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Il me faut être nu et puis plonger dans la mer,
Encore tout parfumé des essences de la terre,
Laver celles-ci dans celles-là, et nouer sur ma peau
L’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres,
Depuis si longtemps, la terre et la mer.
(Albert Camus)
Ivresse des amours d’équinoxe ! Saison
Où telle folle extase à l’azur consacrée,
Jubilatoire envol de quelque oblation,
Caresse, ici, la plage indolente et nacrée .
Là, dans les brumes bleues d’une haute falaise,
Se prépare une étreinte inconnue de nos sens,
Près d’un cap irlandais ou d’un Péloponèse,
Où l’onde vient aimer dans des vapeurs d’encens,
Le roc immense et nu où dort le goémon.
Tu entendras, parmi les ondes boréales,
Les plaintes infinies de leur baiser profond,
Va-et-vient des succions aux lèvres minérales.
Car la vague revêt son long manteau d’argent
Pour l’éternel ballet que porte sa mouvance,
Dans le flot translucide, acide et astringent,
Erotisme ondulant au rythme de la danse.
Alors peut s’accomplir l’approche nuptiale,
Salive déposée sur la chair du granit,
Que le foisonnement des écumes bleu pâle,
Rend semblable aux couleurs des bouquets d’aconit.
L’onde glauque jaillit sur la roche qui vibre,
Déferlement d’un spasme antique et primitif,
Au cœur de la matière et jusque dans sa fibre,
Violoncelle au son grave, étrange et plaintif.
Consentement du roc jusque dans sa fissure ;
Tu verras tous ses fruits épars dans ses fragments,
Chaque fois que le vent cinglera ta figure,
Ils seront des amis devenus des amants.
Un matin, t’éveillant au bruit de leurs ébats,
Dans la sérénité lointaine de ton île,
Tu pourras contempler la danse des grands mâts,
Les yeux clairs et les mains chargées d’aube tranquille.
Séculaire sanglot, ô valse originelle,
La vie naquit un jour à ce grand remuement ;
Vertiges anciens, ô noce intemporelle,
Extases à l’affut de leur balbutiement.
Et tu verras sans fin, sur la vague innombrable,
Toujours renouvelé, ce sourire eternel,
Dont les âcres parfums se posent sur le sable,
Comme au front de l’enfant, le baiser maternel.
Souvent, l’angoisse au cœur et par les nuits sans lune,
Dans le vacarme sourd des ouragans lointains,
Couché sous la falaise ou tapis dans la dune,
Tu trembleras, la tête enfouie dans tes mains.
Et tu t’étonneras devant ces partenaires
Aux postures remplies de gestes vigoureux,
Qui résonnent au vent des embruns millénaires
Dans des combats peuplés de baisers généreux,
Dont les clameurs effraient l’envol des goélands
Jusqu’aux abords tranchants du roc madréporique.
C’est là que dans l’assaut de ses fougueux élans,
Naît l’étrange rictus du rêve hyperphorique.
(1986)
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