration musicale (Journey’s end (soundtrack Indochine) – la fin du voyage )
    https://www.youtube.com/watch?v=emdMlKZdWUw

    * Bao Daï était le dernier prince impérial en titre du temps de l'Indochine
    ** les jauniers désignaient l'équivalent des esclaves de la "traite des jaunes"
    *** allusion à l'hévéa, arbre à caoutchouc dont la sève s'écoule d'une entaille sur le tronc
    **** Cholon était un quartier populaire de Saïgon

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
domidom le mercredi 13 juillet 2016, à 11:52
Un voyage en ASIE.
Grâce à tes mots, un voyage gratuit et sans risque, avec, il faut le reconnaître de merveilleuses images...
Bisous, Domie

Ivy le mercredi 13 juillet 2016, à 18:51
Hello Philip,
Là ce n'est pas 'Don't cry for me Argentina' mais Indochine !
En même temps en lisant, je crois entendre la chanson, 'Blue Bayou'.
Bises

Philip (JARDIN DE LUNE) le jeudi 14 juillet 2016, à 09:43
Pour DOMIE :
Merci, Domie. Oui, j'aime bien faire voyager les ami(e)s, images de vrais voyages où images imaginaires comme ici.
En fait, je ne connais pas les pays asiatiques qui constituaient l'ancienne Indochine (Viet Nam, Laos et une partie du Cambodge). Alors j'ai mélangé les souvenirs des autres pays d'Asie alentour que je connais et ce que je sais de l'ancienne Indochine.
A bientôt, pour un autre voyage poétique, peut-être. Bisous. Philip

Pour IVY :
Hello ! Euh, cette partie de l'Asie est bien loin de l'Argentine et de la Louisiane. Mais tu me donne une idée pour écrire un jour, quelque chose sur les bayous que j'ai eu la chance de visiter.
Au passage, pour ce poème, je souligne que ce n'est pas une ode au colonialisme en Asie. C'était juste pour imaginer la nostalgie de ceux qui ont vécu là-bas, tout aspect colonialiste mis volontairement de côté (à part l'allusion aux "jauniers"). Bonne journée à toi. Kissous. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Bonne journée

LucLéon le jeudi 14 juillet 2016, à 11:15
On sent que chaque mot puise ses racines dans le vécu... Superbe

guillaume le vendredi 15 juillet 2016, à 00:32
bonsoir philip, ton poème est faste, cela fait rêver un beau voyage comme le tien,
car le vietnam, j'aimerais bien y aller, on m'a dit que c'est un beau pays.Merci philip, pour tes vers si joliment relatés, et qui me font voyager en asie, quel beau poème, amitiès philip, http://www mes poèmes.net/funky571/

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 15 juillet 2016, à 09:46
Pour LUC LEON :
Merci, ami poète. Le vécu, c'est ce que mes yeux ont eu la chance de voir et mon esprit, de garder, des pays d'Asie que j'ai visité, pas si différents de ceux du territoire de l'ancienne Indochine. Le "faux-vécu", c'est ce que j'ai pu retenir de l'histoire de ce pays par le biais de la "petite Histoire". Et est-ce immodeste d'avoir la fierté de dire que cela fait partie du petit bagage culturel que je me suis forgé au fil des années ?
Amitiés. Philip

Pour GUILLAUME :
"Faste" Quel adjectif ! J'aurais plutôt dit "vaste" parce que j'ai essayé de mettre le plus d'images en 8 quatrains, quand même ! Mais effectivement, j'ai honoré ce vieux pays en y mettant des tournures qui souligne à la fois beauté et douleur. Alors, c'est peut-être faste si l'on veut. Amitiés, Guillaume et à bientôt. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Micheline 1940 le dimanche 17 juillet 2016, à 17:32
Bien cher ami,
Pour tout vous dire, j'adore l'exotisme, et rien ne me plait mieux et ne me berce autant, que ces beaux paradis où l'âme s'évapore dans des encens précieux, parfumant et encensant des divinités multiples et souvent colossales dans leur taille, rutilantes et dorées à l'excès... Un véritable rêve éveillé ! Je suis pour et à cent pour cent, aussi, je pars en voyage, et déjà je m'envole !
Bonne soirée, cher Philip, et vous dire combien votre poème m'a plu, ne sera chose vaine ! J'ai adoré !!!
Bien à vous,
Micheline.

elise289 le lundi 18 juillet 2016, à 10:48
Bonjour.Philip,
Vécu ou pas,obn y est et on s'y promène avec toi dans cette Indochine!
Avec cette petite bruine de nostalgie et de rêveries j'ai savouré comme un roman tes vers.
Merci aussi pour toutes les références le roman devient livre d'histoire poétique ,et là!bravo!mieux que qu''un cours margistral!
Tu vas finir par me donner l'envie de voyager jusqu'à l'Asie, pays pour lequel ,je n'ai pas encore été attiré.
Ce voyage est,comme une échappée belle après les horreurs de ce long week-end.
Amitié
Elise

Philip (JARDIN DE LUNE) le mercredi 20 juillet 2016, à 19:15
Pour ELISE :
Merci pour ce nouveau commentaire.
Il se trouve que, sans le savoir, tu as exactement qualifié ce que je voulais mettre dans ce poème, en parlant de "petite bruine de nostalgie".
Car, dans les matins blafards de cette partie de l'Asie, les hévéas, avant la récolte sont baignés d'une sorte de brume. Comme je l'ai dit, la cadre de ce poème est une demie-réalité pour moi, car je sais la géographie et l'histoire du Viet-Nam du temps de l'Indochine et j'ai rajouté mes impressions visuelles, pas tellement éloignées, des pays d'Asie adjacents que j'ai visités plusieurs fois.
Ce poème n'est pas un cours magistral, mais j'ai toujours eu le souci du détail lorsque ma poésie se situe au-delà de nos frontières. C'est mon côté à la fois un peu "anthropologue" (pardon pour le côté prétentieux et usurpé du titre) et mon côté "enfant émerveillé"(là, j'aime mieux !) qui ne cesse de découvrir les merveilles de notre monde et les graver à jamais dans son coeur.
Si tu en as l'occasion, je te conseille de découvrir l'Asie. Amitiés, et mille mercis, Elise. Philip

Pour MICHELINE :
Bien chère Micheline. Votre commentaire est un poème en soi, coloré, olfactif et reflète bien, pour mon grand bonheur, ce que je voulais exprimer en l'écrivant. Ainsi, vous aimez les paysages et les ambiances que l'on qualifie "d'exotique", sans que le terme fut péjoratif, car elles nous entraînent vers des lieux magiques.
La réalité, au plan humain et sociologique est bien souvent tout autre, en ces contrées, vous le savez, mais il y règne une forme de spiritualité toute particulière qui donne une couleur de rêve, de rêve paisible.
Mais je vais bien vite revenir, je l'ai promis sur les rivages enchanteurs et plus près de nous, de l'Italie merveilleuse. A très bientôt, chère Micheline. Prenz-soin de vous. Avec toute mon amitié. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

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