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LE NOUVEAU MÉDAILLÉ
Au bout d’un long couloir, au loin, je vis une ombre
Qu’un jour peu lumineux encerclait de pénombre…
L’ombre se précisa, avançant lentement,
Comme un astre émergeant d’un autre firmament…
Sous notre ciel couvert, plus gris que mirifique,
Apparut, en nos lieux, Monsieur, le magnifique :
Silhouette insolite où chaque pas pesant
Inscrivait la sagesse et la douleur des ans…
Monsieur prenait grand soin de sa propre apparence,
Choisissait, le matin, ses habits en errance,
Mûrissait l’éviction du mauvais goût bâtard,
Et venait au travail avec un long retard…
Il était renommé pour sa belle prestance,
Pour sa pondération en toutes circonstances,
Pour son humour acide où venait se lover
Le livresque savoir qu’il avait cultivé…
Monsieur resplendissait, offrant la signature
D’honnête homme imprégné d’une vaste culture
Mais son esprit subtil ne trouvait pas d’écho
Parmi les ovidés, les oies, les bourricots…
Son statut l’installait, sans grande fantaisie,
Comme un nouveau nanti, fils de la bourgeoisie,
Achetant ou vendant quelque bien séculier,
Ou cassant son cochon, face à l’immobilier…
Il était devenu, ainsi, propriétaire,
Gérant quelque maison au deux bouts de la terre,
Ayant su investir en France, à l’étranger,
Et, par son bas de laine, éloigner le danger…
Il arriva vers moi, bombant bien fort le torse,
Risquant à chaque instant la foulure ou l’entorse
Tant sa tête si haute et son menton si droit
Le faisaient cheminer aussi fier qu’un grand roi…
Car Monsieur était fier, arborant un costume
Finement dessiné sous d’anglaises coutumes,
Costume qui, malgré le corbel du poitrail
Laissait, proéminent, son ventru attirail…
Car si Monsieur restait élégant personnage,
Il devait supporter tout le poids de son âge
Et les ans froids, cruels, par leur parcours indu,
Jetaient notre élégant dans le camp des dodus…
Il avait assorti d’improbables lunettes
Avec longue cravate aux couleurs trop honnêtes :
Sa cravate affichait cette docilité
Teintée de couardise et de reptilité…
C’est ainsi que Monsieur, soumis chez les reptiles,
Se liait aux mammouths et aux ptérodactyles
Ou à quelque despote menant le double jeu,
Sournois et flagorneur mais fort peu courageux…
Monsieur cohabitait dans l’onde sirupeuse,
Avec des amphibiens à la chair adipeuse
Ou les replets hargneux, petits « cochons de lait »,
Que Freud aurait classé « Faux-Nerveux Refoulés »…
Monsieur ne recelait qu’un soupçon de courage
N’éblouissant jamais nos sinistres ombrages,
Loin des foudres de guerre ou des grands combattants
Dont l’insigne bravoure avait marqué le temps…
Ainsi, avança t-il, en démarche sereine,
Pareil à une altesse à l’aura souveraine
Ou un vieux maréchal dont l’unique vertu
Fut de n’avoir jamais péri ou combattu…
Comme un vieux maréchal, il montra sa jaquette,
Exhibant, sur l’ourlet, une broche coquette ;
Me tenant à deux pas, je discernai l’objet
Dont le reflet sans or me parut affligé…
L’objet de la pavane était une médaille
Que Monsieur exhibait de Calais à Hendaye,
Médaille autorisant le culte des honneurs
Vis-à-vis des rampants, moutons ou flagorneurs…
Si la grise médaille, assez laide et quelconque,
N’avait pu émouvoir la naïade en sa conque,
Elle avait subjugué toute le basse-cour
Dont la vilénie même apaisait le recours…
Car dans la basse-cour, rumeurs et caquetages
Tissaient le linceul noir d’un mauvais héritage
Sur lequel la médaille, en décomposition,
Ne récompensait plus savoir ou réflexion…
Car dans la basse-cour, chacun devait se taire,
Flatter ou pourlécher la gent autoritaire,
Fléchir sans réfléchir, ne pas communiquer
Et suivre le chemin qui mène au bilboquet…
Ainsi, va la médaille, en son habit mystique,
Incrustée au tissu comme une grosse tique,
Prenant au courtisan les reflets inégaux
D’un sang noir cramoisi par son immense ego…
Ainsi s’inscrit l’ego du courtisan modèle
Toujours mis en valeur, impulsif et fidèle,
Nourri par le venin de la folle ambition
Du « Petit » parvenu au seuil de perdition…
Ainsi, va « Le Petit », dans sa démarche errante,
Recherchant les honneurs de la foule impétrante…
Sous le ciel arrogant qui les a fait briller,
Ainsi va la médaille et va le médaillé…
© Gérard ANGELIS juillet 2015 – onirisme quantique
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