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LES DERNIERS JOURS DE FULGENCIO MARQUEZ BATISTA

le mercredi 22 juin 2016, à 12:05. Posté par Philip de Berg


    (Repost)

    Encore quelques jours, quelques nuits et viendra l’heure de l’exil.
    Pour une liberté … ou un enfer, celui de se perdre, vivant, dans une éternité rebelle.
    Pour échapper à l’ouragan, celui des hommes trop inconscients qu’ils en ont perdu leur âme, alors que près des plages, les corps encore fiévreux reviendront s’étourdir, tournoyer, éperdus, au rythme hypnotique des habaneras.
    « L’amour est un oiseau rebelle ! » Mais, là, au pied des grands cargos en partance pour ailleurs, dans son Palais meurtri, fissuré par les pleurs, l’homme attend de s’accomplir, pour un dernier voyage, emportant avec lui rien qu’un peu de poussière, des souvenirs gravés et dans son regard sombre où fulmine la braise, une antique prière, un chant de dignité.

    « Ô, fleurs de Trinidad, je vous ai caressées,
    Vous étiez endormies d’une tendre quiétude
    Demente Soledad, bercée de solitude,
    De mon cœur infini, je vous ai trop aimées.

    Quand mes yeux se tournent vers l’horizon salin,
    En exigeants vainqueurs perdus dans l’Infamie
    L’esclave se courbe, sans implorer l’ami
    Que j’étais avant l’heure où sonna mon déclin ».

    Les jardins du Palacio Viejo accueillent la nuit tiède, tandis que les fragrances d’eucalyptus ou de mariposa blanche, obsèdent les cerveaux. Dans le clair-obscur de cette nuit si proche, près d’une véranda, tangue un vieil air de calypso tandis qu’indifférente, la paloma capricieuse tournoie dans l’air et se pose un instant sur les gargouilles moussues, au faîte du palais.
    « Repuesta, repuesta ! » murmure l’homme fatigué.
    N’a-t-il encore que quelques heures à vivre, quelques larmes à pleurer ? Lorsque viendra la saison des pluies, son peuple l’aura oublié. « Vivir en libertad, una vez mas !» Oui, une fois encore et ne plus jamais trembler. Echapper à soi-même, quand une tempête de sang et de clameurs déferle sur la Ville.

    « Les fleurs d’Almendares sont d’étranges présages,
    Comme un blanc sortilège au recoin de mon âme
    Elles rutilent de sang sans éteindre la flamme
    Du funeste cortège au douloureux visage.

    Como la flor se va, sur l’unique frontière
    Où court un peuple fier, dans ses haillons d’argent,
    Et quand l’espoir s’en va, le cœur est indigent,
    D’avoir maudit Hier d’inutiles prières »
    ……………………………………………………………………………………………
    Fulgenco Batista est mort en exil, à Guadalmina en Andalousie, en 1973, d’une crise cardiaque.

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (JARDIN DE LUNE) le mercredi 22 juin 2016, à 12:13
Ce poème mi-vers/mi-prose est un repost d'il y a près de 3 ans. Je l'aime bien, celui-là. La seule fois où j'ai écrit sur un dictateur (comme chacun, je n'apprécie pas particulièrement les dictateurs, qu'on se le dise)°. J'ai juste voulu mettre un peu de tendresse dans l'écrit. C'est Fidel Castro qui succéda à Batista en 1959 !!!! Philip.

guillaume le mercredi 22 juin 2016, à 13:57
bonjour philip, ton poème est beau, tes phrases et tes vers sont d'une pure beauté, j'aime bien ton style.Par contre, moi aussi, je déteste la dictature, et toi philip, tu as le don de nous inviter au voyage avec la délicatesse de tes vers, qui pour mla part est très réussie, a laquelle on s'imprègne tous de ta délicatesse, on ne peut pas être indifférent a ta délicatesse, et a ton style unique. Merci philip pour ce beau voyage littéraire, amitiès cher ami. http://www mes poèmes.net/funky571/

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 24 juin 2016, à 07:17
Pour GUILLAUME :
Oui, il ne faut prendre ce poème que pour une invitation au voyage (Cuba à la fin des années 50) mis aussi une des facettes des sentiments humains (ici....un dictateur qui réagit en homme attaché à ses racines, qu'il va quitter).
J'ai toujours recherché l'originalité des thèmes, quand cela m'est possible, en poésie. Avec, en effet, la petite touche de délicatesse. Une forme de tendresse pour l'espèce humaine qui ne prend pas les meilleurs chemins ? Merci pour ta fidélité à me lire, Guillaume. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

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