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OBSCURITATE RERUM (Dans l'obscurité des choses)

le lundi 01 février 2016, à 06:27. Posté par Philip de Berg


    (Repost d'un poème de 2012)

    Dans l’obscurité des choses les mots sont souvent masqués…..

    Qu’une aube frissonnante à mes yeux se renie,
    Et les riants désirs se meurent en rêvant,
    Comme ce jour blême qui se lève, impuni,
    Pour flamber en hurlant, féroce et survivant.

    Et tu rachèteras, ô mon âme insolente,
    Tous les fruits de la Terre et des nues empourprées,
    Qu’au colosse tranquille à la main déférente
    Tu raviras, sournois, de ton chant déchiré.

    Dérobe ma prunelle et tu liras enfin
    Quand le soleil pâli vient mourir en pleurant,
    Toute l’ardente moire et mon cœur abyssin
    Qui dans son inclémence espère en soupirant.

    Aux pourpres délicats qui décorent ces temples,
    Aux inconstants fracas qui dévorent le Temps,
    Je livre à ce quadrige un effroyable exemple
    Pour ces bastions furtifs qui rongent nos tourments.

    Alors, comme un soldat qui entend la grenaille
    Ou un éclair lointain et fuit, épouvanté
    J’irai tel un rhéteur absoudre la canaille,
    Et fulminer, tremblant, mes songes agités.

    Mon œil ardent se couche en archangeux trépas,
    Ma main lâche le sceptre et bénit mon linceul,
    Qu’en ce doux crépuscule au dernier de mes pas
    J’irai en homme envieux, m’endormir las et seul.

    Ô, hâblerie vorace, en frémissante épouse
    A l’appétit tenace et sensible à la fois
    Dans une alcôve exquise aux moires andalouses
    Tu iras respirer les parfums d’autrefois.

    Dans tes chemins confus aux rimes immortelles
    Tu iras trop frivole à faire sombrer la nuit
    Au relent monotone où git calme et cruelle
    La nonchalance extrême aux portes de l’ennui.

    Dans ton extase brève aux confins des deltas,
    Quand frissonne en dormant, timide et confidente
    L’antique nudité des pauvres galetas,
    Tu dormiras en paix dans ta foi innocente.

    Alors tu renaîtras aux fulgurances vives
    Que les printemps ternis avaient emprisonnées,
    Sous les cieux vieillissants que mon âme ravive
    En de fiévreux soupirs aux rythmes enchantés.

    Obscuritate rerum verba saepe obscurantur.
    Dans l’obscurité des choses les mots sont souvent masqués

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commentaires ( 6 ) (Ajouter un commentaire)
domi/amimots le lundi 01 février 2016, à 08:25
coucou !
des vers d'une beauté à couper le souffle, ex :
"Dans une alcôve exquise aux moires andalouses
Tu iras respirer les parfums d’autrefois. "

juste un qui me titille tu sais pourquoi :
"Comme ce jour blême qui se lève, impuni," ...

allez, pour un vers on pardonne, rire !
magnifique
bisous!

Micheline 1940 le mardi 02 février 2016, à 02:25

Cette lecture m'a totalement conquise !
Et je me suis trouvée, brusquement projetée, dans un de ces Palais Vénitien bordant le Grand canal, à m'imprégner des ors et des pourpres, de velours et miroirs, de cristaux et de stucs, de plafonds peints écrasants de beauté, où la moindre sensation, le plus petit émoi, prennent des proportions au-delà du connu, du raisonnable, de la confidentialité, de l'humain, pour confiner à l'excessive combinaison d'émotions et de ressentis, qui vous laissent au bord de l'évanouissement !
Un coup de coeur qui me trouve toute étourdie, et la tête encore toute bruissante de rêves et de parfums !
Très joli, Cher Philippe, révérence au talent dont vous nous exposez la riche palette, et qui nous comble de plaisir !
Mille amitiés,
Micheline.

lilo le mardi 02 février 2016, à 03:26
toujours un plaisir de te lire
je reviendrais faire un commentaire, bisous

lilo le jeudi 04 février 2016, à 20:53
j'ai relu ton poème et je l'ai trouvé beau, même si j'ai une nette préférence pour les trois premiers quatrains que j'ai trouvé très fort !
Mais je ne suis pas sur d'avoir saisi "Dans l’obscurité des choses les mots sont souvent masqués" dans le contexte de ton poème, je veux bien quelques éclaircissement quand tu auras le temps, merci ! bisous

Loïc le samedi 06 février 2016, à 15:15
Ah oui, c'était l'illustration-hommage aux "Salons Rouges", j'ai bonne mémoire (et une remarquable maîtrise de Google) !

Malgré la maxime invoquée, les mots n'ont pas l'air tellement masqués ici !! Le poème est très long, mais ça ne m'a personnellement pas posé problème. The way I see it, de temps à intervalles réguliers un mot brutal vient pilonner une ambiance plutôt tranquillement onirique spleenienne, et l'expérience de cette lecture tient l'intérêt jusqu'au bout.

Ah tiens ! Il y avait déjà "J'irai" à l'époque !!

Bye man !


Loïc le samedi 06 février 2016, à 15:15
Pff, je voulais dire "de temps EN TEMPS à intervalles réguliers"

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