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Critique rock déjantée........
ET DIEU CREA LES PLASTICINES !
Enfin, Dieu, peut-être pas, mais rendons grâce et louons je ne sais qui de nous avoir permis à l’aube de ce 21ème siècle (qui sera rock ou qui ne sera pas, pour paraphraser Malraux) de découvrir LE ROCK FEMININ dans son incarnation la plus violente et la plus rebelle qu’il ne nous avait jamais été donné de connaître auparavant. The big thrill, le vrai de vrai ! L’époque est étrange : elle assume sa nostalgie tout en réclamant éperdument du nouveau, du jamais vu, du jamais entendu. Et, bingo, en voilà du jamais entendu. Ou plutôt, du tellement attendu : 30 ans, une paie baby ! Pourtant Dieu sait si une certaine presse rock nous en a fait avaler des couleuvres. Les Plastiscines ont compris que les longs discours ne pourraient jamais calmer la brûlure éternelle d’un éclat rock en plein cœur. Leur rock n’attend pas d’autorisation avant de déferler. Cavalcade entre insouciance, jeux de l’amour et air moqueur; l’arrogance de la jeunesse défile avec hargne et bravoure. Avec sens de la mélodie entêtant, hallucinant, comme un bad cauchemar qui tourne en boucle après que vous ayez fait un mélange de trop de méthédrine et de psilocybine. Camarades du lycée de Saint-Cyr-L’École, elles branchent un jour leurs guitares; Katty et Marine grattent quelques accords, Zazie connaît des rudiments de batterie. Louise, rencontrée au concert des Libertines, se pointe ensuite avec sa basse. Les Plastiscines EXISTENT ! Grésillements. Se jeter. Quelques reprises. Comme toujours. La technique manque. Pas l’envie. Voilà ce qu’est exactement le rock : la capacité à privilégier l’instinct à la performance. Le rock n’appartient à personne, et, par définition, ne meurt jamais. Il change parfois de nom, juste histoire de se moquer des gardiens du Temple. Teenie rock ! Les premiers témoins parlent des Ramones. Les filles jouent vite, ne dépassent pas les deux minutes par charge, enchaînent les morceaux sans attendre. On les dit jolies, tant que les garçons rougissent aux premiers rangs en essayant de refouler au fond de leur inconscient quelques rêves onanistes. Quatre visages d’anges pas innocents, un look tranquillement « ce qu’il faut », un détachement de lycéennes qui ont préféré l’électricité aux études. Rencontre avec Maxime Schmitt (producteur de Taxi-Girl – le meilleur groupe post-punk que la planète n’ait jamais connu - et compagnon de route de Kraftwerk – l’incarnation de la période post -« flower power »). Répétitions, concerts. Premiers enregistrements. Premier disque : un vinyle interdit à la vente. Trop dérangeants les lyrics, jugez en : « Chaque fois que tu m'attrapes/Je me débat, je me débat/ et chaque fois je ne viens pas/Tu ne comprends pas, tu ne comprends pas ». Jamais, je dis bien, jamais des filles n’avaient poussé aussi loin l’explicitation sexuelle dans des textes (et croyez-moi, je les ai vu sur scène, sans pas même le moindre déhanchement suggestif. Statiques, les filles !) Alors, tout s’accélère. Un buzz sur la nouvelle scène parisienne. Un contrat d’édition à la clé. Virgin propose un contrat d’enregistrement. La pression n’est plus la même. Le premier album… « LP1 » est un disque « au présent ». Un jeu de mots sur long playing (signifiant longue durée) et un rappel des albums courts faits de singles dans les 60/70’s. Katty, Marine, Zazie et Louise ont réussi. Elles sont à la fois rock et pop, rageuses et aériennes, elles chantent leur existence. Tout de suite, maintenant ! Il y a urgence ! En 13 titres, 28 minutes et avec beaucoup de force et d’identité, on croise les Kinks dans un club prêt à exploser, Blondie, B52’s, les Strokes, les Ronettes, Patti Smith, Ramones et Libertines… Les quatre jeunes filles foncent têtes baissées, le sourire jamais facile. Elles ont un atout : elles savent écrire des chansons. « Mr DRIVER » est agressif à souhait, « ALCHIMIE », c’est le rapprochement des corps et des âmes, les particules qui se percutent à très grande vitesse, « (Zazie fait de la) BICYCLETTE », une balade faussement naïve qui dévoile une nervosité ensoleillée, « HUMAN RIGHTS » serre les poings, rythme martial qui captive, « LOSER », single imparable, qui donne envie de voir les Plastiscines sur scène, « LOST IN TRANSLATION » insiste et accélère. « NO WAY » calme les esprits, le temps d’une complainte. « POP IN, POP OUT ! » c’est un cartoon sous speed, et sa guitare gyrophare pour un prochain générique de Tarantino (clin d'oeil à Loïc). Les yéyés qui implosent ! « RAKE » rebondit avant de frapper, flirt avec le rockabilly. « LA RÈGLE DU JEU » ne s’en fixe qu’une seule : 1, 2, 3, 4 ! « SHAKE » avec ses chœurs et ses clins d’œil provocateurs, est un appel à l’abandon. « TU AS TOUT PRÉVU » se moque des apparences. « UNDER CONTROL », et son refrain qui s’incruste sans prévenir, enfonce le clou. Un rock but, à peine, mais à peine torréfié.
Les Plastiscines n’ont pas encore 20 ans. A la différence du cri sans espoir des Sex Pistols « No future ! », moi je dis pour les chickies « Yes Future ! ». Everything is under control. Tu sais baby, quand j’avais vingt ans j’écoutais en boucle Lucy in the sky with diamonds. Tu connais par cœur les paroles, n’est-ce pas ? - Picture yourself on a train in a station/With plasticine porters with looking glass ties/ Cellophane flowers of yellow and green, towering over your head.” Lèves les yeux sur le ciel gris du rock et regardes : les PLASTICINES sont nos fleurs de cellophanes. Mais elles sont vénéneuses !!
Illustration musicale : "BIcyclette" - Plasticines, live
https://www.youtube.com/watch?v=2Eygjo-Qxtk
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