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(Cette fin alternative de ma nouvelle précédente a pour origine une idée de mon amie Euphonie (Marie). L'idée d'une fin plus douce, à l'image qu'elle s'est représentée de Smile-Sonoma. Qu'elle en soit chaleureusement remerciée ici)
L’activité routinière avait repris son cours au Sheriff’s Office de Fairmont. Cela ne faisait que deux jours qu’ils étaient revenus d’Oklahoma City. Pip réalisait qu’il n’était plus le même depuis son étrange soirée dans ce bar qui avait peut-être surgi de ses pires cauchemars. Il ne parvenait pas à oublier ce qui, il voulait s’en convaincre, ne pouvait être mis sur le dos d’une hallucination provoqué par l’alcool ou la fièvre. Et il ressentait le besoin d’en parler à quelqu’un. Pas au Sheriff Garrett, bien sûr, ni à ses collègues.
C’est alors qu’il pensa à Smile. Smile était sa seule amie, ou tout du moins la seule personne à qui il lui arrivait de se confier. D’origine amérindienne – sa famille appartenait à la tribu des Choctaws - Smile était une jeune femme d’environ vingt-cinq ans qui était une des préparatrices en pharmacie au seul drugstore de Fairmont. Son vrai prénom était Sonoma, ce qui en dialecte Chickasaw signifie "le soleil est là", mais Pip lui avait un jour donné le surnom de Smile, tant son regard doux était éternellement accompagné d’un charmant sourire.
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Pip se retrouva devant l’entrée du drugstore et il se précipita vers le fond du magasin où était situé le rayon « pharmacie ». Passé l’entrée du magasin, il emprunta l’allée qui menait le plus directement vers son but. Douze pieds, quinze pieds à franchir ? Mais, il distinguait déjà la blouse blanche de la jeune femme, qui se tenait derrière le comptoir. Smile était là !
C’est alors que Pip ressentit une des choses les plus étranges qu’il n’eut jamais vécu à ce jour : le temps semblait s’être arrêté. Il n’entendait plus le moindre bruit et lui-même ne se déplaçait plus dans l’espace. Il… flottait, incapable de maîtriser les mouvements de son corps.
C’est alors que se déchaîna autour de lui – où dans sa tête – un ouragan, fait de rires sardoniques et de hurlements, comme les hurlements de tous les damnés de l’Enfer. Et tout devenait rouge. Il était baigné, aveuglé d’une lumière sanguine.
Pip s’aperçu simultanément de deux choses : le magasin était vide. Il était seul. Seul et perdu dans cette symphonie grotesque et irréelle. Et Pip hurlait, hurlait à s’évanouir, tandis qu'en écho, les hurlements, les rires redoublaient d’intensité.
- « Oh mon Dieu, je suis en Enfer. Je ne rêve pas ! Oh mon Dieu ……».
Le policier ne réalisa pas tout de suite ce que son cerveau se mettait lentement à enregistrer, comme une voix très lointaine, en arrière-plan de cette cacophonie : la voix de Smile.
« Tu y es, Pip, tu y es ! Encore un petit effort ! »
Dans l’instant qui suivit, Pip perdit connaissance. Eut-il une ultime pensée où il réalisait que c’était l’instant redouté de la mort ? Et pour quel horrible rivage ?
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Il n’y eut nul témoin pour affirmer qu’en effet le Temps, par quelque prodige inconnu s’était vraiment arrêté. Pour tout ce qui va suivre, les quelques privilégiés à entendre ce récit ne sont que les proches amis de Pip. Un Pip tranquille, confiant, toujours souriant, apprécié des habitants de la petite ville.
Fairmont, Oklahoma n’a pas changé. Le drugstore CVS PHARMACY est toujours à sa place.
Sonoma Tiowa, la gracieuse préparatrice en pharmacie était partie un matin et personne ne l’avait jamais revue.
Et voici ce que raconte parfois Pip, d’une voix toujours apaisée et le regard à la fois brillant et lointain :
- « J’ai fait comme une sorte de rêve éveillé. Tout était blanc, il y avait beaucoup de lumière autour de moi. Comme sur un écran de cinéma dont je n’aurais été que l’unique spectateur, je voyais défiler pêle-mêle des étoiles, des galaxies même, la panthère de Floride, des aigles et même aussi tout un petit peuple aquatique qui frétillait, et chantait, oui, chantait…..et qui n’avait pas besoin de l’eau nourricière ».
- « On t’a trouvé évanoui dans une allée du magasin. Quelle peur tu nous a fait !» disaient toujours les visiteurs à qui Pip racontait son étrange souvenir.
Même que, un médecin-urgentiste des Fire Rescue * qui était arrivé le premier sur les lieux, alerté du malaise du jeune policier, se souvient encore et raconte :
« Tu balbutiais Pip, tu n’arrêtais pas de dire « Plus jamais l’enfer, plus jamais l’enfer ! »
Pip, il ne savait dire pourquoi, avait en mémoire une étrange mélopée, mais que personne ne comprenait à Fairmont City.
C’était quelque chose de doux et d’envoûtant. Et quand Pip entonnait cette mélodie, car oui, c’était bien une mélodie, il fermait ses yeux et semblait transporté loin, très loin.
« Mitakuye Oyas’in, natema, yajé, mitakuye Oyas’in..… »
« Ca vient de là-bas » disait-il lorsqu’on lui posait un regard interrogateur qui faisait toujours suite à un sourire. De ces beaux sourires apaisés.
Et personne ne lui demandait où était ce là-bas.
Un jour, un anthropologue érudit qui avait loué un meublé pour quelques semaines - il avait horreur de la ville et enseignait à l’Université d’Oklahoma - avait été incidemment témoin de ces étranges démonstrations vocales auxquelles se prêtait Pip.
« Cela me rappelle un chant rituel indien. Ca ne vient pas d’Amérique du Nord mais plutôt de régions comme le Pérou. Si c’est, comme il se pourrait, un dialecte dérivé du quechua, je pense alors aux secrets chantés des chamanes, car les Incas connaissaient les mystères du chamanisme.
Ils faisaient tourner les vents et les planètes, en chantant, et toutes les âmes vivantes en ce monde, animaux, humains, fusionnaient dans un sorte de communion universelle. « Ca éloignait l’âme de l’enfer », disaient-ils.
Mais on trouve de proches survivances, très similaires et très troublantes, chez certaines tribus amérindiennes ».
Les gens hochaient la tête et ne savaient que dire devant tant d’érudition. D’autres, respectueusement ne disaient rien, mais ne croyaient pas un traitre mot de tout cela.
Et Pip vécu heureux. Dans sa carrière d’officier de police, il eut plusieurs fois l’occasion de se trouver dans des situations très dangereuses. Il ne connaissait jamais la peur.
Dans Fairmont, peu de personnes se souvenaient de Sonoma, ou Smile, si vous préférez. Il est vrai qu’elle était restée très peu de temps dans la petite ville. Mais c’est vrai qu’elle était souriante ! Et un visage très doux, comme auréolé de lumière.
Pip ne parlait jamais d’elle. Il était heureux. Cela lui suffisait.
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Dans les écoles amérindiennes près de Wichita ou d’Amarillo, l’on apprend aux enfants que les Choctaws, leurs ancêtres, étaient des savants et connaissaient des secrets. L’une de leurs doctrines, pour lutter contre le Mal, était de se vouer à donner à autrui une sorte de bénédiction qui apporterait tout à la fois la stabilité, l’intégrité dans le corps, le cœur, la pensée et l’esprit. Ils donnent à ce lien mystique le nom de liane de l’âme.
Dans ces lieux d’études, on voit encore, ornant les murs, le portrait vénéré d’une jeune indienne, au visage souriant, d’une douceur incroyable.
Les gamins apprennent parfois à chanter une sorte de comptine, dont personne ne comprend le sens du refrain : « I am the son of Ma » **
(* les Fire Rescue, sont les unités de Sapeurs Pompier aux Etats-Unis
** traduction : "Je suis le fils de Ma". Ma, dans les racines sanscrites indo-aryennes, a toujours désigné la Mère.)
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