|
.jpg)
Résumé de l'épisode précédent :
Linda, la girlfriend d'Elvin Prisley a sauté, imprudente dans le premier taxi, destination le Bronx, pour échapper à ses dealers.
« - Mais, d’un autre côté, si vous êtes gentille, je peux vous emmener gratos. Hein, qu’est-ce que tu en dis ma puce ? Un de plus ou un de moins, la belle affaire ».
Le chauffeur du taxi crasseux avait ralenti, posant un coude sur le rebord de la banquette pour mieux la détailler. Il braqua soudain et se glissa en cahotant dans le boyau qui s’ouvrait sur l’avenue, une sombre impasse déjà repoussante de poubelles éventrées.
_____________________________________________________________________
En fait, l’étroite rue dans laquelle s’était engouffré le véhicule, n’était pas vraiment une impasse. Simplement barrée à quelques dizaines de yards plus loin, pour cause de réfection des conduites de gaz.
Le taxi jaune s’arrêta presque à l’angle de la 176ème et de Park.
Linda se mit à paniquer sérieusement. Les effets du speed s’estompaient à la vitesse grand V. D’ailleurs elle n’avait ingurgité aujourd’hui que trois cachetons, avec quelques lampées de Bourbon.
Tout son corps se mit à trembler. Elle ne savait même pas où elle se trouvait. Totalement désorientée. Un rire nerveux se mit à la secouer, que le cab driver prit pour un assentiment résigné de la fille, à ses invitations salaces.
Mais, Linda riait tragiquement, en se remémorant les quelques paroles qu’elle avait casées hier en guise de refrain d’une de ses compos pour laquelle, à sa grande déception, Elvin ne lui avait pas promis de lui faire enregistrer, mais lui avait fait remarquer avec mépris que « c’était une sombre m…. ! ».
Etrange et dérisoire prédestination ! Linda avait en effet écrit, quelques heures auparavent, dans une chambre à Broadway (1), ces quelques mots :
« We are poor little lambs, we have lost our way ! » (2)
Mais à cette heure ? Linda ne se trouvait ni échouée, ni étendue sur l’asphalte de Time Square, mais dans un coin paumé du Bronx !
Elle s’aperçut alors qu'elle ne pourrait dire comment, immergée dans sa panique, les portières arrières du taxi n’étaient pas verrouillées ;
Le chauffeur libidineux, sans doute rodé à de telles intimidations sur des petites pimbêches de Tribeca ou de Soho, comptait sans doute sur l’effet de surprise pour que ses imprudentes passagères demeurent tellement tétanisées, sans avoir la présence d’esprit de sortir de la bagnole en courant et de prendre leurs jambes à leur cou.
Et d’ailleurs, où iraient-elles ? Quand on crèche dans le West Side on ne met jamais les pieds dans le Bronx.
La station de métro Fremont, toute proche, continuait vers Yonker, un quartier off-Bronx qui puait la débine, cent fois plus dangereux qu’ici.
Mais de toute façon l’arrêt de métro, peu fréquenté de surcroît, était à ¼ de miles de l’endroit où ils se trouvaient.
La portière ouverte, Linda jaillit de la vieille carcasse jaune. Pour s’arrêter soudain, réalisant sans doute qu’elle n’avait aucune chance de s’échapper. Elle n’aurait pu dire combien de secondes s’étaient écoulées entre le moment où elle était sortie de l’arrière du taxi et ces instants où elle était là, immobile, la tête vide. Elle était plantée devant un garage miteux spécialisé dans la vente de pièces détachées, dont la grille était baissée.
Le lascar venait à son tour de sortir de son véhicule, l’air méchant, lâchant une injure tout en crachant sur le sol repoussant de déchets, papiers gras et items innommables !
En fait, elle n’eut pas le temps d’avoir VRAIMENT peur.
« Lindaaaaaaaa ! ». Tandis qu’étrangement, une créature semblant surgit de nulle part l’appelait par son prénom, Linda se retourna instinctivement, alors que le taxi driver se rapprochait rapidement d’elle.
Combien de temps dura encore son étonnement ?
Sortant de la porte attenante au vieux garage, une femme à la longue chevelure noire venait d’apparaître, tandis qu’une fraction de seconde plus tard le sale type au taxi fatigué empoignait Linda et la plaquait contre lui.
Malgré la torsion douloureuse faite à son bras, par l’effet d’une clé de judo dont on n’aurait pas cru capable le type grassouillet, Linda n’avait de regard que pour celle qui allait peut-être la tirer de ce très mauvais pas.
Tura Satana !
_____________________________________________________________________
(1& 2) : allusion au sublime album de Genesis, d’un tout autre genre musical, « The lamb lies down on Broadway »
« Nous sommes de pauvres petits agneaux perdus en chemin »
|